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«Éric Lapointe est l’une des personnes les plus intelligentes que je connais» - Yves-François Blanchet

Élise Jetté | Agence QMI

Député, ministre, animateur radiophonique, commentateur à la télévision et maintenant chef du Bloc québécois, c’est toutefois aux côtés du rockeur Éric Lapointe, en étant son gérant durant près de 20 ans, qu’Yves-François Blanchet a passé la majeure partie de sa carrière.

«Quand j’ai quitté pour devenir candidat (au Parti québécois) en 2008, je me suis dit que ça ne serait pas agréable d’aller l’annoncer à Éric, mais il a été extraordinaire», a confié Yves-François Blanchet à Emmanuelle Latraverse dans le balado «Emmanuelle présente...» sur QUB radio.

«C’est une des personnes les plus intelligentes que je connais, il a une intuition et une lecture du réel incroyables. Il m’a dit "Je peux pas plus t’empêcher de faire de la politique, que tu peux m’empêcher de chanter".»

Alors qu’il a toujours été présenté comme «celui qui a découvert Éric Lapointe», Yves-François Blanchet refuse encore aujourd’hui cette médaille. «Le travail d’un gérant, c’est de mettre en lumière ce que l’artiste fait de bien et de cacher ce qu’il fait de moins bien. Avec Éric, c’était une job à temps plein», a-t-il lancé en riant.

Comme dans une famille où deux frères peuvent être très proches, mais complètement différents, M. Blanchet assure que c’est la complémentarité qui a été la recette de leur succès artistique. «Il faisait le shift de soir et moi le shift de nuit», se souvient le chef de parti.

Un avenir pour l'industrie?

Jadis président de l’ADISQ, il qualifie la musique de «véhicule de l’âme». Selon lui, il est normal de s’inquiéter de ses modes de diffusion et du fait que les artistes puissent en vivre, mais «elle va toujours se frayer un chemin».

«La musique, elle est comme la langue, comme la culture. Elle est forcément immortelle. J’ai vécu la fin de la meilleure période de l’industrie. Mais on a misé sur le fait de vendre des morceaux de plastique sur lesquels on enregistrait. Aujourd’hui, on a accès à presque l’ensemble de la création artistique, musicale cinématographique, littéraire, d’arts visuels, avec un appareil qu’on traîne dans nos poches. On n’a pas besoin du morceau de plastique.»

La solution réside donc pour lui dans le retour du balancier: les entreprises les plus riches au monde, responsables du streaming notamment, doivent rendre aux créateurs ce qu’elles leur doivent.

Responsable du monde, mais jamais au centre du monde

M. Blanchet n’a jamais cru en la supériorité des grands centres en comparaison aux régions. «Le centre du monde, c’est là où on s’installe», dit-il.

«Les régions c’est comme la parité en politique: on en parle beaucoup, mais on ne le fait jamais», déplore celui qui a une formation d’anthropologue.

Sa présence en politique est un rôle qu’il a toujours assumé de façon humble et passionnée, mettant de l’avant les gens autour de lui autant que le poste qu’il occupe. «Moi, quand je déménage, ce n’est pas le camion qui m’intéresse, c’est les meubles qu’il y a dedans. Je pense qu’une personnalité politique devrait avoir l’humilité de reconnaitre que ce n’est pas lui ou elle qui est important, c’est la confiance que les gens ont placée en cette personne.»

Pour lui, le modèle de souveraineté soumis aux Québécois doit être revu afin de parler aux jeunes. «Quand j’étais jeune, la conclusion logique de la Révolution tranquille était la souveraineté, se souvient-il. Pour les jeunes d’aujourd’hui, leur dire que l’indépendance est la conclusion logique de la Révolution tranquille, ça veut rien dire», car les jeunes ont vu l’époque où l’on a «déboîté» la Révolution tranquille et n'ont jamais été témoins de ses grands impacts.

Il croit ainsi d’autant plus à un modèle de développement économique québécois basé sur l’écologie et pensé en fonction de nos ressources.

La politique l’anime comme jamais et s’il devait prendre une autre avenue aujourd’hui, ce serait celle des bancs d’école pour continuer son parcours en anthropologie et nourrir sa passion pour l’humain.

Ne cultivant aucun regret, il dit: «Je suis heureux d’être là où je suis aujourd’hui et je n’y serais pas si je n’étais pas passé par où je suis passé». La flamme politique est encore bien vivante, et pour longtemps: «Je perçois davantage la chance incroyable que j’ai que des gens aient dit, "C’est complètement débile ce que tu fais là en t’en allant au Bloc québécois, mais parce que je c’est toi, je vais y aller."»