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Relation Québec-Ottawa: le torchon brûle entre Legault et Trudeau

Marc-André Gagnon | Journal de Montréal

Le 1er octobre dernier, François Legault a convaincu une majorité de Québécois de tourner la page sur cinquante ans de dualité fédéraliste-souverainiste en misant, entre autres, sur le « nationalisme d’ouverture », ce qui suppose davantage d’autonomie vis-à-vis d’Ottawa. Six mois plus tard, les parties de bras de fer ne cessent de se multiplier, avec peu de résultats.

Il semble déjà bien loin le jour où, tout sourire, Justin Trudeau et François Legault avaient volé ensemble jusqu’en Arménie pour participer au Sommet de la Francophonie, quelques jours après les élections québécoises.

À l’approche du budget fédéral, qui sera rapidement suivi du budget provincial, le gouvernement Legault est à couteaux tirés avec plusieurs élus du gouvernement Trudeau, dont le ministre fédéral de l’Infrastructure, François-Philippe Champagne.

Cette semaine, les relations se sont envenimées au point où sur les réseaux sociaux, le chef de cabinet du ministre fédéral Jean-Yves Duclos a accusé la vice-première ministre Geneviève Guilbault de dire « n’importe quoi ».

Legault garde « confiance »

Pressé de questions à ce sujet par les journalistes, « j’ai confiance qu’on va faire des gains avec Ottawa », a maintenu le chef caquiste, mercredi. Pour parvenir à ses fins, il avoue compter sur les élections fédérales qui arrivent à grands pas.

« Les Québécois vont effectivement regarder ce qui est proposé [par les partis fédéraux] pour les Québécois, a dit M. Legault. Actuellement, les gens sont d’accord pour avoir plus de pouvoirs au gouvernement du Québec en matière d’immigration. Les gens du Québec souhaitent avoir leur part, entre autres [en matière de] transports en commun. Non seulement pour Montréal, mais aussi pour Québec et les autres grandes villes. Alors évidemment que ça va avoir un lien entre le résultat du vote et ce qui va être mis sur la table par les différents partis. »

D’ici là, le premier ministre Legault promet de demeurer « ferme » dans ses demandes, dont voici quelques exemples.

Le tramway de la discorde

Québec et Ottawa n’arrivent pas à s’entendre sur la façon de boucler le financement de 3 milliards $ du fameux projet de tramway à Québec. « Entendez-vous », a récemment pesté le maire de Québec, Régis Labeaume, qui craint des retards sur la livraison du réseau de transport structurant prévue pour 2026.

Dans les faits, les deux gouvernements se sont engagés à payer 100 % de la facture : Québec promet d’investir 1,8 G$, et Ottawa 1,2 G$. De ce dernier montant, le gouvernement Trudeau propose que 800 M$ proviennent du volet « infrastructure verte » de 1,8 G$ du programme fédéral d’infrastructure. Seulement 400 M$ seraient puisés à même le volet « transport en commun » de 5,2 G$ du même programme fédéral, selon un calcul basé sur l’achalandage.

Mais Québec préfère réserver les contributions fédérales du volet « infrastructure verte » à des projets comme ceux de biométhanisation et de valorisation des matières organiques ménagères dans plusieurs municipalités.

- Marc-André Gagnon, Bureau parlementaire

25 ans de querelles sur le pont de Québec

Le ministre des Tranports François Bonnardel a beau répéter que le pont de Québec est toujours sécuritaire, la structure de la « 8e merveille du monde » est depuis longtemps rongée par la rouille... et la chicane.

Le gouvernement Legault considère qu’il n’appartient qu’au CN et au gouvernement fédéral de payer pour la peinture. Le Journal révélait cette semaine qu’Ottawa estime maintenant les coûts de restauration de la peinture à 559 M$. Le gouvernement Trudeau, qui s’était engagé en 2015 à régler le dossier avant juin 2016, a proposé au gouvernement Legault et au CN de régler chacun un tiers de la facture. Disant avoir compris « le message », Ottawa cherche maintenant à trouver des façons de réduire la contribution demandée au gouvernement du Québec.

- Marc-André Gagnon, Bureau parlementaire

Deux visions de l’immigration

Le gouvernement Legault et les troupes de Justin Trudeau ont des visions diamétralement opposées de l’immigration. Québec a annoncé en décembre dernier sa volonté de réduire de 50 000 à 40 000 le nombre de nouveaux arrivants accueillis annuellement. La réplique d’Ottawa n’a pas tardé : le même jour, le premier ministre Justin Trudeau a affirmé qu’il serait « mal avisé » de réduire le nombre d’immigrants en pleine pénurie de main-d’œuvre. Si Québec peut réduire le nombre de travailleurs qualifiés qu’il accepte chaque année en vertu de l’Accord Canada-Québec, le gouvernement Legault souhaite qu’Ottawa diminue le nombre d’immigrants reçus dans le programme de réunification familiale, afin de pouvoir maintenir ses cibles sans trop couper dans les candidats destinés à combler des emplois. Jusqu’ici, le gouvernement Trudeau a fait la sourde oreille.

- Patrick Bellerose, Bureau parlementaire

Non à la déclaration de revenus unique

François Legault a fait de la déclaration de revenus unique gérée par le Québec la pierre angulaire de son nouveau projet nationaliste, mais il a rapidement reçu une gifle de Justin Trudeau. Le 17 janvier : le premier ministre du Québec rencontre en tête-à-tête Justin Trudeau à Sherbrooke. Il ne cache pas ses ambitions. Le premier ministre canadien avait déjà rejeté l’idée en 2018, mais François Legault croyait à ce moment-là que l’échéance électorale pourrait motiver les libéraux fédéraux à être plus ouverts. Début février, le premier ministre du Canada a toutefois fermé la porte à double tour. « Nous ne sommes pas alignés avec le gouvernement du Québec sur l’idée d’un rapport unique provincial », a-t-il indiqué.

- Charles Lecavalier, Bureau parlementaire

Pas touche à mes compétences !

Québec considère qu’Ottawa a fait fi de ses demandes lors de l’adoption du projet de loi C-69, qui concerne les procédures d’évaluation environnementale. Le gouvernement Legault exige le plein pouvoir dans les évaluations des projets qui sont de compétence provinciale. Dans une lettre envoyée à son homologue fédérale, le ministre québécois de l’Environnement, Benoit Charrette, écrivait, en février dernier, que « le texte législatif adopté par Ottawa ne reflète pas, pour l’essentiel, les demandes et commentaires faits par le gouvernement du Québec ». Insatisfait, Québec a même fait parvenir au Comité sénatorial permanent de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles ses commentaires, jugeant « qu’il est encore temps de modifier » le projet de loi. « Le processus [prévu dans le projet de loi fédéral] dédouble le régime québécois qui lui est antérieur et qui a démontré son efficience », explique M. Charrette, dans une lettre obtenue par l’Agence QMI en vertu de la loi sur l’accès à l’information.

- Pascal Dugas Bourdon, Agence QMI

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