/finance/homepage

Économies de 700$ grâce au nouveau Guide alimentaire

Vincent Larin | Le Journal de Montréal

Cuisiner en fonction du nouveau Guide alimentaire canadien permettrait à une famille de quatre d’économiser 700 $ par an, selon une étude qui paraît aujourd’hui. Mais ses chercheurs recommandent d’en profiter, car ça ne durera pas.

La réduction de la part de la viande et des produits laitiers du menu quotidien de votre famille permettrait d’économiser pas moins de 1,98 $ quotidiennement, révèle une étude menée conjointement par des chercheurs de l’Université Dalhousie, à Halifax, et de l’Université Guelph, en Ontario, dont les résultats seront publiés aujourd’hui.

Pour ce faire, ils ont comparé les prix courants selon un menu recommandé par le nouveau Guide alimentaire canadien à celui de l’ancien document paru en 2007.

« C’est dans une situation idéale, pour une famille de quatre, où il n’y a aucun gaspillage alimentaire et où on cuisine tous les repas », précise le directeur de l’étude, Sylvain Charlebois, qui enseigne la distribution et les politiques agroalimentaires.

Le nouveau Guide alimentaire, publié en janvier par le gouvernement fédéral, met maintenant de l’avant une assiette dont une moitié est constituée de légumes et de fruits. C’est beaucoup plus que ce que recommandait l’ancienne version.

Le reste est constitué en parts égales d’aliments protéinés – comme de la viande, du tofu, des œufs, du yogourt, des légumineuses – et des aliments à grains entiers, comme du pain, des pâtes et du riz.

Fruits et légumes économiques

« En achetant des fruits et légumes selon les saisons et du congelé, c’est effectivement possible de faire des économies de ce côté-là », estime la nutritionniste Emmanuelle Dubuc-Fortin du centre de référence sur la nutrition de l’Université de Montréal.

Mais c’est là qu’il risque d’y avoir un problème dans les prochaines années, explique le chercheur Sylvain Charlebois, puisque le prix des fruits et légumes risque de varier grandement.

« D’ici 2020 ou 2021, le menu du nouveau Guide alimentaire canadien risque déjà de ne plus être aussi rentable », explique-t-il.

Ça ne durera pas

Le prix des légumineuses et des protéines végétales, tel le tofu, pourrait aussi être appelé à grimper rapidement compte tenu de la demande de plus en plus grande.

Il croit que le gouvernement devrait préparer une politique agroalimentaire afin que les aliments produits dans nos champs correspondent aux besoins des consommateurs.

« Le Guide alimentaire est devenu purement urbain, donc il n’y a aucun lien entre ce qu’on veut manger et ce qu’on produit en campagne », dit-il.

L’étude s’est d’ailleurs appuyée sur le prix des aliments au mois de mai, mois durant lequel les prix varient le moins pour les fruits et légumes.

► Coût d’un repas pour quatre

28,91 $ selon l’ancien guide (en mai 2018)

26,93 $ selon le nouveau guide (en mai 2018)

Sources : Universités Dalhousie et Guelph

Les émissions de cuisine plus consultées

Le Guide alimentaire canadien arrive loin derrière les émissions de télé, les livres de recettes et les conseils de papa et maman lorsque vient le temps d’obtenir des conseils nutritionnels, ont constaté des chercheurs.

C’est ce qui ressort d’un sondage mené en marge de leur étude sur le prix d’une portion selon le nouveau Guide alimentaire canadien.

« Les jeunes valorisent plus les célébrités que le Guide », soupire le chercheur Sylvain Charlebois.

Le document préparé par Santé Canada arrive au sixième rang des sources les plus consultées par les Canadiens lorsque vient le temps pour eux d’obtenir des conseils sur comment s’alimenter (voir tableau).

Redorer son blason

« Le Guide doit redorer son blason », estime M. Charlebois à la vue de ces résultats, ajoutant que « les gens sont laissés à eux-mêmes ».

« J’y vais davantage selon mes goûts. Si je veux manger de la viande, je mets de la viande, si je veux manger du tofu, je mets du tofu », a témoigné un Montréalais, Gérard Moygan, à sa sortie d’une épicerie du quartier Saint-Henri à Montréal.

Comme plusieurs personnes interrogées par Le Journal à cet endroit, il dit ne pas prendre en compte les recommandations du Guide lorsqu’il fait l’épicerie.

« Je vais essayer d’intégrer un peu de tout, mais c’est plus pour des questions de santé que d’économie de prix », explique un autre citoyen, Pliniop Pinto.

► Les sources d’informations des Canadiens

Familles ou amis 19,69 %

Recherche générale 18,92 %

Médias sociaux 10,67 %

Livres de recettes, revues, etc. 10,28 %

Émissions de télé 7,94 %

Guide alimentaire canadien 7,90 %

Autres (épiciers, influenceurs, professionnels de la santé, etc.) 19,91 %

Sources : Universités Dalhousie et Guelph