/news/society

Surpris par un cancer de la peau

Alain Bergeron | Agence QMI

Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC

Par prudence, en affaires, Patrice Drouin a toujours enveloppé de silence les événements qu’il mijotait jusqu’au jour venu de les annoncer. Sa culture du secret s’ébranle cependant quand un autre type d’événement se présente : le cancer de la peau qu’on lui a trouvé en 2018 l’encourage maintenant à déclarer son amour à la vie.

La loterie bête du destin n’épargne personne, pas même l’un des organisateurs d’événements qui font grouiller le Québec. Drouin a dû à son tour apprivoiser les affres de l’inquiétude. Durant un beau jour de juillet, deux masses importantes au bras droit et au dos lui ont été retirées en mode urgence, ainsi que des ganglions aux aisselles où le cancer s’était propagé. En rémission depuis, il doit se soumettre à un suivi tous les trois mois.

«La chirurgienne-oncologue qui m’a opéré ne me connaissait pas, mais elle a cherché sur internet pour apprendre ce que je faisais dans la vie. Elle a vu que j’étais assez occupé. Elle m’a dit : “maintenant, tu dois mettre toutes tes énergies pour guérir ce cancer”», raconte l’homme de 58 ans, président de la firme Gestev qu’il a lancée en 1992 avec Chantal Lachance.

Un réveil

Il l’a écoutée. Il a entendu sa garde rapprochée lui donner le même conseil. Durant le reste de l’été 2018, il s’est offert un repos complet. Suspendre les 1000 projets qu’il mène de front pour garder comme seule préoccupation celle d’apprécier le temps avec son amoureuse Lisa et leur petit Félix, ses deux autres enfants nés d’une union précédente, ses chevaux et sa fermette sur leur vaste propriété à Saint-Ferréol, c’était là la première action vers la guérison.

«Soudainement, tu entres dans l’inconnu. Tu ne veux pas dire aux gens qu’ils s’inquiètent pour toi ni qu’ils ne s’inquiètent pas. Puis, tu regardes ton petit bonhomme, ta conjointe, tes deux autres enfants et tes amis, puis tu te dis que c’est le fun d’être encore là. Tu réalises ce que tu as. Ça te permet de grandir. Il y a quand même quelque chose de positif là-dedans, en ce sens que c’est un réveil qui nous rappelle que la vie ne nous appartient pas», dit-il.

«Il n’arrive jamais rien pour rien. Pat, il est comme un canard. En surface, on le voit calme, mais ses pattes n’arrêtent jamais sous l’eau. Alors, quand un épisode comme celui-là survient, il y a une belle leçon qui nous rappelle que le temps passe vite et qu’on ne vit qu’une fois», observe Lisa Linton, sa conjointe des 20 dernières années.

La vie reprend ses droits

L’œil vif de cette Suédoise d’origine contribue à ce retour au calme depuis les turbulences. L’intrus a été maîtrisé, puis chassé de leur univers.

Un retour au calme, par contre, c’est peu dire pour un homme qui a livré en carrière avec son équipe plus de 300 épreuves de Coupe du monde, tous sports confondus, le Red Bull Crashed Ice, la Transat Québec-Saint-Malo de 2012 et 2016, etc. Après le Jamboree des derniers jours à l’îlot Fleurie, il y aura les finales de la Coupe du monde de ski de fond sur les plaines d’Abraham, durant la prochaine semaine, puis les championnats mondiaux de vélo de montagne au mont Sainte-Anne, au mois d’août.

Tous ces événements en route attestent que l’espoir et la vie ont repris leurs droits. Discret de nature, Patrice Drouin n’a jamais voulu embêter le public avec ses tourments. La majorité des employés de Gestev et les centaines de bénévoles apprendront son épisode de la dernière année en lisant cet aveu.

«Je regarde notre palmarès d’événements internationaux et il y a toujours eu du mouvement dans ma vie. On n’est jamais dans la platitude. Après être passé par toutes sortes de situations avec mon travail, ça aide peut-être à gérer ce qui m’est arrivé», concède-t-il.

«C’est quand même quelque chose qui te pogne. Ce n’est pas quelque chose qui passe comme une lettre à la poste. Ça accroche. Dans tout ce que j’ai vu dans ma vie, ça, j’avoue que c’est un cas unique...»

À la longue liste des réalisations, il faudra maintenant ajouter cette victoire sur la maladie.

Clin d’œil au maire

Quand Régis Labeaume a révélé cette semaine qu’il combat un cancer de la prostate, Patrice Drouin s’est vite autorisé à décocher des ondes positives vers l’hôtel de ville de Québec.

Surpris par un cancer de la peau l’an dernier, le président de Gestev devine les doutes qui habitent maintenant l’homme politique. Drouin a toujours partagé une complicité avec le maire afin de livrer des événements dans la ville, et il dit avoir découvert en lui un homme organisé et toujours documenté, comme lors d’une rencontre au Comité international olympique à Lausanne avec le président Thomas Bach, en avril 2016, quand il l’a vu «enlever son veston, rouler ses manches et s’asseoir à la table pour poser des questions, argumenter et prendre des notes.»

Humains

La réalité des derniers jours rappelle cependant à Patrice Drouin que la capacité pour le travail, aussi solide soit-elle, cache parfois des conséquences.

«Quand quelqu’un est toujours sous tension, c’est certain que ça doit user le système et le rendre vulnérable. On est tous des humains.»