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La malbouffe existe aussi parmi les aliment végétaliens

Jean Balthazard | Agence QMI

Burgers à la boulette végétale, paquets de fausse viande ou même fromages véganes: les aliments ultra-transformés s'imposent encore dans les allées des épiceries et les restaurants par l'entremise de la malbouffe végétalienne.

La liste d’ingrédients de ces aliments qu'il ne faut pas consommer en trop grand quantité doit être vérifiée, selon plusieurs experts consultés.

Manger végétalien ne signifie pas pour autant manger «santé». «Il ne faut pas penser qu’on prend un produit végétalien sans lire le tableau [de valeur nutritive] parce qu’on se dit "ah, c’est végane, donc c’est santé". Il faut aller plus loin, un petit peu», a expliqué à «Tabloïd» Isabelle Huot, nutritionniste et diététiste depuis près de 20 ans.

«Quand on troque une saucisse animale pour une saucisse végétale et qu’on ne regarde pas de quoi c’est fait, de quoi c’est composé, on fait quand même une erreur», a confirmé le professeur en nutrition François Mariotti qui enseigne à AgroParisTech, un institut réputé en France et spécialisé en sciences et industries du vivant et de l’environnement.

Titulaire d’un doctorat en nutrition de l’Université de Montréal, Isabelle Huot a écrit au cours des dernières années plusieurs livres à ce sujet. Elle est bien consciente que la mode est à l’étiquette «végane», mais elle met en garde les gens.

Il faut vérifier la quantité de sodium et la teneur en gras saturé, surtout pour les substituts de fromages à base d’huile de coco, conseille Mme Huot. Elle rappelle tout de même que, généralement, les listes d’ingrédients des produits végétaliens ou végétariens s’avèrent plus intéressantes que celles des aliments à base de viande.

Elle a récemment comparé différentes sortes de bacon cuit, dont une à base de protéines végétales. «Les tranches de Bacon Veggie de Yves Veggie Cuisine sont de loin un meilleur choix avec seulement 1 g de lipides et aucun gras saturés par tranche de 13 g. Une bonne option pour ceux qui veulent réduire leur consommation de protéines animales», a-t-elle écrit à ce propos.

Nutritionniste de formation, Catherine Lefebvre a publié ce mercredi la deuxième édition de son livre «Sucre, vérités et conséquences» dans lequel elle s’est beaucoup intéressé à l’ultra-transformation, entre autres pour les aliments véganes. «Je ne pense pas que c’est intéressant, en excluant la viande rouge de l’équation, de retirer par exemple une viande blanche, comme de la volaille, de notre alimentation et de se tourner vers des fausses viandes ultra-transformés du point de vue de la santé et de l'environnement», pense-t-elle.

Elle croit d’ailleurs que les aliments ultra-transformés véganes «ont un passe-droit dans les paniers d’épicerie» puisque les gens les considèrent d’instinct «plus santé».

Première étape vers un changement

La majorité des experts consultés pensent néanmoins que ces aliments ultra-transformés représentent souvent une porte d’entrée pour ceux qui désirent modifier leur alimentation. «Ils s’adressent à un végétarien qui est encore en processus de découverte, qui se dit qu’il s’ennuie de manger un burger, qu’il l’a encore pas loin dans la bouche», illustre la chef spécialisée en cuisine végétale Stéphanie Audet. Elle ajoute que ces aliments ultra-transformés sont souvent achetés par des gens qui désirent simplement réduire leur consommation de viande.

Le chef végane Jean-Philippe Cyr a connu un essor de popularité grâce à sa chaîne YouTube «La Cuisine de Jean-Philippe», où il tente de vulgariser le véganisme et propose des recettes. Jean-Philippe est lui aussi pour des substituts véganes. «Si ça peut faciliter la transition pour les gens qui arrivent dans un barbecue avec des saucisses véganes au lieu de saucisses ordinaires, tant mieux, mais ce n’est pas écrit "bon pour la santé" dessus nécessairement», a-t-il nuancé.

Elle rappelle, tout comme Jean-Philippe Cyr, que la clé pour une bonne alimentation demeure de cuisiner soi-même avec des produits peu modifiés. «Que tu sois végane ou pas, si tu te fies aux affaires que tu as achètes toutes faites à l’épicerie pour baser ton alimentation, tu es dans le trouble», a résumé Jean-Philippe.

«Le mieux, ce n’est pas juste de remplacer la viande; il faut changer un peu son alimentation, sa façon de voir son assiette. Il ne faut pas nécessairement se jeter sur ces produits-là», a ajouté dans la même veine la présidente de l’association végétarienne de Montréal, Florence Scanvic.

Jean-Philippe, Florence et Stéphanie tiennent à mentionner que les personnes végétaliennes ou végétariennes ont aussi envie de «junk food» de temps en temps et que la plupart de ces personnes n’en consomment pas de façon excessive. «La personne ne va pas se dire "oh, j’ai un "free pass" parce que c’est végane, je vais manger deux fois plus de malbouffe"», a relaté Jean-Philippe Cyr.

Tendance qui s’implante

La présence d’aliments ultra-transformés végétaliens et végétariens risque d’augmenter dans les prochaines années, selon les experts contactés. «Avant, c’était un marché de niche, et là, c’est vraiment en train de croître alors, forcément, les industriels s’y intéressent. Il y a de l’argent à faire avec ça. Et ce n’est pas les lentilles qui font rêver les gens, c’est plus la galette d’A&W [Beyond Meat] ou des choses un peu plus extravagantes», a confirmé Florence Scanvic.

Isabelle Huot ajoute que les appellations «sans OGM», «bio» et «végane» sont les plus en vogue en ce moment. «On le sent beaucoup en milieu urbain [...], surtout les milieux universitaires, parce que c’est vraiment un mouvement chez les milléniaux», a-t-elle indiqué.

Jean-Philippe Cyr pense que cette tendance des aliments ultra-transformés devrait s’échelonner sur quatre, cinq ans.

Les ventes d’aliments «sans viande» s’élevait à 125 millions $ au Canada en 2011 et elles devraient atteindre près de 180 millions $ en 2021, selon des données de la firme Euromonitor compilées par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec.