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Vers le sommet du Mont Coleman

Mathieu Dupuis | Journal de Montréal

Le nombre d’adeptes du ski «haute route» ne cesse de croître au Québec. Cette activité permet d’atteindre des endroits encore inexplorés en matière de ski hors-piste. Pour peu qu’il y ait une bonne pente, un sous-bois partiellement dégagé et de la neige à profusion, c’est le bonheur. 

Les Chic-Chocs en Gaspésie sont sans contredit le royaume du ski «haute route» au Québec. Lors d’un séjour à l’Auberge de montagne des Chic-Chocs, un mont attire particulièrement mon attention. Sa silhouette lointaine au sommet givré me fait penser au fameux mont Fuji. Le mont Coleman trône dans ce paysage hivernal du haut de ses 975 m d’altitude. Depuis des années, je rêve de fouler son sommet. Mais encore plus, de dévaler ses pentes abruptes immaculées de neige vierge. 

Vincent s’en donne à cœur joie à chaque virage.

Photo Mathieu Dupuis

Vincent s’en donne à cœur joie à chaque virage.

Bien équipé avec des «peaux de phoque» sous les skis pour l’ascension, mon sac à dos me semble de plus en plus lourd au fil des kilomètres menant à la montagne. J’ai peine à y croire, on attaque enfin la montée. Je me suis porté volontaire dès que l’occasion s’est présentée. Bien que secrètement, j’aie été conscient que cette aventure serait à la limite de mes capacités physiques, faute d’entraînement approprié. J’en paie le prix maintenant ! Vincent, mon guide, ouvre le chemin dans la poudreuse fraîche. Je dois tout de même solliciter de nouveaux muscles, car c’est ma première sortie de l’année en ski «haute route». 

Atteindre le sommet du mont Coleman après l’approche, c’est 600 m d’ascension dans une neige profonde.

Photo Mathieu Dupuis

Atteindre le sommet du mont Coleman après l’approche, c’est 600 m d’ascension dans une neige profonde.

Leçon d’humilité 

Au moment où l’espoir du sommet se fait sentir, j’arrête pour prendre quelques photos. En vérité, ces arrêts me servent de répit. Je peux reprendre mon souffle sans perdre ma dignité devant mon guide qui est un véritable athlète. Croyez-moi, les arrêts photo se font très nombreux depuis un moment. Une gorgée d’eau, quelques vêtements en moins, on reprend l’ascension. Vincent me lance avec le sourire : «Ne te décourage pas, on a gravi au moins le cinquième de la montagne». 

L’assaut final vers le sommet se fait dans des vents frôlant les 90 km/h.

Photo Mathieu Dupuis

L’assaut final vers le sommet se fait dans des vents frôlant les 90 km/h.

Mon visage en dit long, à tel point que Vincent me suggère de porter mon sac à dos plus lourd que le sien en raison de l’équipement photo. Il reprend la montée et je le suis la tête basse et le souffle court. Je pars dans mes pensées et j’avance. La vue devient de plus en plus spectaculaire. À couper le souffle même ! Les vents se déchaînent maintenant à la force d’un blizzard. Les cristaux de glaces portés par les rafales piquent le visage comme des aiguilles. Je monte très rapidement maintenant. Ma tuque, mes gants et mon manteau sont dans mon sac à dos que Vincent transporte depuis un bon moment et il est loin devant, très loin... 

Chaque mètre gravi vers le sommet plonge le skieur dans un décor de plus en plus féérique.

Photo Mathieu Dupuis

Chaque mètre gravi vers le sommet plonge le skieur dans un décor de plus en plus féérique.

Complètement recouvert de glace, mon allure semble l’amuser. Une fois rhabillé pour les conditions extrêmes, j’apprécie l’euphorie du sommet. La vue est encore plus belle que je l’imaginais. Une mer de montagnes recouvertes de givre blanc. Vincent, tout fébrile, me lance un sourire. «Prépare-toi mon ami, ta récompense t’attend... Près de 1000 mètres de dénivelé dans un mètre de neige fraîche!» Aussitôt dit, il disparaît dans un nuage de poudreuse virevoltante... Et je ne me laisse pas prier pour le suivre! 

Vincent, guide de montagne expérimenté, étudie les conditions 
de neige afin d’évaluer le risque 
d’avalanche lors de la descente.

Photo Mathieu Dupuis

Vincent, guide de montagne expérimenté, étudie les conditions de neige afin d’évaluer le risque d’avalanche lors de la descente.