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Boeing veut nos ingénieurs pour son avion supersonique à 120 M$

Sylvain Larocque | Journal de Montréal

Gracieuseté Aerion Supersonic

Alors que Bombardier n’a plus de projet de développement majeur en aéronautique, des Américains s’intéressent au savoir-faire québécois en vue de créer le premier avion supersonique depuis le célèbre Concorde.

«Joignez-vous à la révolution supersonique»: voilà le titre de la publication que la start-up Aerion vient d’afficher sur LinkedIn en vue d’une séance de recrutement qu’elle tiendra à Montréal le 15 mars.

La crème de la crème

Il ne s’agit toutefois pas d’une foire à l’emploi, mais d’un événement exclusif : l’annonce précise qu’Aerion ne rencontrera qu’«un petit nombre de professionnels en aérospatiale hautement qualifiés».

La métropole québécoise sera seulement la deuxième ville, après Los Angeles, où l’entreprise se déplacera pour dénicher des candidats.

«Montréal compte une industrie aéronautique très forte et possède le genre de talents que nous recherchons», a expliqué hier au Journal Jeff Miller, vice-président au marketing et aux communications chez Aerion.

Le projet d’une vie

L’entreprise s’attend à susciter un vif intérêt parmi les meilleurs cerveaux québécois de l’industrie, d’autant plus que le lieu de travail fait rêver : Reno, au Nevada.

«Plusieurs ingénieurs très talentueux sont extrêmement enthousiasmés de travailler à cette renaissance du supersonique, a confié M. Miller. C’est le type de projet qui est rare dans la carrière d’un ingénieur.»

Fondée par le milliardaire texan Robert Bass, Aerion développe le jet d’affaires supersonique AS2 depuis 2014. D’abord associée à Airbus, puis à Lockheed Martin, Aerion vient de s’allier à Boeing, qui a réalisé un « investissement significatif » dans la start-up.

«Ça nous permet de poursuivre la croissance rapide de l’entreprise», a précisé Jeff Miller. Le premier vol de l’AS2 est prévu en 2023 et sa mise en service, en 2025.

Des ex de Bombardier disponibles

Le contexte est propice au recrutement pour Aerion dans la région de Montréal. Le développement des avions C Series/A220 et Global 7500 étant terminé, Bombardier réduit actuellement la taille de son équipe d’ingénieurs. Rushabh Kothari, qui a travaillé sur les deux appareils québécois, dirige d’ailleurs l’ingénierie chez Aerion depuis juillet.

Mehran Ebrahimi, professeur à l’UQAM, croit que Bombardier se formalisera moins des démarches d’Aerion que du débauchage effectué il y a quelques années au Québec par le constructeur japonais Mitsubishi, pour lequel l’avionneur québécois a intenté une poursuite.

«Bombardier est présent dans le secteur des jets régionaux que veut percer Mitsubishi, mais pas dans le supersonique», résume M. Ebrahimi.

Le spécialiste croit même que la division Aérostructures de Bombardier pourrait devenir un fournisseur d’Aerion.

«Un avion supersonique qui vole très haut et très vite, ça nécessite de l’expertise très élaborée en structures et en aérodynamisme, note-t-il. Ce n’est pas très loin de ce que Bombardier a fait avec le Global 7500.»