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Une offensive de pirates informatiques inquiète

Patrick Bellerose et Nicolas Lachance et Félix Séguin | Bureau parlementaire et Bureau d’enquête

Une opération de manipulation de l’opinion publique, impliquant des comptes Twitter automatisés et des chaînes de lettres envoyées aux députés, a été orchestrée par des pirates informatiques contre la réforme de l’immigration du gouvernement Legault.

Depuis le dépôt du projet de loi 9, un réseau de centaines de comptes Twitter automatisés publie compulsivement des messages pour dénoncer la volonté du gouvernement Legault d’annuler les 18 000 dossiers d’immigrants toujours en attente d’une réponse du Québec.

Ces «robots» retweetent également les messages des opposants, afin d’amplifier le mouvement de contestation en ligne.

Tous les comptes répertoriés semblent provenir d’Iran, bien qu’ils puissent être contrôlés à distance grâce à un RPV.

La plupart ont été créés après le dépôt de la réforme, tandis que les autres n’affichent aucun message publié avant le dépôt du projet de loi. Ces comptes relaient des dizaines de tweets à l’heure.

Bien entendu, des milliers de vies sont réellement affectées par la volonté du gouvernement Legault d’annuler les dossiers des candidats à l’immigration. Toutefois, ces faux comptes répercutent les critiques des opposants, dont les adversaires politiques, afin de leur donner une plus grande résonance.

Plusieurs d’entre eux affirment également faire partie des 18 000 candidats écartés par la réforme.

Selon nos informations, les députés du gouvernement ont également reçu de nombreuses lettres par courriel provenant d’utilisateurs similaires.

Impact important

Le phénomène est jugé important par le gouvernement Legault. Un document dont le gouvernement a pris connaissance fait état d’une opération d’envergure.

«Nous sommes hautement préoccupés par toute tentative d’influence étrangère sur les affaires internes du Québec. Nous allons continuer de suivre la situation de près, mais nous ne ferons pas d’autres commentaires», a commenté par écrit une attachée de presse au cabinet du premier ministre, Nadia Talbot.

Un expert en sécurité informatique, Patrick Mathieu, qui a analysé le stratagème pour Le Journal, confirme que des centaines de faux comptes Twitter sont très actifs contre le projet de loi 9.

Le fondateur du Hackfest a pu analyser ce réseau grâce à des moteurs de recherche spécialisés. Ainsi, il a pu démontrer que ces faux comptes iraniens twittaient des centaines de fois par jour des messages, directement du territoire persan.

«Les impressions [le nombre de vues, NDLR] sont énormes. Par exemple, hier, le mot-clic #Quebec_immigration_injustice a été tweeté 500 fois entre 14h et 15h, et il a été vu par 114 000 personnes.» Sur ces 500 publications, 170 provenaient de l’Iran et seulement trois du Québec.

Origine inconnue

Bien que les démocraties occidentales aient été la cible d’ingérence étrangère au cours des dernières années, notamment lors des dernières élections présidentielles aux États-Unis, rien n’indique qu’il s’agit dans ce cas-ci d’une initiative étatique.

Un individu peut facilement acheter un réseau de faux comptes à partir du Québec ou d’ailleurs dans le monde.

« Ça peut venir d’ici, d’un immigrant qui n’est pas content, ça peut être politique. Ça peut même être une attaque d’un autre gouvernement qui n’est pas content. Ça peut venir de partout, c’est ça qui est difficile à deviner », explique Patrick Mathieu.

Un réseau bien ficelé

Des robots iraniens diffusent des messages sur Twitter contre le projet de loi 9 sur l’immigration du gouvernement Legault, confirme le spécialiste en sécurité informatique Patrick Mathieu.

Ces centaines de faux comptes se multiplient chaque jour et propagent des informations contre les politiques d’immigration de la CAQ. Comment est-ce possible?

- Grâce à l’achat d’un service qui crée des réseaux de faux comptes publiant des messages à grande échelle

- Ce sont des robots, via des applications, qui gèrent la création des comptes et la diffusion des messages

- Ces services sont principalement offerts sur le darkweb

- Des experts, dans des pays comme l’Iran et la Russie se spécialisent dans ce type de service

- Selon le forfait, il faut débourser de 50 $ à quelques milliers de dollars pour activer une opération

- Il faut compter entre 50 $ et 100 $ pour augmenter son nombre d’abonnés Twitter

- Les coûts augmentent ensuite selon les fonctions du faux compte et son rayonnement

- Ces services sont de plus en plus utilisés dans les sphères politiques pour nuire aux adversaires