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Hanté par l'horreur depuis deux ans

Nicolas Saillant | Journal de Québec

Jean-François Ryan aimerait faire changer les choses pour éviter d’autres drames.

Agence QMI, Jean-François Desgagnés

Jean-François Ryan aimerait faire changer les choses pour éviter d’autres drames.

Le suicide de son fils survenu juste après que ce dernier eut tué sa mère hante depuis deux ans Jean-François Ryan, qui déplore avoir été tenu à l’écart alors que son garçon était en pleine psychose.

Le 11 mai 2017, les autorités étaient appelées sur le boulevard Laurier après qu’un homme se fut lancé du 10e étage d’un hôtel.

Ne pouvant que constater le décès, les enquêteurs se sont vite inquiétés de la présence de couteaux tachés de sang dans la chambre louée par Mikhael Ryan.

Pendant ce temps, le père de Mikhael, Jean-François, recevait chez lui la triste nouvelle de la mort de son fils.

M. Ryan prend donc le téléphone pour informer son ex-conjointe, avec qui il entretient d’excellents rapports, de la mort de son fils aux prises avec des problèmes de drogue depuis cinq ans.

Sans réponse, il se rend directement à sa résidence. C’est en ouvrant la porte que M. Ryan a compris ce qui s’était passé.

« Dès que j’ai ouvert la porte et que j’ai vu ça [une mare de sang], j’ai eu un déchirement ici », dit-il en montrant ses côtes pendant qu’il s’ouvre sur le drame publiquement pour la première fois.

Psychose

Le rapport du coroner Jean-Marc Picard fait état d’une scène difficile à voir à l’intérieur de la résidence située dans le faubourg Saint-Jean-Baptiste.

Des plaies de défense ont été observées sur la victime Jocelyne Lamothe, tuée à l’aide des couteaux retrouvés dans la chambre d’hôtel de son fils.

« Mikhael adorait sa mère, c’est tout à fait absurde ce qui est arrivé », lâche Jean-François Ryan.

Mikhael faisait l’objet d’un suivi psychiatrique depuis 2012 en raison de psychoses induites par la prise d’amphétamines qui ont engendré des hallucinations auditives.

Au moment du meurtre, l’homme de 31 ans était à la maison de thérapie Le Rucher depuis plus de deux mois avec l’intention de se reprendre en main.

En sortie la fin de semaine précédente, M. Ryan était allé reconduire son fils en thérapie le dimanche soir.

« Il était vraiment bizarre », se rappelle son père tout en ajoutant qu’il n’avait jamais été violent avec autrui en période de psychose.

Mikhael a passé une nuit agitée avant de ressortir de son plein gré de la maison de thérapie le lundi matin. « Il a tué sa mère le mercredi. Il était encore au Rucher dans ma tête à moi », raconte son père.

« Mis à l’écart »

L’organisme n’avait pas l’obligation d’informer la famille sur son départ. « Si Jocelyne ou moi l’avions su, on aurait agi autrement. Je ne te dis que ça aurait évité le crime, mais on a été mis à l’écart », déplore-t-il.

« Dans un drame comme ça, il n’y a pas de coupable parce que chacun dans son champ de responsabilité va avoir agi correctement, mais il y a une déresponsabilisation complète parce qu’il n’y a pas de continuité dans la prise en charge de la personne », poursuit-il.

« Le parent joue un rôle de coordonnateur par défaut, mais pourquoi on met le proche à l’écart du dossier ? » se questionne depuis maintenant deux ans Jean-François Ryan.

Chronologie du drame

Printemps 2017

Mikhael Ryan est en désintoxication au centre de traitement des dépendances Le Rucher.

Dimanche 7 mai

Son père va reconduire Mikhael après une fin de semaine de sortie.

Lundi 8 mai

Après une nuit agitée, Mikhael quitte le centre et loue vraisemblablement une chambre d’hôtel sur le boulevard Laurier.

Mercredi 10 mai

Mikhael, qui possédait une clé de la résidence de sa mère, entre chez elle. La femme de 54 ans est tuée à l’aide d’un couteau.

Jeudi 11 mai

Tôt en matinée, Mikhael se lance de sa chambre d’hôtel située au 10e étage.

Vers 12 h 15

Jocelyne Lamothe est retrouvée morte chez elle. L’enquête du SPVQ débute.

Une situation « qu’on voit trop souvent »

Les questions pertinentes soulevées par Jean-François Ryan à la suite du suicide de son fils et du meurtre de son ex-conjointe ont poussé le Bureau du coroner à ouvrir une enquête publique sur le sujet.

Depuis près de deux ans maintenant, M. Ryan s’informe et tente de comprendre le système pour trouver une façon d’éviter qu’un drame comme le sien se reproduise.

« Pour survivre à ça, il faut que tu lui en donnes un sens », dit-il difficilement.

Il voulait s’en sortir

Le père de Mikhael rappelle que son fils voulait s’en sortir et que pour ce faire il avait donné l’autorisation à ses parents d’avoir accès à son dossier médical. « Le proche, c’est le seul qui peut jouer un rôle de coordination », illustre M. Ryan.

Or, en raison de la discontinuité dans les services, « les proches sont constamment mis à l’écart», déplore le père endeuillé.

« Tu n’as pas de protocole entre le proche et l’organisme [...] S’il y avait une meilleure coordination, il y aurait des décès qui seraient évités », est-il convaincu.

Questions pertinentes

Jean-François Ryan a donc pris contact avec le coroner Jean-Marc Picard chargé des enquêtes de son fils et de son ex-conjointe afin qu’il pousse sa réflexion plus loin. « Il a mis l’accent sur le fait que le système est pesant et lourd », a répondu le Dr Picard.

« Les proches n’ont aucun recours, ils sont délaissés et c’est ce que M. Ryan a mis en lumière », ajoute le coroner qui a vu dans le cas de Mikhael Ryan, une situation « qu’on voit trop souvent».

Les démarches de Jean-François Ryan ont porté fruit puisque la coroner en chef Pascale Descary a annoncé une enquête publique sur le sujet.

Une belle victoire qui apaise quelque peu le père endeuillé. « Il y a vraiment quelque chose à faire pour d’autres personnes dans cette situation. »

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