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L’ex-roi du poker en ligne poursuit l’AMF pour 2 M$

Syllvain Larocque | Le Journal de Montréal

Alléguant que l’Autorité des marchés financiers (AMF) a déposé contre lui des accusations «délibérément abusives» et «malicieuses», l’ex-PDG d’Amaya, le Montréalais David Baazov, poursuit l’organisme pour 2 millions $.

En 2014, l’AMF avait ouvert une enquête sur M. Baazov et certains de ses proches dans la foulée de l’acquisition par Amaya de Rational Group, l’exploitant des populaires plateformes de poker en ligne PokerStars et Full Tilt Poker.

En mars 2016, l’AMF a déposé 23 chefs d’accusation dans cette affaire, dont cinq contre David Baazov. Elle lui reprochait d’avoir commis des délits d’initiés et d’avoir manipulé l’action d’Amaya en Bourse.

Or, le procès s’est terminé en queue de poisson, faisant mal paraître l’AMF dans un dossier qui était suivi de près à l’extérieur du Québec.

Dans une requête déposée la semaine dernière en Cour supérieure, M. Baazov soutient que l’AMF a indûment précipité le dépôt des accusations afin de « contrecarrer » son projet de racheter Amaya et de retirer l’entreprise de la Bourse, annoncé en février 2016.

«Trous béants»

Selon David Baazov, il y avait des «trous béants» dans l’enquête de l’AMF au moment du dépôt des accusations. Par exemple, deux des trois volumes du rapport d’enquête n’avaient pas encore été rédigés et plusieurs témoignages clés n’avaient pas encore été recueillis. Les enquêteurs n’avaient même pas consulté les données détaillées des transactions effectuées sur les titres d’Amaya.

«L’AMF a néanmoins choisi, malicieusement, d’aller de l’avant avec les accusations, déterminée à faire dérailler (le rachat d’Amaya) et à nuire à Baazov à tout prix», assène la poursuite.

Estimant que les façons de faire de l’AMF ont brimé sa dignité et son honneur en vertu de la Charte québécoise des droits et libertés ainsi que sa sécurité en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés, M. Baazov réclame 2 millions $ en dommages à l’AMF. Si le tribunal lui donne raison, il promet de verser la somme à cinq organismes de bienfaisance montréalais.

«Recours non fondé»

«L’AMF considère ce recours non fondé et le contestera vigoureusement», a réagi l’organisme dans un courriel envoyé au Journal.

Les avocates qui ont préparé la poursuite, Sophie Melchers et Caroline Larouche, sont celles qui avaient réussi à faire tomber les accusations de l’AMF dans le dossier Amaya, en juin dernier.

En prononçant l’arrêt des procédures, le juge Salvatore Mascia avait déploré «le laxisme et l’absence de rigueur de l’AMF dans le traitement de la preuve».

Il est parti avec 400 M$

David Baazov a empoché plus de 400 millions $ en vendant, au début de 2017, la majorité des actions qu’il détenait dans Amaya.

Quelques semaines plus tard, l’entreprise annonçait le déménagement de son siège social à Toronto et le changement de son nom pour Groupe Stars.

Au moment du dépôt des accusations de l’AMF, le 22 mars 2016, M. Baazov détenait environ 17 % d’Amaya, un investissement qui valait alors plus de 456 millions $. Le lendemain, la valeur de sa participation avait chuté à 362 millions$.

L’homme d’affaires a finalement touché plus de 400 millions $ en vendant les trois quarts de ses intérêts dans Amaya, en mars 2017. On ne sait pas s’il a depuis cédé sa participation restante.

Il aurait pu être milliardaire

Chose certaine, David Baazov serait devenu milliardaire s’il avait attendu jusqu’en avril 2018 pour vendre ses actions.

Le titre de Groupe Stars avait alors bondi après l’annonce de l’acquisition pour 4,7 milliards $ US de la firme britannique Sky Betting & Gaming, spécialisée notamment dans les paris sportifs.

L’action de Groupe Stars a toutefois grandement chuté depuis l’été dernier en raison notamment du fort endettement de l’entreprise et de résultats financiers décevants.

M. Baazov a quitté la direction d’Amaya en mars 2016. Quelques mois plus tard, il a lancé la firme d’investissement Ahaka Capital, dont le siège social se trouve au centre-ville de Montréal. Jusqu’ici, Ahaka a investi dans les jeunes entreprises technologiques UVeye (Israël) et Mundo (Ontario).

David Baazov habite toujours dans une maison de l’Ouest-de-l’Île de Montréal évaluée à plus de 2 millions $ avec son épouse, Jessica Perez. L’an dernier, Mme Perez a acheté une résidence de près de 2 millions $ dans les Laurentides avec des fonds provenant de M. Baazov.

L’affaire Amaya en bref

12 juin 2014

Amaya annonce l’achat de Rational Group (PokerStars)

30 juin 2014

L’AMF lance l’enquête Audace sur Amaya

1er février 2016

David Baazov fait part de son projet de racheter Amaya

22 mars 2016

L’AMF dépose 23 accusations

23 avril 2018

Le procès débute en Cour du Québec

6 juin 2018

Le juge prononce l’arrêt des procédures