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Le problème avec la laïcité

Emmanuelle Latraverse - TVA Nouvelles

Le problème avec la laïcité c’est qu’elle divise.

Elle oppose deux visions de la société, deux  visions du projet d’intégration, deux visions de l’équilibre des droits.

Pour certains l’objection à toute interdiction du port des signes religieux est philosophique. Justin Trudeau qui s’indigne de voir l’État légitimer la discrimination sur la base de la religion, incarne bien ce courant.

Aucune loi, aucun argumentaire ne pourra faire changer d’idée cette tranche de l’électorat.

C’est au reste de la population que le gouvernement s’adresse. François Legault leur a offert une laïcité de compromis.

Couper la poire en deux

Après tout, si le gouvernement Legault se sent le besoin de régler la question du port des signes religieux une fois pour toutes, c’est bien parce que  75% des québécois ont voté pour un parti en faveur d’une telle intervention.

Mais laquelle ?

Si l’enjeu divise Québec solidaire, jusqu’ici ils ont toujours privilégié l’interdiction plus étroite qu’avait proposé la Commission Bouchard-Taylor : cibler les personnes en position d’autorité soit les juges, les policiers, les gardiens de prison.

Sans surprise, le Parti québécois est en faveur d’une laïcité qui ratisse plus large pour inclure les enseignants, les directions d’écoles, les écoles privées subventionnées, les garderies.

La CAQ a fait le pari de couper la poire en deux.

En incluant les enseignants et directions d’école, tous en excluant les éducatrices en garderies, en adoptant une clause grand-père pour protéger les employés déjà en poste, en promettant de retirer le crucifix du Salon Bleu, le gouvernement Legault a tenté de tracer une voie mitoyenne.

Plus sévère que QS, plus souple que le PQ, tout pour éviter de se faire accuser de dogmatisme. Tout surtout, pour essayer de rallier l’appui d’au moins un parti d’opposition, le PQ en l’occurrence.

Une laïcité nationaliste

Le gouvernement Legault a surtout évité de se lancer dans une croisade identitaire chargée à la défense des valeurs québécoise qui avait caractérisé la défunte Charte du PQ.

Si la Charte avait ouvert la voie à tant de dérapages c’est bien parce qu’en voulant « défendre les valeurs québécoises » et « affirmer l’égalité homme femme », elle a vite fait d’être perçue comme une opération contre les étrangers, musulmans de surcroît.

Le ministre Simon Jolin-Barrette a plutôt choisi d’offrir une laïcité « qui s’inscrit dans notre histoire. » Après le rapport Parent, la déconfessionnalisation des commissions scolaires, la fin des livres à l’index et les unions de fait, voici l’affirmation de la laïcité de l’État québécois.

C’est aussi et surtout une affirmation du nationalisme de ce gouvernement.

Car le ministre Jolin-Barrette s’est fait un devoir qu’il revient à l’Assemblée nationale, aux élus du Québec et non pas aux tribunaux de faire un choix aussi fondamental pour la société.

Ici, la nation québécoise revendique haut et fort le droit de définir ses règles fondamentales à contre-courant du reste du Canada.

Le prix à payer

Au-delà des débats houleux en vue, cette laïcité a un prix.

Elle autorise une forme de discrimination sur l’autel de la cohésion sociale. Le gouvernement confirme ainsi qu’il compte se soustraire aux obligations fondamentales reconnues par les chartes canadienne et québécoise,  d’assurer que tous les citoyens soient égaux devant la loi et à l’abri de discriminations.

C’est là un choix lourd de sens dont on ne peut minimiser la portée.

D’ailleurs pour consacrer la laïcité de l’État québécois, un texte aussi fondamental que la Charte des droits et libertés de la personne,  devra être amendé sans un appui unanime de l’Assemblée nationale.

Il est aussi là le problème avec la laïcité.

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