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«Je veux voir grandir mes enfants» - Mathieu Cyr

Marie-Hélène Goulet | Agence QMI

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Joël Lemay / Agence QMI

Il n’est pas étonnant que Mathieu Cyr ait intitulé son premier spectacle solo «Le chaînon manquant». En plus d’être un humoriste atypique, le père de famille a un quotidien peu banal : il habite dans une commune où les enfants sont éduqués à la maison.

Mathieu, vous nous présentez votre premier «one man show», «Le chaînon manquant». Pourquoi avoir attendu
 12 ans après votre sortie de l’école pour le lancer?

Je souhaitais me donner 100 % à ma famille pendant que mes enfants étaient très jeunes. Je ne voulais surtout pas laisser ma conjointe seule avec un bambin et un bébé pendant que j’étais en tournée. J’ai donc attendu qu’ils grandissent avant de me lancer. Adrienne et Georges-Henri, qui ont six et trois ans, peuvent maintenant m’accompagner en tournée avec leur mère.

Les amenez-vous souvent sur la route avec vous?

Oui, d’ailleurs, le fait que je sois en tournée est l’une des raisons pour lesquelles nous avons choisi de faire l’école à la maison. À l’école traditionnelle, je trouvais les justifications d’absence trop strictes. Je veux que mes enfants aient la liberté de me suivre. Et ça me permet de les voir grandir.

Quel genre de père êtes-vous?

J’essaie d’être le plus présent possible. Je suis un père très motivé côté activités. J’amène mes enfants skier, je leur apprends la guitare... Mon amoureuse s’occupe plus de la vie scolaire. Elle a une maîtrise en psychologie, doublée d’une socialisation en petite enfance. Elle a d’ailleurs une page Facebook, «Mon ancre familiale», où elle donne des conseils en parentalité.


À quoi ressemble une journée d’école à la maison?

J’habite en commune avec une autre famille qui a aussi des enfants de six ans et trois ans. La classe débute donc vers 9 h pour les deux plus vieilles, tandis que mon garçon et l’autre petite fille fréquentent le CPE. Les enfants font une pause pour le dîner, puis continuent la classe jusqu’à 15 h. Bien sûr, quand elles perdent le fil ou sont moins attentives, il peut y avoir des pauses. L’autre jour, alors que les filles venaient d’apprendre la différence entre les voyelles et les consonnes, ma blonde a remarqué qu’elles n’avaient plus du tout l’attention nécessaire pour apprivoiser les syllabes. Elle leur a donc montré à faire du pain avant de revenir aux syllabes.

C’est quelque chose que l’école traditionnelle ne peut pas offrir!


Exactement. Et je crois que les enfants apprennent beaucoup plus que ce que les élèves réguliers apprennent en une semaine. C’est normal: elles ont un professeur pour deux élèves.

Sont-elles curieuses de savoir à quoi ressemble l’école traditionnelle?

Pas ma plus grande, mais mon fils idéalise le tout. Nous ne les forcerons jamais à rester à
la maison si ce n’est pas ce qu’ils désirent. Le jour où ma fille me demandera d’aller à l’école primaire du coin, je vais l’y inscrire. Mais, pour le moment, je crois qu’elle apprécie de ne pas être pressée le matin, et notre situation familiale lui permet d’être socialisée.

À ce propos, vous avez une situation familiale spéciale. Comment en êtes-vous venu à habiter en commune?

Avec mes spectacles, ma copine se retrouvait souvent seule le soir. Même si je suis assez progressiste, avec l’arrivée des enfants, comme dans bien des couples, l’égalité des sexes a été mise à mal. Geneviève avait donc sur les épaules la charge mentale de la famille et trouvait ça long. Elle en a discuté avec une amie, qui était dans la même situation, et a dit en blaguant qu’habiter ensemble faciliterait leur quotidien. La blague est devenue de plus en plus sérieuse et, quand elle m’a parlé de son intention, je me suis dit: pourquoi pas!

Comment avez-vous trouvé votre maison?

Ç’a été assez compliqué de trouver la maison idéale pour notre projet. Nous en cherchions une bigénérationnelle aux espaces de vie côte à côte. Nous ne voulions surtout pas qu’une des familles vive dans le sous-sol de l’autre. Ç’a été si long avant de trouver la bonne demeure que l’autre couple a eu le temps de se séparer avant le déménagement. Je vis donc avec deux femmes et quatre enfants.

Comment est divisée la maison?

Nous avons chacun une porte, mais de nombreux espaces communs, dont une grande salle de jeux et un grand salon. Ça laisse beaucoup de place aux enfants pour jouer.

Est-ce difficile de trouver de l’intimité avec cet arrangement?

Nous avons un code de couleurs sur les portes. S’il y a un carton rouge, il ne faut pas entrer. Nous vivons depuis sept mois de cette manière, et ça se passe très bien.


Quel genre de conjoint êtes-vous?

Je suis soit absent, soit très présent et intense. Quand je reviens de mes spectacles, j’ai énormément d’énergie, ce qui contraste parfois avec l’énergie de ma blonde, qui reste à la maison. Je pense qu’elle ne s’ennuie pas avec moi!

Pourquoi Geneviève est-elle la bonne personne pour vous?

C’est la seule qui peut m’endurer! (rires) Elle est très brillante. Elle pratique aussi la communication non violente, ce qui nous aide
à trouver les bons mots pour nous parler. Pendant cinq ans, nous avons produit des soirées d’humour. J’animais et elle s’occupait de la porte, des réservations et de la promotion. Ce partenariat nous a soudés. Elle me pousse aussi à aller plus loin, autant dans mes textes que dans ma vie. C’est elle qui m’a encouragé à faire les tests de dépistage de douance (précocité intellectuelle), parce qu’elle se doutait bien que je n’avais pas juste un TDAH.

Qu’est-ce qui vous occupe ces prochains mois?

Il y a bien sûr la tournée de «Chaînon manquant». Je suis aussi le nouveau porte-parole de l’Association québécoise pour la douance. J’anime «Infiltration», à Z. J’ai aussi deux baladodiffusions, «Le Lift» et «L’Odyssée», et un projet de capsules sur la parentalité.