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Nouvelle pénurie de médecins de famille

Héloïse Archambault | Journal de Montréal

Le Québec compte environ 450 médecins de famille de moins que prévu depuis trois ans, en raison du mauvais climat entourant la loi 20, selon le Dr Louis Godin, président­­­ de la FMOQ.

Chantal Poirier

Le Québec compte environ 450 médecins de famille de moins que prévu depuis trois ans, en raison du mauvais climat entourant la loi 20, selon le Dr Louis Godin, président­­­ de la FMOQ.

Le Québec est en train de revivre une pénurie de médecins de famille, dénonce leur syndicat, qui incrimine directement la récente réforme du réseau de la santé.

« La pénurie a été créée directement par la façon dont on a attaqué les médecins de famille et dont on les a considérés », déplore le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Louis Godin.

Selon la FMOQ, il manque actuellement entre 800 et 1000 médecins de famille pour combler les besoins dans la province. Résultat : les découvertures médicales dans les hôpitaux en région, mais aussi près de Montréal, réapparaissent.

« On est en train de revivre ce qu’on vivait en 2007-2008 dans les périodes les plus sombres en termes de recrutement. [...] La pression est de plus en plus grande sur les établissements », précise le Dr Godin.

Depuis 2015, les données de la FMOQ montrent une baisse de l’ajout net de médecins, soit depuis la loi 20 qui les oblige à prendre en charge un nombre minimal de patients, sous peine de sanctions pécuniaires.

La faute à Gaétan barrette

En 2016-2017, l’ajout n’a été que de 85 médecins, le pire résultat depuis 2009.

« Ce qu’on avait prévu en 2014 est arrivé. On avait dit que le gouvernement allait frapper le mur », ajoute le Dr Simon-Pierre Landry, co-porte-parole du Regroupement des omnipraticiens pour une médecine engagée (ROME).

« Il y a une pénurie de médecins qui a été aggravée par le passage de Gaétan Barrette », dit-il en référence à l’ancien ministre de la Santé.

Si le nombre d’omnipraticiens était déjà dans un équilibre fragile depuis plusieurs années, la FMOQ estime avoir perdu 450 médecins depuis trois ans.

Trois raisons sont en cause : les départs hâtifs à la retraite, le virage au privé, et une baisse des inscriptions en médecine familiale.

« Les chiffres nous choquent un peu, beaucoup, souligne le Dr Godin. [...] Si j’avais eu ces 450 médecins, on réglerait les problèmes les plus urgents. »

Selon le syndicat, cette situation explique pourquoi la cible de 85 % de prise en charge des Québécois n’est pas atteinte (actuellement à 81 %).

« Sérieux problèmes »

Par ailleurs, 325 médecins de famille sont désaffiliés du régime public. Un chiffre qui ne cesse de croître. Selon le Dr Landry, la situation est inquiétante dans la grande région métropolitaine.

« On aura de sérieux problèmes au point de vue de l’accessibilité. Il y a une croissance démographique hallucinante, et clairement, les effectifs n’ont pas suivi. »

Point positif, 481 des 504 postes en résidence en médecine familiale (95 %) ont été pourvus cette année. Selon le Dr Godin, la solution passe par un climat favorable et le comblement des postes (et même l’ajout de postes).

« C’est excessivement préoccupant pour nous, dit le Dr Godin. On va continuer à faire des efforts, mais ça montre tout le défi devant nous. »

« Ça va prendre quatre, cinq, six ans pour regagner tout ce qu’on a perdu. »

D’autres pénuries à prévoir chez les spécialistes

Des pénuries de médecins dans deux spécialités pourraient aussi survenir dans les prochaines années, alerte un syndicat qui demande une hausse des admissions en médecine.

« Les besoins sont là. [...] Il ne faut pas attendre que ce soit la crise », croit le Dr Christopher Lemieux, président de la Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ).

Ajout de postes ?

Selon ce syndicat, les spécialités en obstétrique-gynécologie et en anesthésie risquent de connaître une pénurie dans les prochaines années, si rien n’est fait.

« En anesthésie, les gens ont du mal à couvrir les centres en régions plus éloignées. Les gens de Québec vont en Gaspésie pour couvrir les besoins », cite en exemple le Dr Lemieux.

Depuis deux ans, la FMRQ dit demander au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) d’ajouter quelques postes de résidence (moins de 10) dans ces domaines pour prévenir une pénurie.

Majorité d’omnipraticiens

« On se bute à un ministère qui ne veut pas les augmenter », dit le Dr Lemieux, qui souhaite plus de flexibilité selon les besoins.

En fait, le MSSS a instauré un ratio de 55 % de postes de médecine familiale, et 45 % dans les autres spécialités. L’an dernier, la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) dit avoir laissé 64 postes « sur la table », lors des négociations avec le MSSS.

« On a demandé très fort, dit la présidente, la Dre Diane Francœur. On est absolument en mode coupures. »

Elle tient toutefois à nuancer la situation. « Il n’y a pas de pénurie grave qui nous pend au bout du nez. Oui, il y a des bris de service de temps en temps. »

Selon la FMRQ, le gouvernement devra réagir rapidement, puisqu’il faut compter cinq ans pour former ces spécialistes.

Ajout net de médecins de famille par année

2017-2018 : 149

2016-2017 : 85

2015-2016 : 135

2014-2015 : 181

2013-2014 : 199

2012-2013 : 173

2011-2012 : 164

2010-2011 : 148

2009-2010 : 123

Source : FMOQ