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Un premier budget dépensier, des engagements incomplets

Charles Lecavalier | Journal de Québec

Infrastructure, santé, éducation, allègement de taxes et de tarifs: le gouvernement Legault dépose un premier budget dépensier plus généreux que ce que prévoyait la CAQ en campagne électorale. Des engagements électoraux phares pour la classe moyenne ne sont toutefois pas entièrement budgétés.

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«Tous nos engagements sont dans le cadre financier», a plaidé le ministre des Finances Éric Girard lors de la présentation de son premier budget. Les Québécois en auront «davantage dans leur poche», s’est-il félicité, mais tout n’est pas financé.

Québec a annoncé des allocations familiales bonifiées lors de la mise à jour économique de décembre. Éric Girard enclenche maintenant le retour graduel vers un tarif unique pour les services de garde et la première phase de l’uniformisation à la baisse de la taxe scolaire, au coût de 271 M$.

 

Sur ces trois promesses phares de la CAQ, seule l’abolition de la «taxe famille» est budgétée à 100 % sur les quatre années du mandat. Les deux autres mesures ne sont que partiellement financées : la somme manquante est de plus d’un milliard pour la durée du mandat caquiste.

D’autres points d’interrogation sont notés par l’opposition, comme l’absence de provision pour la renégociation des conventions collectives, ou le nouveau pacte avec les municipalités. «Le reste, c’est on verra», a laissé tomber l’ancien ministre libéral des Finances Carlos Leitao.

De l’argent en infrastructure

En infrastructure, François Legault fait sauter la caisse en ajoutant 15 milliards $ sur 10 ans dans la cagnotte des travaux publics. Les écoles et les routes monopolisent près des deux tiers de cette somme. Les postes de la santé (2 milliards $) et du transport collectif (1,6 milliard $) suivent.

Le président du Conseil du trésor Christian Dubé estime que ce coup de barre était essentiel pour rénover les écoles en désuétudes et pour construire des salles de classe pour les maternelles 4 ans. «Il faut faire attention à la surchauffe de l’économie, mais on a l’espace financier», a-t-il indiqué.

En santé, le budget du ministre des Finances Éric Girard gonfle les dépenses de 5,4 %, et en éducation, de 5,1 %. Le cadre financier plus conservateur de la CAQ prévoyait des hausses de 4,1 % et de 3,5 % pour ces missions. «Il y avait un rattrapage à faire. Nous poursuivons ce rattrapage, notamment chez les ainés et en éducation. On est au-delà de nos engagements», s’est félicité M. Girard. Dans les prochaines années toutefois, les dépenses seront resserrées.

Le contexte économique favorable permet tout de même au ministre des Finances Éric Girard de doper les dépenses tout en équilibrant le budget. Le gouvernement estime même que l’objectif de réduction de la dette au ratio de 45 % du PIB sera atteint cinq ans plus tôt que prévu. Il espère rattraper le voisin ontarien. «Ce sera un grand jour quand le Québec aura moins de dettes que l’Ontario», a dit M. Girard.

 

Les oppositions répliquent:

«L’année 2019-2020, c’est la dernière année des marges de manœuvre. Profitez-en bien, parce que les années suivantes, ça ne va pas être ça du tout. [...] À notre avis, cette marge de manœuvre n’a pas été bien utilisée.»

- Carlos Leitao, Parti libéral du Québec

«Les bras me sont tombés en constatant que ni M. Legault ni son ministre des Finances n’ont compris l’ampleur de la crise climatique et l’ampleur des moyens qu’il faudra prendre pour empêcher le Québec de foncer dans l’iceberg climatique.»

- Manon Massé, Québec solidaire

«La CAQ triche avec les chiffres en ne budgétant pas certaines de ses promesses [...]. Le ministre des Finances doit nous dire la vérité : est-ce qu’il y a un déficit caché, ou est-ce qu’il y aura des coupures cachées?»

- Martin Ouellet, Parti québécois

– Avec la collaboration de Pascal Dugas Bourdon, Agence QMI