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Une mine de diamants pourrait coûter 500 M$ aux Québécois

Jean-François Cloutier | Bureau d'enquête

Près d’un demi-milliard d’argent des Québécois est en péril dans une mine de diamants fortement déficitaire qui pourrait avoir épuisé toutes ses liquidités d’ici la fin de l’année.

Depuis plusieurs mois, les nuages noirs s’accumulent sur ce qui était présenté par l’ancien gouvernement libéral comme un projet phare du Plan Nord.

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La mine de diamants de la compagnie minière Stornoway, dans les monts Otish, au nord de Chibougamau, avait été vantée par le gouvernement de Jean Charest et faisait partie des onze projets initiaux liés au dévoilement du Plan Nord en 2011.

En 2014, le premier ministre du Québec Philippe Couillard s’était même rendu sur place pour parler d’«un signal très clair de la relance du Plan Nord»

 

Le projet a nécessité un milliard en investissements, dont près de la moitié provient des poches des Québécois. Il s’agit de prêts et d’achats d’actions faits par Investissement Québec, la Caisse de dépôt et le Fonds FTQ.

En plus, Québec a payé en grande partie les 252 M$ nécessaires pour prolonger la route 167 vers la mine.

Cinq ans plus tard, la valeur en Bourse de Stornoway n’est plus que de 97 millions $, soit dix fois moins. Le titre de l’entreprise s’est aussi effondré de 90% pendant cette période.

Stornoway a déclaré des pertes de 329 millions $ en 2018. «Si la direction est incapable d’obtenir un nouveau financement [l’entreprise] pourrait être incapable de poursuivre ses activités», lit-on dans ses états financiers de la fin mars.

Hier, la firme a même annoncé l’arrêt temporaire de la production à la mine Renard, assurant que cela permettra de réaliser des économies «au niveau des coûts d’opération».

Diamants moins gros

C’est à partir de l’ouverture de la mine en 2016 que les ennuis ont commencé, selon plusieurs experts consultés.

Les diamants extraits sont plus petits et moins beaux que prévu.

L’équipement s’est avéré inadéquat. La machinerie brisait de gros diamants qui auraient pu être vendus plus cher s’ils étaient restés intacts.

Le prix des diamants sur le marché mondial est inférieur à ce qui était projeté.

« Canard boiteux »

En 2015, une présentation de la firme parlait d’«un des meilleurs projets de diamant en développement au monde».

«C’était un projet correct tout au plus », nuance Georges Beaudoin, professeur titulaire en exploration minière à l’Université Laval.

Ugo Lapointe, de la Coalition Québec Meilleur Mine, dit de son côté que son organisme avait prédit cet échec dès 2013.

«Quand un projet a besoin à ce point de la béquille de l’État pour se financer, c’est un signe que ce n’est pas un bon projet», dit M. Lapointe.

«C’est vraiment cher payé pour un canard boiteux», ajoute l’activiste.

Joint à Londres, l’analyste Ed Sterck, de la Banque de Montréal, mentionne qu’il applique la mention « sous-performance » sur le titre de Stornoway. «Il y a des enjeux complexes pour eux à résoudre avant que je puisse changer ma recommandation», nous a-t-il dit.

La direction de Stornoway a décliné nos demandes d’entrevue.

Le ministre est inquiet

Le ministre du Développement économique Pierre Fitzgibbon admet être préoccupé par la «situation problématique» chez Stornoway et soutient que des changements importants vont être nécessaires pour redresser la barre.

«Il y a clairement des choses qui ne vont pas bien. Il y a des problèmes structurels et conjoncturels avec cette mine-là», a-t-il dit lors d’une entrevue téléphonique, hier matin.

Du travail à faire

Selon lui, Stornoway a des « problèmes opérationnels sérieux » à résoudre avant que Québec envisage de lui allonger d’autres fonds pour la maintenir à flot.

Elle fait la démonstration que la mine «peut faire de l’argent».

Elle devra également s’associer à des experts qui connaissent intimement l’industrie du diamant.

«Dans l’or, le Québec est reconnu. Dans le fer, le Québec est reconnu. Mais avec d’autres minerais comme le lithium, le graphite ou le diamant, c’est une autre histoire. Il y a un problème d’expertise», a-t-il dit.

Le 2 octobre 2018, l’entreprise avait déjà obtenu un financement d’urgence incluant 30 millions $ en nouveaux fonds publics.

Si Québec l’aide encore, ce sera pour protéger les centaines de millions qu’il a déjà investis dans le projet, selon le ministre.

Pierre Fitzgibbon souligne que son gouvernement a l’intention d’investir avec des «partenaires qui connaissent l’industrie» dans l’avenir, ce qui n’était pas le cas, selon lui, avec Stornoway.

Ils ont misé gros dans le projet

Caisse de dépôt : 125 M$

Fonds de solidarité FTQ : 49,7 M$

Investissement Québec (fonds propres et comme mandataire du gouvernement) : 300 M$

Sources: Communiqués et rapports annuels des organismes

 

 

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