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Chelsea Manning emprisonnée pour refus de témoigner

Sébastien Blanc | Agence France-Presse

Dennis Van Tine/Future Image/WENN.com

Chelsea Manning, l'ex-analyste du renseignement américain qui avait fait fuiter des milliers de documents classés secrète défense, a été placée en détention vendredi en raison de son refus de témoigner dans une enquête sur WikiLeaks.

«Je vous déclare coupable d'entraves à la bonne marche de la justice», a déclaré le juge fédéral Claude Hilton, qui a écroué la femme de 31 ans après l'avoir convoquée devant son tribunal en banlieue de Washington.

L'ancienne informatrice de WikiLeaks refuse de répondre aux questions d'un grand jury supervisant une enquête sur l'organisation fondée par Julian Assange, qui se targue d'avoir donné une audience mondiale aux «lanceurs d'alertes».

Chelsea Manning, devenue par ailleurs une icône des personnes transgenres, s'était pourtant vu proposer une immunité dans le cadre de ces investigations.

Mme Manning restera écrouée tant qu'elle ne reviendra pas sur sa décision ou jusqu'à ce que le grand jury soit dissous, a averti le juge Hilton du tribunal d'Alexandria, une petite ville de Virginie jouxtant Washington.

La native de l'Oklahoma affirme bénéficier d'un droit constitutionnel à ne pas être interrogée par ce grand jury, dont elle dénonce par ailleurs l'opacité des actes de procédure.

Elle a répété sa détermination dans un communiqué vendredi.

«Je ne participerai pas à un processus secret que je désapprouve moralement, qui a notamment servi à piéger et à persécuter des militants exerçant leur liberté d'expression protégée par la loi», a écrit la détenue.

En 2010 le soldat Manning, alors prénommé Bradley, avait fait fuiter grâce à WikiLeaks plus de 700 000 documents confidentiels ayant trait aux guerres d'Irak et d'Afghanistan, dont plus de 250 000 câbles diplomatiques qui avaient plongé les États-Unis dans l'embarras.

L'ex-analyste du renseignement a purgé sept ans de prison sur les 35 de sa condamnation initiale, ayant bénéficié d'une commutation de peine octroyée par l'ancien président Barack Obama. Lors de sa détention, elle avait entamé sa transition vers son identité de femme.

Pour beaucoup d'Américains Chelsea Manning est une héroïne des libertés qui a payé très cher ses révélations utiles sur les morts de civils sous les bombardements américains en Irak et Afghanistan.

Pour de nombreux autres, c'est une renégate. Donald Trump l'avait lui-même qualifiée de «traîtresse» à son pays.

En détention au pénitencier militaire de Fort Leavenworth, perdu au coeur de l'Amérique dans l'État du Kansas, elle avait reçu le soutien de Michael Stipe, chanteur du groupe R.E.M., ou encore de la styliste britannique Vivienne Westwood.

Résultat, totalement inconnue lors de son arrestation, elle est aujourd'hui célèbre sur tous les continents. Beaucoup la considèrent comme un symbole de la lutte contre les secrets des gouvernements.

Né en Australie, Julian Assange vit lui réfugié à l'ambassade d'Équateur à Londres depuis juin 2012. S'il en sort, il risque d'être arrêté par les autorités britanniques et d'être extradé aux États-Unis.

WikiLeaks a réagi vendredi en affirmant que la nouvelle détention de Chelsea Manning visait à «la contraindre à témoigner contre Julian Assange».

«Les lanceurs d'alerte sont désormais forcés à témoigner contre des journalistes. Un nouvel angle d'attaque contre la liberté de la presse», a commenté l'organisation.

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