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Les Boeing 737 MAX cloués au sol: un défi logistique pour Air Canada

Agence QMI et AFP

 - Agence QMI

La décision rarissime de clouer au sol les Boeing 737 MAX flambant neufs représente un défi logistique pour les compagnies aériennes, comme Air Canada qui en possède 24.

Les répercussions n’ont d’ailleurs pas tardé à se faire sentir chez le transporteur.

Les lignes téléphoniques d’Air Canada ont rapidement été saturées, mercredi, par les voyageurs affectés par la situation, a rapporté le quotidien «The Globe and Mail».

L’impact n’est pas négligeable puisque les 24 appareils d’Air Canada transportent de 9000 à 12 000 passagers par jour, sur des liaisons achalandées comme Montréal-Los Angeles.

Air Canada assure qu’il va rembourser intégralement les personnes affectées par des vols annulés et abolir les frais de modification des billets. Une ligne spéciale, le 1 833 354-5963, a été mise sur pied pour les personnes qui volent sur ces avions dans les 72 heures à venir.

Dans la mesure du possible, les compagnies tentent de trouver des places sur d’autres vols.

Aux États-Unis, l’impact semblait moins sévère, mercredi.

Ainsi, la compagnie américaine SouthWest, qui dispose de la plus grande flotte de Boeing 737 MAX du monde, avec 34 appareils, relativise la situation, car ces appareils font partie d'une flotte moyen-courrier comprenant plus de 750 Boeing 737.

«Ils ne représentent que 4 % de notre programme de vol qui comprend environ 4100 vols par jour», a expliqué à l'AFP un porte-parole de SouthWest.

«Plus de 95 % de notre flotte totale n'est pas affectée», a-t-il ajouté, précisant que les MAX seront remplacés par d'autres avions de la compagnie.

Gronde des passagers?

Pour autant, «cela pose un vrai problème d'exploitation» qui pourrait affecter les passagers, d'autant plus que les compagnies aériennes pourraient être tentées de remplir plus leurs autres avions, estime Didier Brechemier, expert en transport aérien au cabinet Roland Berger.

Il ajoute que ceci pourrait se traduire dans certains cas par la suppression d'une ou plusieurs fréquences (le nombre de vols d'une même compagnie sur un trajet donné) au détriment des usagers.

«Les compagnies vendent leurs programmes de vol 360 jours à l'avance», a indiqué par ailleurs Addison Schonland. Les clients achètent leurs billets sur la base de ce programme. Si la compagnie ne peut pas l'assurer, le client doit être dédommagé.»

Or, les passagers pourraient être d'autant plus mécontents qu'une fois leur billet initial remboursé, ils pourraient être amenés à payer un nouveau voyage bien plus cher, l'offre de vols étant réduite.

Si les compagnies ne disposaient pas d'avions de rechange, elles pourraient «recourir au ACMI (air, crew, maintenance, insurance), c'est-à-dire à la location d'avions et de leur équipage», a dit Didier Bréchemier.

Mais les retards de livraison de nouveaux avions rendent «la location d'avions difficile», a indiqué Addison Schonland.

En Europe, pour Norwegian Air Shuttle, dont la situation financière est tendue, il n'est tout simplement pas question de louer d'autres appareils. La compagnie à bas coûts recourt à ses autres modèles, tels que le Dreamliner sur le long courrier et le Boeing 737-800 pour le court et le moyen-courrier.

Dès mercredi, Norwegian, contrainte de clouer 18 Boeing 737 MAX 8, a annoncé qu'elle allait exiger des réparations financières auprès du constructeur américain pour ces surcoûts d'exploitation.

S'il est impossible à ce stade d'avoir une estimation de Norwegian sur les coûts de cette immobilisation des MAX, un analyste de DNB Markets les a évalués entre 5 et 15 millions de couronnes (entre 0,5 et 1,5 million d'euros) par jour.