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Affaire SNC-Lavalin: des négociations ratées avec Wilson-Raybould

Émilie Bergeron

 - Agence QMI

Pendant les semaines précédant l’expulsion de Jody Wilson-Raybould du caucus libéral, Justin Trudeau et plusieurs élus libéraux ont négocié en vain avec l’ex-ministre au cœur de l’affaire SNC-Lavalin pour trouver un terrain d’entente.

L’ex-ministre exclue du caucus de Parti libéral du Canada mardi avait au moins cinq conditions pour mettre fin à la crise qui déchire les troupes libérales depuis près de deux mois, a confirmé une haute source gouvernementale, jeudi.

Mme Wilson-Raybould réclamait entre autres l’assurance que son successeur à la tête du ministère de la Justice, David Lametti, n’intervienne pas en faveur d’une entente hors cours avec la firme québécoise d’ingénierie SNC-Lavalin.

«On a travaillé très fort pour essayer de trouver une façon d’aller de l’avant ensemble, mais quand c’est devenu clair qu’il y avait non seulement une érosion de la confiance, mais un bris [...] on a eu un choix difficile à faire», a dit le premier ministre alors qu’il était de passage à Alma, au Lac-Saint-Jean.

M. Trudeau n’a pas voulu commenter les exigences de Mme Wilson-Raybould, mentionnant que les conversations qu’il a eues à ce sujet étaient privées.

De son côté, le ministre Lametti a dit ne pas être au courant que sa prédécesseure eut demandé qu’il maintienne la position qu'elle avait eue dans le dossier SNC-Lavalin.

«Ce que je peux vous dire, c’est que si quelqu’un décide de me lier les mains comme procureur général, je vais résister», a-t-il réagi en mêlée de presse.

Le ministre des Pêches Jonathan Wilkinson, qui a participé aux discussions avec l’ex-procureure générale, croit que l’exigence concernant M. Lametti est «troublante» si elle est vraie.

«Si le point dont elle se plaignait est le fait qu’elle a été encouragée à considérer une avenue particulière, alors demander au premier ministre d’ordonner au procureur général d’emprunter un chemin particulier reviendrait au même», a-t-il commenté.

M. Wilkinson a toutefois ajouté ne pas avoir eu connaissance lui-même de cette demande.

Selon les informations d’abord rapportées par le quotidien «Toronto Star» et le réseau CBC, confirmées par TVA Nouvelles, Mme Wilson-Raybould demandait aussi des excuses du premier ministre et le congédiement de trois personnes dans la garde rapprochée de M. Trudeau: son ex-secrétaire principal Gerald Butts, le greffier du Conseil privé Michael Wernick et son conseiller pour le Québec, Mathieu Bouchard.

Seul ce dernier demeure en poste, M. Butts ayant démissionné et M. Wernick ayant annoncé sa retraite prochaine.

«J’aurais aimé, durant tout ce temps, que le premier ministre accepte de prendre une part de responsabilité et s’excuse auprès des Canadiens pour ce qui est arrivé», s'est contentée de dire Mme Wilson-Raybould, jeudi, avant de s'engouffrer dans la Chambre des communes.

Les tractations pour parvenir à une trêve auraient commencé quelques jours avant que l'ex-procureure générale du Canada claque la porte du cabinet des ministres, le 12 février, et se seraient poursuivies jusqu'à lundi, veille de son expulsion du caucus.

Mme Wilson-Raybould allègue avoir subi des pressions soutenues et inappropriées pour qu’elle intervienne afin d’éviter un procès criminel au géant de l’ingénierie.

Avec la collaboration de Guillaume St-Pierre

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