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La révolutionnaire du PLC

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

Joyce Murray nommée présidente du Conseil du trésor. Le greffier du Conseil privé, celui à qui on reproche d’avoir été trop partisan et d’avoir intimidé Jody Wilson-Raybould, parti à la retraite. L’ex-ministre de La Justice Anne McLellan chargée d’étudier les enjeux liés à la crise SNC-Lavalin.

Tout donc, pour espérer tourner la page sur cette crise. Le gouvernement Trudeau semblait enfin prêt à se concentrer sur le moment le plus important de cette année pré-électorale: le dépôt du budget, véritable pierre d’assise en vue de la prochaine campagne.

Or, Jody Wilson-Raybould semble vouloir raison coûte que coûte. Son épée de Damoclès plane toujours sur la tête du gouvernement Trudeau.

La grande croisade démocratique

Pour ceux qui en doutaient encore, l’ex-procureure générale n’est pas satisfaite d’avoir dit «sa vérité» sur les pressions qu’elle a subies pour offrir un accord de poursuite suspendue à SNC-Lavalin et éviter un procès au criminel pour corruption.

Non. Jody Wilson-Raybould mène une véritable croisade contre son propre gouvernement.

Dans une lettre à ses électeurs, elle décrit la crise SNC-Lavalin comme un «signal d’alarme» qui illustre à quel point «nos institutions et nos normes démocratiques sont sous pression», une affaire toujours en cours qui «nécessite plus de clarté et de réponses». Tout y est: «vision vieille et cynique» de la politique, relativisme moral, le risque de perdition. Elle veut se représenter, écrit-elle, pour espérer transformer la culture politique égoïste en faveur d’un changement profond pour le bien du Canada. Rien de moins.

Et ça ne s’arrête pas là. Ceux et celles qui l’appuient sont les «véritables leaders» qui rejettent la «culture du conflit, de la partisanerie stérile, des joutes cyniques qui sont trop fréquentes».

La ligne rouge

Comprenez-moi bien, je ne remets pas en question son idéalisme, son choix de ne pas intervenir dans le dossier SNC-Lavalin, sa vision du rôle du procureur général du Canada, ni même son rejet de la joute partisane qui caractérise la vie politique.

Ces choix lui appartiennent. Ils sont légitimes.

Mais à partir du moment où elle se sert de ce conflit pour remettre en question l’éthique, les idéaux, les fondements même de l’approche politique de son gouvernement, elle franchit une ligne rouge.

D’ailleurs, il ne faut pas se surprendre que les conservateurs aient cité sa lettre à cinq reprises lors de la période de questions pour faire durer la crise.

Qu’une élue ait un différend avec son gouvernement ça s’explique, c’est même normal. Mais qu’elle s’en serve pour frapper celui-ci en plein cœur, c’est autre chose. Qu’elle se laisse instrumentaliser par l’opposition pour le déstabiliser est encore pire.

Féministe, en faveur de la réconciliation avec les peuples autochtones, le premier ministre marche sur des œufs face à son héroïne d’hier.  Justin Trudeau est prisonnier de sa propre logique. Elle le tient en otage.

D’ailleurs, pourquoi donc veut-elle toujours faire partie d’un gouvernement qu’elle contribue activement à déstabiliser?

Si sa vérité et sa cause sont plus grandes que son parti, alors elle devrait démissionner du caucus libéral. Qu’elle assume ses choix.

C’est vrai qu’il est plus facile de se faire élire comme le «symbole féministe et autochtone qui ose tenir tête au pouvoir» que comme députée indépendante. À moins, qu’elle envisage bâtir un nouveau mouvement au sein du PLC pour éventuellement succéder à Justin Trudeau....

Plus elle poursuivra sa croisade contre celui-ci, plus il sera difficile de ne pas croire que ses idéaux cachent aussi une grosse part d’ambition personnelle.

Bravo pour la politique autrement.

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