/finance/homepage

Les chauffeurs de taxi en guerre contre le ministre Bonnardel

Amélie St-Yves

 - Agence QMI

Des milliers de chauffeurs de taxi de partout au Québec seront en grève ce lundi et ralentiront volontairement la circulation pour protester contre la réforme de l’industrie du taxi présentée par le ministre des Transports, François Bonnardel.

«Bonnardel, assassin!» ont scandé en chœur plusieurs centaines de chauffeurs de taxi réunis en assemblée générale dans le nord de Montréal, dimanche après-midi.

«On s’attaque à un symbole qui représente la multiethnicité. Est-ce que le premier ministre François Legault est un raciste?» a lancé le porte-parole des taxis pour les régions du Québec Serge Lebreux, alors que les troupes étaient gonflées à bloc.

Les chauffeurs demandent le retrait du projet de loi 17, qui propose de déréglementer l’industrie du taxi, ce qui ouvre la porte au concurrent Uber et provoque encore une chute de la valeur des permis. Leur valeur a déjà dégringolé, parfois de moitié, depuis l’arrivée d’Uber dans la province. Québec promet 500 millions $ pour dédommager les propriétaires, mais c’est insuffisant, selon eux.

Les chauffeurs de taxi seront en grève lundi partout au Québec, de 7 h à 19 h, et ralentiront la circulation en roulant en file dans les rues de quelques villes, notamment à Montréal. Les représentants de l’industrie doivent rencontrer le ministre Bonnardel mardi après-midi, et détermineront par la suite s’il y aura d’autres journées de grève.

 

200 000 $

Les chauffeurs dans la région de Montréal ont parfois payé leur permis plus de 200 000 $ en croyant le revendre et récupérer l’argent comme fonds de pension. Cependant, avec le modèle proposé par François Bonnardel, le permis de taxi n’est plus nécessaire pour gagner sa vie en transportant des gens.

Le chauffeur Friste Dezardouin a payé son permis 211 000$ en 2009 et estime qu’il vaut à peine 80 000 $ maintenant.

«Et encore là, il n’y a personne qui veut l’acheter. N’importe qui peut faire le taxi si on laisse passer cette loi-là, alors que moi, j’ai payé 211 000 $», a-t-il expliqué.

Feeld Jean, un homme dans la trentaine, doit pour sa part encore rembourser 100 000 $ sur un prêt de 246 000 $ contracté en 2014 pour son permis. Il paye 452 $ par semaine pour le rembourser, tout en composant avec la concurrence d’Uber.

«Ce n’est pas pour rien qu’on voit des chauffeurs dormir dans leur voiture», a-t-il dit.

L’assemblée des chauffeurs, dimanche, était instable, et quelques appels au calme ont été nécessaires, notamment quand des chauffeurs mécontents ont invectivé l’ex-ministre et député libéral Gaétan Barrette, venu appuyer l’industrie.

Un chauffeur, particulièrement emporté, l’a chahuté pendant que le porte-parole de l’opposition officielle en matière de transports donnait une entrevue aux médias.

«C’est toi et ton équipe qui a signé le projet-pilote à minuit moins cinq, a lancé le conducteur. Vous avez du culot en e**i d’aller mettre 22 000 familles dans la rue. Je n’ai plus rien à perdre, je vais tout perdre.»

Le député de La Pinière est resté de glace pendant les récriminations de l’homme. Il en a par la suite profité pour jeter la responsabilité aux caquistes de François Legault.

Un journaliste de TVA Nouvelles couvrant l’événement lui a souligné que ce ne sont pas les caquistes qui semblaient être visés par la colère de l’homme, mais bien son gouvernement.

«Actuellement, ils sont en colère tout court», a répondu Gaétan Barrette.

Exceptions à la grève

Montréal :

Les taxis adaptés qui font affaire avec la STM vont effectuer tous les déplacements déjà réservés pour lundi, à l’exception des déplacements prévus pour la clientèle fréquentant les centres de réadaptation en déficience intellectuelle et les ateliers de travail pour cette même clientèle. Cependant, seuls les déplacements pour des rendez-vous médicaux pourront s’ajouter.

Les taxis collectifs ont par ailleurs avisé la STM qu’il n’y aurait pas de service lundi. Les clients devront planifier leurs déplacements en conséquence.

De son côté, exo a mentionné dimanche soir ne pas pouvoir garantir les services de transport adapté, de taxibus et de taxi collectif.

«La grève des chauffeurs de taxi pourrait effectivement avoir des conséquences sur nos services. Nous mettons tout en œuvre pour informer notre clientèle et minimiser les impacts de cette situation hors de notre contrôle. Nous sommes en communication constante avec nos partenaires afin d'offrir à notre clientèle un suivi régulier de la situation », a déclaré Sylvain Yelle, directeur général d'exo, par communiqué.

Québec :

Le service de transport adapté de la capitale n’effectuera que les déplacements de nature médicale ou pour le travail, avec la priorité aux rendez-vous médicaux. Les déplacements se feront par minibus ou autocar.

Laval :

Le transport adapté honorera les déplacements pour des rendez-vous médicaux seulement.

La seule ligne des taxis collectifs qui sera maintenue est le T16, avec des véhicules de la Société de transport de Laval.

Longueuil :

Le service de transport adapté de Longueuil n’effectuera que les déplacements de nature médicale ou pour le travail, avec la priorité aux rendez-vous médicaux. Les déplacements se feront par minibus ou autocar. Les usagers peuvent s'informer via le compte twitter @TL_info, ou s’abonner aux alertes Chrono.

RTL à la demande: Les usagers seront avisés via l’application mobile.