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Elle donne naissance dans le coma

Valérie Bidégaré | Journal de Québec

Jessica Quinton et son fils William Collin, 14 mois, photographiés hier à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, se portent très bien. Tous les deux ont miraculeusement survécu après que Mme Quinton eut accouché pendant qu’elle se trouvait dans le coma.

Stevens Leblanc

Jessica Quinton et son fils William Collin, 14 mois, photographiés hier à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, se portent très bien. Tous les deux ont miraculeusement survécu après que Mme Quinton eut accouché pendant qu’elle se trouvait dans le coma.

Une mère de Gaspé a donné naissance à son bébé même si elle était plongée dans un coma artificiel, grâce à une «machine coeur-poumons» qui l’a maintenue en vie.

En janvier 2018, Jessica Quinton, alors enceinte de 30 semaines, se sentait étourdie et très essoufflée. Elle a contracté l’influenza et son état s’est détérioré rapidement à un point tel qu’elle peinait à respirer. Elle a décidé d’aller prendre un bain pour se reposer; sa fille âgée de 7 ans l’y a par la suite retrouvée inconsciente.

«Elle est allée voir mon conjoint. Ils ont appelé le 9-1-1 et on m’a conduite à l’hôpital de Gaspé», relate Mme Quinton. «Elle a vécu un gros choc. Elle se fait suivre encore aujourd’hui. Elle se couchait et me demandait: “Maman, tu vas être là demain ? Tu ne mourras pas ?”»

La jeune femme est si mal en point qu’elle est transférée à l’Hôtel-Dieu de Lévis, puis plongée dans un coma artificiel, puisque sa vie et celle de son bébé sont en danger. «Elle était en train de mourir, confirme Mathieu Simon, chef des soins intensifs à l’IUCPQ. Il ne lui restait pas 24 heures à vivre», ajoute le docteur.

Premier accouchement à l'IUCPQ

Mme Quinton a été transférée à l’IUCPQ, en pleine tempête de neige, dans un véhicule d’urgence qui «contenait une équipe complète de salle d’opération».

Elle était branchée à un appareil d’oxygénation extracorporelle par membrane de taille et de poids réduits (ECMO), soit une «machine cœurs-poumon» fixée à la toute première tablette adaptable aux civières nord-américaines élaborée par l’IUCPQ, une première. Sans cet appareil, Jessica Quinton serait décédée durant son transfert.

«On a fait le choix extrêmement difficile de privilégier la survie de la mère à la survie de l’enfant», dit le Dr Simon, qui ajoute que le placenta réagit souvent très mal à ce traitement.

Or, le désir de vivre du bébé était plus fort que tout puisque le personnel médical, qui se trouvait au chevet de la mère, a aperçu la tête du petit William Collin qui s’engageait à l’extérieur du corps de sa mère, toujours plongée dans le coma. L’équipe de l’IUCPQ a dû procéder au premier accouchement de son histoire.

Il pesait 3 livres

« Quand on est aussi malade, le corps n’entre pas en travail. Il n’y a pas de contractions, précise le Dr Simon. Elle était profondément endormie et paralysée par nos médicaments pour que toute son oxygénation soit dédiée au support des organes vitaux, et le corps sacrifie des organes, comme le placenta, pour garder le cœur, le cerveau et les poumons en vie. Le bébé est passé au travers du réflexe naturel de rejet. »

Né prématurément, et pesant 3 livres, le nourrisson, aujourd’hui âgé de 14 mois, a été transféré au Centre mère-enfant du CHU de Québec. C’est quatre jours après sa naissance que Mme Quinton s’est réveillée brutalement.

«Je n’avais plus de bébé, pas un bras qui bougeait. Je me demandais s’il était correct. J’étais sous le choc», dit celle qui a pu le tenir dans ses bras cinq jours plus tard. «Je n’aurai jamais de mots assez gros pour les remercier.»

«L’appareil de la dernière chance»

La femme de Gaspé a été la première patiente à bénéficier de la tablette créée par l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ), qui permet le transport « sécuritaire » de la machine cœurs-poumons par ambulance.

«On a eu deux transports sans tablette et ce n’était pas vraiment sécuritaire, voire dangereux, et on s’est demandé ce qu’on pouvait faire», explique le chef perfusionniste à l’IUCPQ, Christian Pigeon.

M. Pigeon est l’un des instigateurs du projet qui a été développé en collaboration avec l’entreprise Technimount de Québec, grâce à la Fondation de l’IUCPQ et les Fonds Ferrari, notamment.

Auparavant, l’appareil d’oxygénation extracorporelle par membrane de taille et de poids réduits (ECMO, ou machine cœur-poumon était déposé entre les jambes du patient lors du transport sur civière et fixé avec des oreillers et du velcro, ce qui représentait un danger potentiel.

Première nord-américaine

« On a rencontré l’équipe de l’entreprise et on leur a expliqué la problématique ; on a travaillé ensemble pendant environ six mois à élaborer la première tablette adaptable aux civières nord-américaines », indique M. Pigeon, qui ajoute que chaque tablette vaut environ 12 000 $.

La machine ECMO peut maintenant être déposée sur la tablette, qui sert en quelque sorte de socle, lorsqu’un patient qui y est branché, comme Jessica Quinton, doit être transporté en ambulance. « L’ECMO, ce sont deux tuyaux qu’on branche dans le patient. L’un amène le sang vers la machine et l’autre ramène le sang vers le patient », explique l’expert.

«Entre ça, il y a une pompe qui remplace le cœur et qui tourne à 3000 tours minute. Elle aspire le sang, le pousse dans l’oxygénateur, qui remplace les poumons du patient, l’oxygène et le retourne dans le patient afin que les organes soient nourris en oxygène. C’est une roue qui tourne.»

Près de 40 patients tous les ans

Près d’une quarantaine de patients comme Jessica Quinton y sont branchés, chaque année, alors que leur taux de survie est d’environ 80 %.

L’appareil est notamment utilisé lors d’une chirurgie ou lors d’un arrêt cardiorespiratoire, dans le cadre d’un marathon, par exemple. «C’est l’appareil de la dernière chance», dit le chef des soins intensifs à l’IUCPQ, Mathieu Simon.

L’appareil qui lui a sauvé la vie

- Appareil d’oxygénation extracorporelle par membrane de taille et de poids réduits (ECMO).

- L’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec en possède trois.

- Acquis il y a cinq ans.

- Chaque appareil coûte plus de 100 000 $.

- Entre 30 et 40 patients en bénéficient chaque année.

- Le taux de survie des patients est de 80 % environ.