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Qu’est-ce qui peut pousser un individu à se radicaliser?

TVA Nouvelles

Qu’est-ce qui pousse des individus à tant de détestation qu’ils prennent les armes et ouvrent le feu sur leurs concitoyens d’allégeances, de religions ou de visions qui les heurtent au point où ils se radicalisent et sèment la mort autour d’eux? Comment expliquer les motivations de Brenton Tarrant, le tireur allégué de Christchurch?

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Le tireur a filmé son attaque et publié un manifeste

Stéphanie Tremblay, professeure au département des sciences de la religion de l'UQAM, avance des hypothèses. D’abord, elle précise qu’il n’y a pas qu’une forme de radicalisation, mais que le phénomène est pluriel.

«La radicalisation équivaut pour plusieurs personnes à des attentats terroristes de type djihadistes accolés à des communautés en particulier alors qu’il y a plusieurs types de radicalisation qui concerne des groupes identitaires d’extrême droite et d’extrême gauche violents affiliés à des idéologies politiques», explique Stéphanie Tremblay.

La professeure de l’UQAM tient à mettre en lumière que la «radicalisation en soi n’est pas dangereuse ou porteuse de dérives violentes. Des types de radicalisation sont porteuses de changement au Québec ou ailleurs lorsqu’elles sont cognitives, un attachement par exemple à une grande cause comme celle de l’environnement, de la paix.»

Brenton Tarrant, qui a été arrêté par les autorités, serait un suprématiste blanc originaire d’Australie. Il s’est servi des médias sociaux pour y mettre une vidéo de 17 minutes de la tuerie et aurait laissé sur Facebook un long manifeste raciste.

Le suspect de 28 ans a choisi l’heure de la prière pour surgir dans deux mosquées et ouvrir le feu en Nouvelle-Zélande. Il a abattu 49 personnes et blessé plusieurs fidèles. Il aurait planifié savamment son crime.

«Le problème de la radicalisation, c’est quand des éléments dans la vision du monde individuelle ou collective deviennent sociopathiques, qu’ils déshumanisent l’autre comme on l’a vu en Nouvelle-Zélande et c’est là qu’il faut intervenir en prévention. C’est difficile, car la radicalisation est plurielle», ajoute Stéphanie Tremblay.

Écoutez ci-dessous l'analyse du psychologue Hubert Van Gijseghem

 

Souffrance morale et indimidation

Des facteurs pousseraient certaines personnes à la radicalisation, seraient des terreaux propices à des comportements radicaux comme ceux de Brenton Tarrant.

«La détresse émotionnelle est un élément sur lequel tous les spécialistes s’entendent, la souffrance morale, l’anxiété. C’est surtout le cas des loups solitaires qui se projettent dans une cause grandiose qui les dépasse et leur procure une identité. Ils se retrouvent dans les réseaux sociaux et internet dans la cause d’un autre qui cristallise l’identité autour des peurs», détaille Mme Tremblay.

La spécialiste de la radicalisation montre aussi du doigt la solitude sociale, le manque de normes qui poussent les gens qui ont des fragilités à se tourner vers des comportements qui peuvent présenter des dangers destructeurs pour eux ou pour les autres.

«Le fait de se filmer est pour un individu (fragilisé) est logique dans le fait d’exister dans une cause grandiose, d’obtenir une reconnaissance. Ce sont souvent des personnes qui ont vécu des problèmes identitaires, d’intimidation, de santé mentale, des problèmes narcissiques», souligne Mme Tremblay qui tient cependant à préciser que les individus qui ont été ou sont aux prises avec ce type de problèmes ne se radicaliseront pas nécessairement.