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Avenir incertain pour une importante usine pharmaceutique québécoise

Sylvain Larocque et Francis Halin | Journal de Montréal

Situation inusitée à Boucherville : une usine de médicaments injectables qui joue un rôle essentiel dans le système de santé canadien vient d’être placée sous la protection de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité.

Pas moins de 520 personnes travaillent à l’usine et au centre de développement adjacent, qui appartiennent depuis septembre à la firme américaine Avara.

Or, cette dernière a rapidement connu des problèmes financiers, de sorte que l’ancien propriétaire des installations, le groupe suisse Sandoz/Novartis, a obtenu de la Cour supérieure leur mise sous séquestre.

« On ne sait pas encore ce qui se passe », a confié au Journal sous le couvert de l’anonymat une femme qui travaille à l’usine depuis une vingtaine d’années.

Fermeture impossible ?

« Il n’y a pas d’inquiétude à l’intérieur, a partagé un autre salarié. Ça ne court pas comme des poules pas de tête. »

« Ils ne peuvent pas se permettre d’arrêter la production », a lancé un autre, convaincu que l’importance des installations pour Sandoz rend peu probable une fermeture.

« Notre souci, c’est l’approvisionnement pour que les patients, les pharmaciens et les hôpitaux ne manquent pas de production », a déclaré le PDG de Sandoz Canada, Michel Robidoux.

L’usine de Boucherville fabrique des produits injectables indispensables pour les hôpitaux comme la morphine, l’héparine et l’hydromorphone.

Ses origines remontent à la PME québécoise Sabex, fondée en 1980.

Situation préoccupante

Quelque 200 des employés d’Avara à Boucherville sont syndiqués.

« La situation est préoccupante », a affirmé Stéphane Lacroix, porte-parole des Teamsters.

« Les informations dont on dispose ne pointent pas vers une quelconque réduction d’effectifs, a-t-il toutefois ajouté. Il n’y a pas non plus de scénario de fermeture dans l’air pour le moment. »

Ni Avara ni le séquestre nommé par la cour, le cabinet comptable EY, n’ont voulu répondre aux questions du Journal.

Acheteur recherché

L’ordonnance rendue par le tribunal il y a dix jours demande à EY de chercher un acheteur pour l’usine et le centre de développement. Sandoz n’exclut pas d’en redevenir propriétaire, mais demeure prudent.

« Il y a beaucoup d’étapes à franchir avant de voir ce qui va arriver avec l’usine du point de vue de la propriété », a noté M. Robidoux.

Sandoz préférerait qu’un autre sous-traitant spécialisé dans la fabrication de médicaments comme Avara se porte acquéreur des installations.

« L’usine de Boucherville est sous-utilisée présentement, a expliqué Michel Robidoux. Nous n’étions pas capables de la faire fonctionner à plein régime. C’est ce qu’Avara promettait : continuer de fabriquer pour nous tout en offrant la capacité non utilisée à d’autres pharmaceutiques non compétitrices pour optimiser l’usine. »

Au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, on dit suivre la situation, sans pour autant se montrer inquiet.

Avara en bref

-Fondation en 2015, au Connecticut

-Modèle d’affaires exploitation d’usines acquises auprès de sociétés pharmaceutiques

-Usines: 8 (États-Unis, Canada, Porto Rico, Royaume-Uni, Irlande, France et Italie)

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