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Des snowbirds seront expulsés de leur paradis

Jonathan Tremblay | Journal de Montréal

Avertis de leur expulsion imminente d’un parc de maisons mobiles en Floride, des centaines de retraités québécois craignent de perdre plusieurs milliers de dollars en plus de laisser leur seconde famille derrière eux.  

«On ne dort pas. J’ai pleuré quand je l’ai appris. C’était comme si une bombe m’était tombée sur la tête», confie au Journal Danielle Tear, 60 ans, encore démolie de la nouvelle apprise le 3 mars.  

Ce jour-là, les quelque 250 vacanciers québécois du Pine Isle Park ont reçu un avis verbal de leur éventuelle éviction.  

Ce parc pour maisons mobiles et roulottes accueille les 55 ans et plus, près de Homestead, en Floride.  

Selon les résidents, l’acheteur encore inconnu qui les met à la rue aurait acquis le terrain de 177 000 m2 pour 40 M$ du groupe TREO.  

Ce dernier avait acheté l’emplacement pour 13 M$ en décembre, rapportait le South Florida Business Journal.  

Les Québécois auraient jusqu’au 1er juillet pour quitter les lieux, qu’ils emportent leurs biens avec eux ou non.  

Maisons mobiles, roulottes, effets personnels : tout doit partir.  

Court délai 

Pierre Nadeau, André Lafrance, Normand Parizeau, Guy Tremblay et Richard Bolduc qui font partie de « l’Association des amis de Pine-Isle » devront déménager dans les prochaines semaines.

Photo courtoisie

Pierre Nadeau, André Lafrance, Normand Parizeau, Guy Tremblay et Richard Bolduc qui font partie de « l’Association des amis de Pine-Isle » devront déménager dans les prochaines semaines.

 

«On nous a dit que le reste serait détruit au bulldozer, raconte Guy Tremblay, 72 ans. Pour l’instant, on est dans le questionnement. Tout le monde est inquiet.»  

Car la plupart de ces voyageurs possèdent un visa qui leur permet de rester six mois au chaud, dans le sud des États-Unis. Cela mène grand nombre d’entre eux à un retour dans la province à la mi-avril.  

Il leur reste donc un mois pour se relocaliser ou vendre leur propriété, sans quoi ils perdent tout.  

Face à cette réalité, ceux-ci déplorent le peu de temps laissé pour prendre une décision éclairée.  

«On est tous à vendre. On perd tous de l’argent. C’est une fermeture sauvage», lance Richard Bolduc, 65 ans.  

«Il faut se revirer de bord vite. Ce serait le fun de déménager, mais il manque de terrains. Et ceux qui restent triplent leurs prix, voyant l’opportunité», déplore M. Tremblay.  

Liquidation  

Il n’y a pas que les autres parcs qui y voient la bonne affaire, les acheteurs qui parcourent leurs rues aussi. 

Pour éviter de devoir ramener leurs biens, certains snowbirds les vendent à prix réduit.

Photo courtoisie

Pour éviter de devoir ramener leurs biens, certains snowbirds les vendent à prix réduit.

«Des maisons mobiles qui valent 30 000 $ ou 40 000 $ se vendent pour quelques milliers de dollars à peine. On n’a pas le choix», continue le sexagénaire.  

Or, la plus grande tristesse des gens interrogés par Le Journal s’avère être les adieux à leur petite communauté, qu’ils côtoient depuis de nombreuses années.  

«C’est un coup de couteau au cœur. On avait une vie sociale extraordinaire. Là, les gens vont partir de tous les bords. C’est le plus gros deuil», termine Guy Tremblay.  

D’ici là, les résidents attendent leur lettre d’éviction officielle et ont des pourparlers afin de déménager quelques roulottes sur des terrains voisins.  

Une épreuve difficile pour les plus âgés  

Cet appel au déménagement des snowbirds du Pine Isle Park, en Floride, affecterait davantage les personnes de 75 ans et plus, selon Pierre Nadeau, du Nouveau-Brunswick.  

Celui-ci s’attend à perdre près de 20 000 $.  

«Je ne serai pas capable de vendre ma maison mobile. Ça va être une perte totale», a-t-il souligné.  

Le jeune retraité de 55 ans entend profiter du rabais de ses voisins plus âgés pour racheter une roulotte à bas prix.  

Derniers milles  

Par exemple, Denis Ouellet, 74 ans, qui en était à ses derniers milles en tant que snowbird.  

Après 16 ans en caravane à sellette, il s’était acheté une maison mobile afin de l’aménager en fonction de son handicap, lui qui vit avec une seule jambe. Cette épreuve mettra donc fin à ses longs séjours hivernaux au soleil.  

«Je l’ai payée 26 000 $ et j’ai fait 2000 $ de rénovations. À mon âge, je n’ai pas les moyens de donner près de 30 000 $. Ça va être difficile de passer à travers ça», avoue tristement M. Ouellet.