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Succès surprise aux États-Unis d'un film antiavortement

Thomas Urbain | Agence Fance-Presse

Un film produit par un studio chrétien sur le revirement d'une ancienne cadre de la planification familiale devenue militante antiavortement connaît un succès surprise aux États-Unis, sur fond d'offensive politique des opposants à l'IVG.

Sorti le 29 mars, «Unplanned» a déjà réalisé 8,6 millions de dollars de recettes en Amérique du Nord, selon le site spécialisé Box Office Mojo, et se maintient en quatrième position du box-office.

Rapporté au nombre d'écrans, le long-métrage arrive immédiatement derrière le blockbuster «Us», devant «Captain Marvel» ou «Dumbo».

Fort de ce succès, le film doit être projeté à partir de vendredi sur 1515 écrans, contre seulement 1059 une semaine plus tôt, a indiqué à l'AFP l'équipe du film.

Produit par le studio Pure Flix, qui se définit lui-même comme chrétien, «Unplanned» n'a bénéficié que d'une promotion réduite, car la plupart des chaînes câblées sollicitées ont refusé de lui vendre de l'espace publicitaire.

De nombreux opposants à l'avortement ont vu dans ce refus une manoeuvre, soulignant également que ce film indépendant avait été interdit aux moins de 17 ans par l'association des studios américains (MPAA).

Ces critiques ont été renforcées par la brève suspension du compte Twitter du film, que le réseau social a attribuée à un problème technique.

«Le film que les partisans de l'avortement ne veulent pas que vous voyiez», a écrit l'éditorialiste Marc Thiessen dans le Washington Post, reprenant tous ces éléments.

«Unplanned» est inspiré du livre du même nom, écrit par Abby Johnson, ancienne directrice d'une clinique de Planned Parenthood, principale organisation américaine de planification familiale, à Bryan (Texas), qui raconte avoir vécu un «éveil spirituel» après avoir assisté à un avortement.

Après avoir démissionné en 2009, elle a accusé la planification familiale d'être guidée par des intérêts financiers et d'avoir produit des milliers de fausses factures, ce que l'organisation a toujours contesté.

Une enquête du magazine Texas Monthly a mis au jour une série d'incohérences dans le récit d'Abby Johnson au sujet de l'avortement qui aurait changé sa perception de l'IVG.

Interrogé par l'AFP, le coréalisateur Cary Solomon affirme avoir mené ses propres recherches sur le livre et avoir acquis la certitude que tout était vrai. Il accuse de «partialité» ceux mettant en doute le témoignage d'Abby Johnson.

«Nous n'avons pas fait de ce film un instrument de propagande», a assuré le metteur en scène. «Nous voulions raconter une histoire vraie et laisser les gens interpréter la vérité.»

«+Unplanned+ n'est pas un bon film, mais c'est de la propagande efficace», a écrit Owen Gleiberman, dans sa critique pour le magazine Variety.

«Il y a eu des films qui traitaient avec davantage de sympathie des médecins nazis menant des expériences horribles», a renchéri Frank Scheck pour The Hollywood Reporter.

La sortie d'«Unplanned» intervient en plein renouveau du mouvement antiavortement aux États-Unis, entretenu par le président Donald Trump.

Début février, il a demandé au Congrès une loi interdisant les avortements au dernier trimestre, lesquels ne sont aujourd'hui pratiqués qu'en cas de risque pour la santé de la mère ou lorsqu'il est établi que le foetus ne sera pas viable.

Il a aussi alimenté le vieux rêve du mouvement antiavortement de voir la Cour suprême revenir sur l'arrêt historique «Roe v. Wade» de 1973 qui a légalisé de fait l'IVG dans tous les États-Unis, en désignant deux juges conservateurs pour siéger à la haute cour.

«De plus en plus d'Américains comprennent le caractère sacré de la vie grâce à des histoires fortes comme celle-là», a tweeté le vice-président Mike Pence au sujet du film «Unplanned».

Le 30 mars, les députés de l'État de Géorgie (sud-est) ont adopté une loi interdisant l'IVG dès la détection du rythme cardiaque chez l'embryon, possible à partir de la sixième semaine de grossesse.

Dans la plupart des États américains, un avortement peut être pratiqué jusqu'à 24 semaines.

Outre la Géorgie, plusieurs autres États ont adopté ou examinent un texte similaire, mais aucun n'est entré en vigueur à ce stade notamment du fait de recours en justice.

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