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Le «shérif des taxis» coupable d’intimidation

Michael Nguyen | Journal de Montréal

ARCHIVES/CHRISTOPHER NARDI/JOURNAL DE MONTRÉAL

L’autoproclamé «shérif des taxis» s’en est sorti sans casier judiciaire pour avoir jeté des œufs et de la farine sur le véhicule d’un chauffeur Uber lors d’une manifestation.

«Même si Uber agissait à cette époque dans l’illégalité, cela ne permettait pas aux manifestants de poser des gestes d’intimidation», a déclaré vendredi la juge Marie-Josée Di Lallo, en condamnant Hassan Kattoua, au palais de justice de Montréal.

Kattoua, 49 ans, s’était fait connaître en 2016 dans le conflit opposant l’industrie du taxi à la multinationale américaine qui s’était implantée à Montréal.

Avec ses accoutrements de shérif ou encore d’uniforme pouvant ressembler à celui des policiers, Kattoua multipliait les « opérations » afin de dénoncer les conducteurs Uber.

Le chauffeur de taxi était toutefois allé trop loin lors d’une manifestation au centre-ville, le 7 février 2016.

Pluie d’œufs

Ce jour-là, des chauffeurs de taxi manifestaient devant un hôtel quand deux voitures Uber sont arrivées sur place à quelques minutes d’intervalle. L’accueil a été peu chaleureux.

«Ils ont reçu une pluie d’œufs et de farine», a expliqué la magistrate.

Au total, trois personnes ont été accusées, mais seul Kattoua a été déclaré coupable d’intimidation. Sa défense alléguant qu’il était justifié d’agir ainsi puisque Uber agissait dans l’illégalité a été rejetée du revers de la main par le tribunal.

«Le fait que le gouvernement n’agissait pas promptement, selon lui, ne légitimise pas pour autant ses actions, malgré les pertes subies [par l’arrivée d’Uber à Montréal]», a dit la juge Di Lallo.

Décision «juste»

Mais même si elle a reconnu Kattoua coupable d’intimidation [il a été acquitté de harcèlement], la magistrate lui a quand même accordé une absolution conditionnelle, ce qui lui permet d’éviter un casier judiciaire.

Il devra par contre respecter une probation d’un an et verser un don de 500 $ au Centre d’aide aux victimes d’actes criminels.

«Cette peine tient en compte le contexte de l’événement. M. Kattoua n’est pas celui qui a apporté des œufs et de la farine à la manifestation et il a exprimé des regrets qui ont paru réellement sincères», a expliqué la juge Di Lallo.

En sortant de la salle d’audience, Kattoua a noté que la juge a rendu une décision « juste », même s’il reste quand même amer de toute l’affaire.

«Je ne suis pas à 100 % satisfait, parce qu’Uber agissait dans l’illégalité, a-t-il commenté. C’est quand même un peu dur à accepter, mais la juge a été juste.»