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Une chanson pour trouver un appartement à Montréal

Camille Dauphinais-Pelletier | Agence QMI

CAMILLE DAUPHINAIS-PELLETIER/24 HEURES/AGENCE QMI

Montréal frôle actuellement une crise du logement avec des taux d’inoccupation qui rendent la vie difficile aux personnes à la recherche d’un nouveau toit.

Plutôt de que baisser les bras, une Montréalaise a composé une annonce sous forme de chanson humoristique, «Je veux ton appartement», qui a récolté 49 000 visionnements en trois semaines.

Au début de la chanson, l’auteure-compositrice-interprète Andréanne St-Louis - de son nom d’artiste Andy St-Louis - est très optimiste, en affirmant qu’elle cherche un appartement «beau et grand, en bas de 600 [dollars]».

 

Mais, plus ses recherches avancent, plus ses critères baissent, jusqu’à ce qu’elle affirme être «à deux doigts de partir pour Charlevoix».

«La course aux apparts, j’hais ça !» lance celle qui doit quitter un logement qu'elle adore dans Hochelaga, car la propriétaire en reprend le bail. «Tu vas au rendez-vous, et il faut que tu dises tout de suite si tu le prends, parce qu’il y a six visites de prévues après toi. Je préfère essayer de contourner les règles en faisant une vidéo, parce que comme c’est parti, c’est difficile de trouver quelque chose de potable.»

Le taux inoccupation atteint présentement 2% à Montréal. Sous la barre des 2%, on entre dans une situation de crise du logement. La dernière de ces crises remonte au début des années 2000, alors que les taux étaient descendus à aussi peu que 0,7%.

Depuis la création de son annonce musicale, Andréanne St-Louis a reçu plusieurs offres pour des chambres dans des colocations déjà bien établies. Mais elle a des meubles et électroménagers, qu’elle aimerait conserver à long terme.

«Je me suis résignée à devoir payer un peu plus cher, mais je ne veux pas avoir quelque chose de crasse ou de miteux. Ça fait longtemps que je vis dans une place où je suis bien », dit-elle.

Taux d’inoccupation

On considère qu’un marché locatif est équilibré lorsque le taux d’inoccupation des appartements atteint 3%.

«C’est sûr qu’à 2%, pour un locataire, il y a moins de choix sur le marché. Les immeubles des propriétaires sont souvent presque pleins, ils sont moins à la recherche de nouveaux locataires», explique Francis Cortellino, économiste à la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL).

Cette rareté est récente. En 2016, il y avait près du double des logements disponibles sur le marché, alors que le taux d’inoccupation se trouvait à 4%. En 2017, il a baissé à 2,8%.

Les causes sont nombreuses, bien que difficiles à quantifier : les jeunes deviennent propriétaires plus tard dans leur vie, de nombreux travailleurs et étudiants temporaires élisent domicile à Montréal et des appartements sont loués sur des plateformes comme Airbnb, ce qui les retire du marché.

Dans certains quartiers en demande chez les touristes, la pression d’Airbnb se fait sentir, au point qu’on l’identifie comme un facteur important de la pénurie (voir autre texte en page 4).

Mais il y aurait une lueur d'espoir pour les locataires : M. Cortellino explique que depuis trois ans, il se construit plus d'appartements locatifs que de condos à Montréal, après des décennies où on observait l'inverse. Le marché pourrait donc être plus favorable pour les locataires dans un avenir approché.

Quitter la ville

En attendant, devant le manque d’offre sur le marché et l’augmentation des prix, certains pensent carrément s’installer en banlieue, même s’ils sont jeunes et sans enfants.

C’est le cas de Cassandre Fournier, début vingtaine, qui souhaite quitter son appartement de Côte-des-Neiges pour s’installer près d’une gare de train de banlieue. « Monétairement, c’est plus simple pour moi si je sors de la ville, surtout si je veux habiter tout seule. Je vais aussi avoir plus d’espace et de tranquillité », dit-elle.

Même là, les recherches ne sont pas faciles : alors que les annonces pour les condos ne manquent pas, elle ne trouve pas grand-chose côté locatif. « J’ai l’impression qu’il va falloir que j’aille me promener dans les rues en voiture pour voir des affiches à louer! » lance-t-elle.

Le prix moyen d’un quatre et demi à Montréal s’élevait à 826 $ en 2018, et variait beaucoup selon les secteurs de la ville. Montréal-Nord (657 $) était le quartier le plus abordable, et le Centre-Ville/Île-des-Sœurs était le plus cher (1459 $).

Combien coûte un 4 1/2 ?

Voici la moyenne du prix mensuel payé pour un 4 ½ à Montréal en 2018 selon les différents secteurs de l’île.

Centre-Ville/Île-des-Sœurs: 1459 $

Baie-d’Urfé/Beaconsfield: 1101 $

Plateau-Mont-Royal: 1059 $

Notre-Dame-de-Grâce/Côte-Saint-Luc: 1041 $

Côte-des-Neiges/Ville de Mont-Royal/Outremont: 989 $

Saint-Laurent: 866 $

Sainte-Geneviève/Senneville: 846 $

Ahuntsic/Cartierville: 784 $

Sud-Ouest/Verdun: 759 $

LaSalle: 754 $

Hochelaga-Maisonneuve: 753 $

Rosemont/La Petite-Patrie: 752 $

Dorval/Lachine/Saint-Pierre: 751 $

Villeray/Saint-Michel/Parc-Extension: 729 $

Pointe-aux-Trembles/Rivière-des-Prairies/Montréal-Est: 721 $

Anjou/Saint-Léonard: 704 $

Mercier: 712 $

Montréal-Nord: 657 $

Moyenne: 826 $

Source: SCHL