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Matthew McConaughey, gentleman surfeur dans «Débauche à Miami»

Noemia Young | Agence QMI

Celui qui, à 29 ans, a été arrêté alors qu’il dansait nu chez lui en jouant du bongo à trois heures du matin ne peut nier qu’il a quelques atomes crochus avec son dernier personnage, l’ultra coloré Moondog de «Débauche à Miami». Matthew McConaughey s’est, depuis, bien assagi. Nul doute que la présence de sa femme, la mannequin-vedette brésilienne Camila, et de leurs trois enfants lui apporte l’équilibre et la paix.

Matthew, Moondog, votre personnage, est très coloré. Avez-vous déjà rencontré quelqu’un comme lui?

J’ai créé ce personnage à partir du Capitaine Steve, un homme que j’ai rencontré sur l’île de Niévès il y a une quinzaine d’années. Et il y a un peu du chanteur Tom Petty et de Harmony (Korine, le réalisateur du film, NDLR). J’ai travaillé sur un personnage ivre de joie: la vie est une musique pour lui. Tout ce qu’il projette lui est renvoyé et il aime tout ce qui lui arrive, même si c’est douloureux ou affreux. Il se dit: «Ça fait partie de la chanson. Chaque chose qui arrive est le prochain "beat" dans la chanson de la vie. Je vis!»

Il semble totalement décalé...

Moondog n’est pas un sentimental. Il mord dans la vie à pleines dents, il est brillant et sauvage. C’est un film et un personnage qui vont vraiment vous faire vous demander: «Suis-je vraiment libre?» Parce que lui l’est!

Vous êtes vous-même un esprit libre et avez beaucoup voyagé dans des pays lointains. Est-ce que ça vous manque, maintenant que vous avez une famille?

Un peu, parce que c’était un moment de ma vie où je pouvais rentrer à la maison, prendre mon sac à dos et partir le lendemain pour 21 jours. Je ne peux plus faire ça, maintenant. J’ai des responsabilités, il y a des
gens qui comptent sur moi. Je ne peux plus prendre un aller simple pour un endroit sans téléphone ni services comme j’en avais l’habitude. Les enfants grandissent vite, donc ils seront très bientôt assez vieux pour qu’on les emmène. Désormais, je pars avec toute ma tribu. Le voyage en solitaire me manque parfois. J’essaie de me dire: «OK, ils viennent avec nous, ils font partie de l’aventure. Comment vivre des expériences extraordinaires avec toute ma famille?» C’est difficile, mais je le prends!

Vous ne voyagez plus seul?

Plus aussi longtemps qu’avant. Je pars seul pour environ une semaine — et ma femme est très douée pour me dire de partir. Lorsque je suis prêt à revenir, elle me dit: «Ne rentre pas tout de suite, reste là autant que tu en as besoin.» Quand je pars, c’est pour écrire, lire ou profiter d’un peu de calme en tête-à-tête avec moi-même. Mais plus pour 21 jours.

Quand a été la dernière fois où quelqu’un vous a touché directement
au cœur?

J’ai la chance de recevoir de petites attentions de ma famille probablement toutes les heures, mais je le remarque au moins une fois par jour. Avant que je vienne ici aujourd’hui, ma fille m’a dit au revoir, puis elle a couru jusqu’à la voiture pour me dire: «Papa, si tu vois quelque chose qui te fait penser à moi, prends-le.» J’ai juste fait: «Aaaah, OK!» (rires)


Vos enfants vous accompagnent-ils sur les plateaux de tournage?

Mes enfants ont 10, 8 et 5 ans. Ils ne sont pas en mesure de comprendre
la plupart des scènes tournées, sauf exception. Je ne veux pas devoir expliquer les choses quand je rentre à la maison. J’explique seulement ce qui est nécessaire.


Quand vous avez tourné «Chantez» (sorti en 2016), était-ce pour que vos enfants puissent en profiter?

J’ai cherché pendant des années à faire des voix et de l’animation, mais je ne trouvais rien. Je me suis mis à chercher plus activement, et ce script est arrivé. En prime, j’allais enfin faire quelque chose que mes enfants pourraient voir! Ils comprennent ce que je fais, et je leur montre certaines scènes, mais ils ne peuvent pas voir le déroulement complet de nombreux films que j’ai tournés.


Mais vous créez des souvenirs avec eux...

Bien sûr. Nous vivons beaucoup d’expériences dont, je pense, ils se souviendront. Nous vivons une belle vie. On les emmène en Thaïlande ou ailleurs. Ils remplissent leurs passeports, vivent des expériences, échangent avec des gens de différentes couleurs, de différentes langues. Chaque tournage sur lequel nous nous rendons leur permet de vivre une aventure. Et ils m’accompagnent sur tous les tournages. Ils ont ainsi une multitude d’histoires à raconter et engrangent une foule d’expériences.

Je me souviens que, lorsque vous vous êtes mariés, vous avez pris cela très
au sérieux, disant qu’il s’agissait d’une alliance. Avec les années, qu’avez-vous appris du mariage?

Que nous respectons toujours cette alliance dont je parlais. Nous avons trois enfants et c’est du travail, mais ça n’a pas à être difficile. Le travail n’est qu’une partie. On a une carrière et des enfants qui ont absolument besoin de nous. Quelquefois, il est facile de
se dire: «Ma femme n’a pas vraiment besoin de moi, là, mais les enfants, oui.» Il faut travailler à se préserver du temps sans les enfants. C’est très important: nous devons être sûrs que nous donnons du temps à l’autre. On grandit et on s’enracine ensemble. On choisit de s’enraciner avec ce qu’est réellement l’autre et de nourrir le feu pour qu’il reste allumé. C’est ce qui fait qu’une relation de couple est également une amitié, parce que, très souvent, il est plus facile de communiquer avec une amie. Je pense que je n’aurais jamais pu me marier avec une personne qui n’aurait pas été avant tout une grande amie.

Quelles qualités admirez-vous chez Camila?

J’adore la façon dont elle s’occupe d’elle-même. Ça montre comment elle me traite et traite les gens autour d’elle. J’adore la façon dont elle prend soin
de notre famille. Nous pouvons avoir un million de choses à faire, mais, s’il arrive quelque chose à notre famille, ça devient immédiatement sa priorité. C’est instinctif. C’est quelque chose qu’on a ou pas. Et elle, elle l’a.


Votre femme vous aide-t-elle? Écoutez- vous ses conseils?

Oui, Camila est une excellente caisse de résonance pour moi. Y compris en affaires. Quand je dois parler d’un personnage ou d’un scénario à résumer,
je les travaille avec elle. Si je le raconte bien, elle va être intriguée, me poser plus de questions qui vont me faire travailler mes réponses. Si elle n’est pas intéressée, je sais que je dois mieux travailler l’histoire ou en savoir plus sur le personnage pour mieux les présenter — ou bien je réalise que ce n’est pas pour moi, parce que ça ne passe pas. L’avantage, aussi, d’avoir des enfants, c’est que je peux tester mon travail et mes présentations auprès d’eux. Pour raconter quelque chose à de jeunes enfants, il faut changer un peu son vocabulaire et le raconter tel un conte, de façon presque mythologique, afin de voir s’ils s’intéressent à ce que je dis. Je trouve que c’est un excellent exercice. Ma femme écoute et me donne de très bons retours, parce qu’elle me connaît très bien et qu’elle me pose des questions difficiles.

Quelle est la chose la plus importante de votre vie?

Je dirais que c’est la famille. Peu importe ce que je fais, c’est pour moi une loi naturelle, et ça l’a toujours été. Steven Spielberg l’a très bien dit: «Nous allons faire des films, mais ce sont nos enfants qui représentent l’épopée de notre vie.» On passe 18 ans à les éduquer quotidiennement, puis on leur dit: «Va, maintenant, tu peux te débrouiller par toi-même.» Mon fils vient juste d’avoir 10 ans, et je réalise qu’il est probablement déjà rendu à la moitié du temps où il vivra à la maison familiale. Il grandit si vite!

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