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«Tout est bon pour salir l'Église», selon des fidèles

Agence France-Presse

Tout est bon pour salir l'Église»: de nombreux paroissiens interrogés jeudi par l'AFP à Lyon sont d'accord là-dessus. Mais sur le cas personnel du cardinal français Barbarin, archevêque de cette ville du centre-est condamné jeudi pour non-dénonciation d'abus sexuel, les avis sont plus contrastés.

Dans cette métropole où subsiste une réelle ferveur catholique, le cardinal Barbarin, plus haut dignitaire de l'Église de France et archevêque de Lyon depuis 2002, est éminemment respecté, voire adulé.

«C'est mon cardinal, on l'aime, c'est notre père», dit encore Marie-Madeleine, une grande blonde de 50 ans à l'entrée d'une messe de la mi-journée, peu avant l'annonce par le cardinal qu'il allait remettre sa démission au pape après sa condamnation à six mois de prison avec sursis pour ne pas avoir dénoncé les abus sexuels d'un prêtre de son diocèse.

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Le tribunal l'a déclaré «coupable» de ses silences sur les agressions pédophiles imputées par des scouts - avant 1991 - au père Bernard Preynat, dont il fut prévenu par une victime en 2014. Ce prêtre n'a pas encore été jugé.

Mgr Barbarin est le plus haut dignitaire catholique français à être condamné dans une telle affaire.

Mais parmi les fidèles, le scandale de pédophilie qui secoue l'Église lyonnaise depuis quatre ans divise. Et les annonces de la condamnation du prélat, puis de sa démission prochaine, sont très diversement reçues.

«Il n'avait pas besoin de démissionner. Faut pas en faire tout un plat», lance Michèle, 71 ans, à la sortie de la cathédrale Saint-Jean. «Dès qu'on touche quelqu'un, on est accusé de tous les maux de la terre», ajoute-t-elle sans ciller.

«Dénoncer, dénoncer, mais quand on confesse, on ne dénonce pas. Dénoncer la confession, c'est comme trahir. Tout le monde est pécheur, nous sommes tous pécheurs», lance Pierrette, 67 ans, qui assume parfaitement son soutien au cardinal qu'elle «respecte beaucoup».

Avant que ne bondisse Josette, assise à côté sur un banc de pierre et qui tendait une oreille indiscrète devant la chapelle baroque de l'Hôtel Dieu.

«C'est bien fait pour lui ! C'est une religion horrible: tous des hypocrites. C'est ça les cathos. Moi je suis protestante et chez nous on est plus intelligent», rétorque-t-elle sèchement.

Une autre femme, très élégante, grosses boucles d'oreille en or, s'étonne. «Ah bon il a été condamné ?» Puis s'assied, reprend ses esprits.

«Il aurait dû dénoncer», affirme cette ancienne enseignante de 73 ans qui ne souhaite pas donner son nom ni son prénom «car tout le monde me connaît ici».

«Il y a des enfants qui ont besoin d'être secourus, protégés. Et si à 11H00 un enfant vient vous parler de ça, à 11h10 vous faites le signalement», poursuit-elle sans ambiguïté. Avant de lâcher: «moi j'ai été violée, pas par des prêtres, par des hommes cruels».

Un peu plus tard, devant la cathédrale, Geneviève, 67 ans, passe avec sa fille et sa petite-fille et leur parle justement de l'affaire. «On a été vraiment choqué pour ce qu'il a fait. Et puis il s'en référait toujours à Dieu. Mais il y a quand même des choses qui dépendent de la justice», estime-t-elle.

«Je comprends qu'il présente sa démission, le pape va avoir une lourde responsabilité», observe Christiane, «catholique pratiquante» originaire de Toulouse (sud-ouest).

«L'Église fait son examen de conscience, mais les autres: +point d'interrogation+ Et l'Éducation nationale ? Et les clubs sportifs ?», poursuit-elle. Avant d'ajouter que, selon elle, le cardinal Barbarin, connu pour ses positions rigoristes notamment sur le mariage homosexuel, paie aussi son soutien à la «Manif pour tous», mouvement né en France en 2012 pour s'opposer au mariage homosexuel.

«Tout est bon pour salir l'Église, pour la casser. Alors que des affaires de pédophilie dans l'Éducation nationale, on sait bien que ça existe», surenchérit Anaïs, 35 ans, originaire de Lyon et venue prier à la cathédrale.

«On en balance pas mal sur l'Église catholique, c'est disproportionné», ajoute Marie-Madeleine. Cette femme d'une cinquantaine d'années vient à la messe dès qu'elle le peut et «elle prie pour tout le monde, même ceux qui ont fait des choses «dégueues».