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Craintes d'une récession commerciale en Chine

Agence France-Presse

La Bourse de Shanghai a plongé de plus de 4% en clôture vendredi, dans un marché assombri par l'effondrement des exportations chinoises en février, le regain d'inquiétudes sur les négociations commerciales sino-américaines et de mauvaises perspectives économiques en Europe.

En clôture, l'indice composite de la place shanghaïenne a chuté de 4,40% (soit 136,56 points) à 2969,86 points.

De même, l'indice composite de la Bourse de Shenzhen, deuxième place de Chine continentale, a lourdement chuté, abandonnant 3,79% (soit 63,25 points) à 1605,28 points.

Ce plongeon brutal a des airs de douche froide après l'euphorie boursière des deux derniers mois, qui avait vu la place de Shanghai s'envoler d'environ 20% entre début janvier et fin février, dopée notamment par l'optimisme sur un accord commercial avec les États unis.

Mais cet enthousiasme s'est fissuré vendredi, alors que s'amoncellent les nuages sur la conjoncture mondiale.

La contre-attaque du géant chinois des télécoms Huawei, soupçonné d'espionnage par Washington et qui a annoncé jeudi une procédure judiciaire contre les États-Unis, semble compromettre les avancées dans les pourparlers commerciaux sino-américains.

Pire, la Banque centrale européenne (BCE) a renforcé jeudi son soutien à l'économie en zone euro, prenant par surprise les observateurs et brossant un tableau nettement plus noir des perspectives de croissance et d'inflation.

Dans la foulée, les places financières mondiales ont trébuché, Wall Street en tête, avant que les Bourses asiatiques ne lui emboîtent le pas.

Enfin, les investisseurs ont été refroidis par des statistiques commerciales très décevantes publiées vendredi: les exportations de la Chine se sont effondrées de 20,7% sur un an en février, quatre fois plus qu'attendu, tandis que les importations aggravaient leur repli - de quoi aviver les craintes sur la santé économique du géant asiatique.

«Les marchés en Chine ne peuvent jamais parvenir à une stabilisation par eux-mêmes. Soit ils s'envolent au zénith, soit ils dégringolent dans les tréfonds», observe Dong Baozhen, du gérant d'actifs Beijing Lingtongshengtai, cité par l'agence Bloomberg.

«Le gouvernement doit être agile et subtil dans ses discours pour modérer les mouvements du marché. S'il reste à distance, les risques s'accumulent», note-t-il.

De fait, la chute des Bourses chinoises a été intensifiée vendredi par une débâcle des valeurs financières, après un avis de la puissante maison de courtage Citic incitant à vendre les titres de l'assureur People's Insurance Company, jugé «largement surévalué» - une décision réputée avoir été dictée par les autorités, selon Bloomberg.

Le titre de l'assureur avait bondi de 10% quotidiennement sur cinq séances consécutives.

L'effondrement de vendredi intervient par ailleurs peu après l'entrée en fonction du nouveau président de la puissante Commission de régulation des marchés financiers (CSRC), Yi Huiman.

Nommé en janvier, M. Yi avait réaffirmé son objectif de «moderniser» les Bourses chinoises en chassant les transactions risquées, en renforçant la transparence et en garantissant que les titres soient évalués selon de «stricts mécanismes de marché».

Un pari encore compliqué: dominés par des investisseurs individuels, impulsifs et imprévisibles, les marchés chinois traînent une réputation de casino aux montagnes russes irrationnelles. La place de Shanghai s'est effondrée de 25% en 2018 et celle de Shenzhen de 33%, signant ainsi deux des pires performances du globe.