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Le monstre, édition Michael Jackson

Le documentaire Leaving Neverland secoue, dérange et bouleverse

Leaving Neverland n’est pas un documentaire facile à regarder. Non seulement parce qu’il glace le sang en relançant les accusations de pédophilie contre Michael Jackson, mais parce qu’il étire l’exercice sur plusieurs heures.  

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Troublant, dérangeant, bouleversant... Difficile de trouver les mots justes pour décrire le film-choc de 240 minutes que HBO (Crave au Canada) diffusera en deux parties dimanche et lundi. Chose certaine, son visionnement provoque une sensation tenace de nausée.

  

Présenté en avant-première en janvier au Festival du cinéma indépendant de Sundance, aux États-Unis, Leaving Neverland donne la parole à deux hommes de 36 et 40 ans, qui affirment avoir été agressés sexuellement par Michael Jackson au tournant des décennies 1980 et 1990... alors qu’ils étaient âgés de 7 et 10 ans.  

L’émergence d’allégations du genre contre l’artiste décédé en 2009 n’a rien de nouveau. Depuis 1992, plusieurs histoires d’abus sexuels sur mineurs ont surgi. Mais en marge du mouvement #MoiAussi, cette dernière affaire semble destinée à détruire – une fois pour toutes – la réputation du « roi de la pop ». Ses ayants droit poursuivent d’ailleurs la chaîne pour 100 millions $ US.  

 

En détail  

Leaving Neverland (une référence au ranch que possédait Jackson en Californie) s’articule autour des témoignages de James Safechuck et Wade Robson.  

Le premier a rencontré Jackson en tournant une publicité pour Pepsi à Los Angeles ; le second après avoir gagné un concours de danse en Australie.  

Développées séparément, mais parallèlement, les deux histoires se ressemblent sur plusieurs aspects : Jackson gagne la confiance des parents, vend du rêve aux jeunes garçons, les isole tranquillement, puis abuse d’eux... pendant de nombreuses années.  

Devant l’objectif, les deux victimes s’avèrent particulièrement crédibles, relatant avec précision leurs nombreux rendez-vous avec l’artiste. Parfois, les détails sont tellement nombreux et scabreux qu’ils donnent envie de sauter certaines séquences pour alléger l’écoute.  

Des lacunes  

Les défenseurs de Michael Jackson prêts à crier au sensationnalisme devront invoquer d’autres arguments pour discréditer le documentaire de Dan Reed. Conscient qu’un sujet aussi délicat et explosif n’avait pas besoin d’un emballage clinquant, le réalisateur britannique a choisi la sobriété.  

Leaving Neverland comporte toutefois des lacunes. La plus grande d’entre elles est d’avancer – presque exclusivement – une seule version des faits : celle des victimes. Les efforts pour contrebalancer les affirmations hautement incriminantes de Safechuck et Robson sont timides, voire inexistants. Mais est-ce qu’on remet en doute leur parole pour autant ? Non. Leurs témoignages paraissent trop sincères et authentiques pour être rejetés.  

Dan Reed fait appel à notre cœur plus qu’à notre tête, ce qui fait qu’en fin de compte, après avoir observé tout le mal que Jackson a créé (Safechuck, Wobson et leurs familles conservent d’importantes séquelles psychologiques), on tend à penser que Leaving Neverland devrait changer de titre et emprunter celui d’une autre série qui défraie la chronique depuis une semaine : Le monstre.   

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