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Tout perdre à cause de la maladie d’Alzheimer

Emmanuelle Gril | Journal de Montréal

Impots

David GALLARD - stock.adobe.com

Robert, 66 ans, est menuisier, mais il a dû cesser de travailler depuis plusieurs années à cause d’une maladie pulmonaire. Sa conjointe, Sylvie, 58 ans, est en arrêt de travail en raison de problèmes cardiaques. Difficile, dans ces conditions, de joindre les deux bouts, mais le pire était encore à venir...

Avec un revenu familial de 2800 $ provenant des rentes de retraite, d’une assurance salaire et d’une pension d’invalidité, le couple doit se serrer la ceinture. Leurs revenus très modestes les ont aussi obligés de s’endetter au cours des dernières années pour faire face aux imprévus. Elles ont été contractées conjointement, sauf pour l’hypothèque de la maison familiale dont Robert est le seul propriétaire. Il a toujours refusé de vendre celle-ci, même s’il n’avait pas la capacité financière de la rénover. Avec le temps, la propriété s’est d’ailleurs considérablement détériorée et a perdu beaucoup de sa valeur.

Le diagnostic tombe

Plusieurs symptômes inquiétants ont conduit Robert à consulter son médecin. Le diagnostic tombe : il est atteint de la maladie d’Alzheimer. Son état de santé se dégrade rapidement et Sylvie doit le placer dans un CHSLD puisqu’elle n’est plus en mesure de s’en occuper seule. Elle est également nommée curatrice, car il n’est pas en état de voir à la gestion de ses biens.

« Les frais d’hébergement au CHSLD ajoutent un poids supplémentaire sur le budget, car il faut débourser 1350 $ chaque mois, en plus des autres dépenses de base. Au total, c’est tout le revenu familial de 2800 $ qui est englouti, ne laissant aucune place au remboursement des dettes », explique Nathalie Turcotte, conseillère principale en redressement financier chez Raymond Chabot. En effet, Sylvie a dû utiliser sa marge de crédit pour effectuer certains paiements. Celle-ci se monte désormais à 12 000 $, auxquels il faut ajouter 15 000 $ de cartes de crédit et 7000 $ de prêt personnel.

« Il y a aussi 45 000 $ d’hypothèque à payer sur leur propriété, à raison de 550 $ par mois », précise la conseillère.

Seule solution possible

Puisqu’elle est curatrice des biens de son mari, Sylvie a décidé de vendre la résidence familiale afin de rembourser une partie des dettes. Mais c’est peine perdue : la maison est dans un tel état de délabrement que nul n’a voulu l’acheter. Elle n’est pas non plus en position financière d’emprunter auprès de sa banque pour effectuer les rénovations urgentes qui s’imposent. À bout de ressources, elle se résout donc à consulter une firme de syndic autorisé en insolvabilité.

« Dans leur cas, la faillite est la seule solution possible. En tant que curatrice, Sylvie peut signer le dossier de faillite pour Robert », mentionne Nathalie Turcotte. Parallèlement, Sylvie a également dû faire faillite elle-même pour se débarrasser de ses dettes personnelles et de celles pour lesquelles elle était cosignataire avec son mari.

Quant à la maison, elle a dû être remise au créancier hypothécaire. « Puisqu’il n’y a pratiquement pas d’équité, sa vente n’aurait pas permis de rembourser les autres créanciers », explique Nathalie Turcotte. Avec la faillite, Robert et Sylvie ne possèdent plus aucun actif, mais ils sont désormais libérés de leurs dettes.

Situation financière

ACTIF

Résidence familiale  50 000 $ (évaluation municipale)  90 000 $

DETTES

Hypothèque  45 000 $

Cartes de crédit  15 000 $

Prêt personnel  7000 $

Marge de crédit  12 000 $

Total : 79 000 $

REVENUS MENSUELS

Pension de retraite de Robert  1600 $

Pension invalidité de Sylvie  550 $

Assurance salaire de Sylvie  650 $

Total : 2800 $

DÉPENSES MENSUELLES

2800 $ (incluant hypothèque, taxe municipale, frais d’hébergement en CHSLD, transport, épicerie, électricité, assurance, etc.)

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