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Des parents d'enfants lourdement handicapés en colère contre François Legault

Patrick Bellerose | Journal de Québec

Des parents sont en colère contre la décision du gouvernement Legault de reporter à l’an prochain sa promesse de bonifier de 22 millions$ l’aide accordée pour prendre soin de leurs enfants lourdement handicapés.

«Je suis très déçue et, ma première réaction, j’ai été fâchée. C’est comme si ça ne se pouvait pas. Ça semblait tellement facile [à mettre en place], à les entendre», lance Nathalie Richard, fondatrice de l’organisme l’Étoile de Pacho, un réseau d’entraide pour parents d’enfants handicapés. Elle-même est la mère d’un garçon de douze ans qui nécessite des soins professionnels quotidiennement.

En campagne électorale, François Legault avait promis de bonifier de 22 millions$, dès cette année, l’aide aux parents d’enfants nécessitant des soins exceptionnels. Ce programme de supplément de revenu créé en 2016 bénéficie déjà d’un financement de 32 millions$, mais de nombreux parents n’y sont pas admissibles.

Après une rencontre très émotive avec un enfant handicapé au Camp Papillon, dans Lanaudière, le chef de la CAQ avait promis d’élargir le programme. «Nous ne laisserons personne derrière. L’aide offerte sera modulée en fonction de la sévérité du handicap de l’enfant», avait promis François Legault.

Besoins immédiats

C’est seulement en consultant le budget, jeudi, que Nathalie Richard a appris que les versements débuteront un an plus tard que prévu. Un court entretien avec le premier ministre François Legault, quelques minutes plus tard, n’a pas eu l’heur de la rassurer. «Monsieur Legault m’a serré la main et m’a dit : vous devez être contente du budget, relate-t-elle. Je lui ai répondu qu’on n’est pas dans le budget.»

La cofondatrice de Parents jusqu’au bout, Geneviève Dion, se dit également «surprise et déçue». «C’est inacceptable, lance-t-elle. Honnêtement, on a vraiment d’autres chats à fouetter pour s’occuper de nos enfants handicapés. On n’a plus de temps à perdre dans les dédales politiques.»

Les besoins des parents sont immédiats, souligne-t-elle, alors que l’argent devra attendre. «Et il faut les croire sur parole», déplore Geneviève Dion, elle-même mère d’une petite fille lourdement handicapée.

Long processus

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, explique que l’étude des besoins pour évaluer comment l’aide financière sera distribuée prend plus de temps que prévu. «On aurait tous voulu que cet argent soit donné plus rapidement aux familles, mais, après avoir donné le mandat à Retraite Québec on s’est aperçu que ça nous prenait au moins quelques mois pour réformer ce programme, qui est tout croche», explique M. Lacombe, qui dit comprendre et partager la déception des parents.

D’ailleurs, le ministre laisse entendre que son gouvernement pourrait aller au-delà du montant promis. «On est de bonne foi et on veut le meilleur pour ces parents, assure Mathieu Lacombe. Donc, si on s’aperçoit qu’il faut plus que 22 millions$ pour arriver à nos fins, on va mettre l’argent sur la table.» Pas question, toutefois, de s’engager à verser la somme promise cette année de façon rétroactive. «Il est trop tôt pour commencer à entrer dans ce type de détails», dit-il.

Également cofondatrice de Parents jusqu’au bout, la députée caquiste Maryline Picard n’a pas retourné les appels de notre Bureau parlementaire.

Faits saillants

Quelque 2000 parents d’enfants handicapés bénéficient d’un supplément de revenu.

Ils reçoivent présentement 978$ par mois.

La CAQ avait promis d’élargir la portée du programme dès cette année.

De plus, les parents de 40 000 enfants handicapés reçoivent un supplément de 2 340$.