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Trains de banlieue Deux-Montagnes/Mascouche: Des centaines de manifestants à la Gare centrale

Camille Dauphinais-Pelletier | Agence QMI

GEN-DEUX-MONTAGNES-MANIF

PHOTO Camille Dauphinais-Pelletier / 24 Heures

Les clients des lignes de train de banlieue qui ont protesté lundi matin contre la perte de qualité de vie qui sera entraînée par l’arrêt de service sur leurs lignes ont dû se contenter d’un communiqué de presse évasif en guise de réponse.

Plus de 250 personnes se sont fait entendre dans la Gare centrale à coup de sifflet à l’arrivée des trains en provenance de Deux-Montagnes et de Mascouche. Dès janvier 2020, le service sera interrompu pendant quatre ans sur ces lignes qui desservent 18 000 personnes pour permettre les travaux de construction du Réseau express métropolitain.

«Qu’est-ce que vous allez faire, quand il n’y aura plus de train?» lançait Claudine Valiquette à la foule qui montait des quais. La résidente de Sainte-Marthe distribuait des dépliants d’information détaillant l’augmentation des temps de transport.

«Les mesures d’atténuation proposées sont vraiment ridicules. Je vais devoir voyager facilement trois heures par jour, alors que là ça me prend une heure et demie», a-t-elle déploré.

Plusieurs personnes avaient profité de la date du 1er avril pour fabriquer des signes en forme de poisson, qualifiant de «blagues» les autobus qui feront le lien entre les gares et les stations de métro.

Réponse évasive

L’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), responsable des mesures d’atténuation, s’est contentée de répondre par un communiqué évasif dans lequel elle ne mentionnait pas directement la manifestation, et assurait que «tous les partenaires de transport collectif poursuivent le travail de planification visant à préciser les mesures qui seront déployées pour pallier aux perturbations engendrées par les travaux du REM».

Selon l’ARTM, une dizaine de propositions d’usagers «dont l’aménagement et la prolongation de certaines voies réservées» se retrouvent déjà dans leur plan de travail, et d’autres sont à l’étude. La ministre déléguée aux Transports, Chantal Rouleau, a annoncé le 28 février les mesures d’atténuation, accompagnées d’investissements de 192 millions $ du ministère et du bureau du REM.

Moins de temps en famille

La diminution du temps en famille était au cœur des préoccupations des personnes réunies lundi. «Temps volé avec mes enfants: plus ou moins 6 h par semaine», pouvait-on lire sur une pancarte brandie par Karolyne Viau, une mère monoparentale dont le temps de transport devrait doubler.

Certains ont calculé le nombre d'heures additionnelles qu'ils passeront dans les transports en commun au fil des ans, comme Ilian Kirimidtchiev, qui estime qu’il s’agira de l'équivalent de 200 jours complets. «En plus, mon associé, qui habite près de la gare Canora, a décidé de prendre sa retraite hâtivement à cause de l’arrêt du train. C’est une perte énorme», ajoute celui qui est propriétaire d’une firme d’architecture.

Jean Comeau, un résident de Sainte-Dorothée qui travaille en informatique au centre-ville, pense aussi à devancer sa retraite. «J’ai 55 ans, je voulais travailler encore cinq ans, mais ce n’est pas viable. Ce n’est pas agréable du tout pour moi de penser à ma retraite. J’ai essayé de me relocaliser sur la Rive-Nord, mais il n’y a pas de place en ce moment», mentionne-t-il.

L'organisateur du rassemblement, Cédric Boileau, était heureux de voir autant de gens réunis pour la cause. «Ça démontre qu'on n'est pas juste une poignée de gens. Chaque personne ici représente une famille», a-t-il dit. «C'est inacceptable de jouer ainsi avec le futur des gens, qu'il s'agisse de leurs études, de leur travail. On ne peut pas quantifier le stress que subissent les familles.»

- avec Guillaume Pelletier

Ce qu'ils ont dit

«Si on est tous d’accord que le temps c’est de l’argent, on nous demande à tous d’investir. Mais nous ne sommes pas des actionnaires, nous sommes des usagers qui vont continuer de payer.» - Ilian Kirimidtchiev, ligne Deux-Montagnes

«En ajoutant 40 minutes à notre temps de transport chaque fois, ce sera impossible pour moi et ma femme d’avoir le temps d’aller chercher notre fille et de rentrer à la maison. On ne sait pas ce qu’on va devenir.» - Matar Lo, ligne Deux-Montagnes

«J’ai choisi d’habiter là parce qu’il y avait un train efficace et que je ne voulais pas utiliser d’automobile. On est carrément pris en otage, il n’y a pas de transport en parallèle. Rien de ce qu’ils ne proposent est compétitif avec la voiture.» - François Gauthier, ligne Deux-Montagnes

«L’annonce des mesures d’atténuation a été un électrochoc pour plusieurs, ils se sont sentis abandonnés par ceux qui devaient les protéger. On n’a pas le choix de montrer que derrière les chiffres, il y a des visages.» - Magali Barré, ligne Deux-Montagnes

«Le transport en commun n’est pas une priorité dans l’Est de Montréal, on venait juste d’avoir un train. On regarde actuellement pour s’acheter une deuxième voiture et trouver une façon de se stationner près du travail.» – Jean-François Gagnon, ligne Mascouche