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Visite dans une municipalité devenue célèbre bien malgré elle

Mathieu Payen - Le Journal de Montréal

Chantal Poirier - JDEM

Les propos controversés du maire d’Hampstead contre le projet de loi sur la laïcité ont troublé la tranquillité de la petite ville de banlieue, qui se serait bien passée de cette publicité.

À deux pas du bruit et de l’agitation de l’autoroute Décarie, collée à l’arrondissement bouillonnant et multiethnique de Côte-des-Neige–Notre-Dame-de-Grâce, Hampstead est un havre de paix sur l’île de Montréal.

Aucun restaurant, aucun hôtel, aucun immeuble d’habitation, aucun commerce et pas l’ombre d’un cône orange. Seulement de grosses maisons cossues en pierre, avec jardins et garages, qui bordent des rues étroites et quasi désertes où les voitures circulent au pas.

« Une fleur »

Ici, fumer dans la rue, y compris du tabac, peut vous valoir une amende de 250 $. Le bruit des souffleuses à feuilles, tondeuses à gazon, et autres outils semblables est également proscrit lors des fêtes religieuses.

« Nous avons une très belle ville, paisible et agréable à vivre. C’est une fleur sur l’île de Montréal », résume le conseiller municipal Leon Elfassy, rencontré devant l’hôtel de ville.

Mais comme toutes les fleurs, Hampstead craint les vents violents, tels que ceux qui se sont levés la semaine dernière lorsque le maire William Steinberg a qualifié le projet de loi sur la laïcité de la CAQ de « nettoyage ethnique ».

« Je souhaite qu’il retire ses propos et s’excuse parce que ce qu’il a dit nuit à l’image et à la quiétude de la Ville », estime M. Elfassy.

« Dérapage »

Soucieux de préserver le calme de leur lieu de vie, plusieurs citoyens rencontrés par Le Journal se sont montrés réticents à donner leur opinion. Mais tous ceux qui ont accepté de nous parler se disent opposés au projet de loi sur la laïcité de la CAQ, tout en estimant que le maire a employé des mots trop forts.

« Il a parlé d’un nettoyage ethnique pacifique, mais je ne vois pas ce qu’il y a de pacifique dans un nettoyage ethnique. C’est clairement un dérapage », déplore Barbara, qui réside dans la municipalité depuis 50 ans.

Du côté de la communauté juive, très présente à Hampstead, les mots du maire ont également provoqué un malaise, mais la crainte des effets du projet de loi est également bien présente.

« Je n’aurais pas utilisé ces termes, mais je comprends que le maire ait voulu marquer une forte opposition à cette politique discriminatoire », indique le rabbin Boris Dolin de la synagogue libérale Congrégation Dorshei Emet, qui rassemble environ 400 familles d’Hampstead.

Ce dernier espère que la tempête passera vite pour que le débat se poursuive sur des bases respectueuses et que le calme revienne dans la petite ville de banlieue.

Population anglophone, bien nantie et juive

Les données de Statistique Canada indiquent que 70 % des habitants de Hampstead ont l’anglais comme langue maternelle et que le revenu moyen par habitant est de plus de 150 000 $. Le compte de taxes moyen pour 2019 dépassait les 12 000 $, soit le deuxième plus élevé de la région après Westmount. Par ailleurs, selon l’enquête auprès des ménages de 2011, 75 % de la population de Hampstead est de confession juive. C’est l’un des plus forts taux au Canada, précise le rabbin Boris Dolin, qui dirige l’une des trois synagogues de la ville.

Qui est le maire William Steinberg?

-Maire de la ville de Hampstead depuis 2006, où il réside depuis plus de 50 ans.

-Après avoir fait un baccalauréat en sciences à l’Université McGill et un doctorat en psychologie à l’Université Northwestern aux États-Unis, M. Steinberg est devenu professeur à l’Université Concordia.

-Unilingue anglophone

-Marié depuis 40 ans, il a deux enfants

-Il est le fils de Morris et Clara Steinberg, propriétaires de la défunte chaîne québécoise de supermarchés Steinberg.

-Il a déjà été à la tête d’une compagnie spécialisée dans le développement d’un logiciel de sondage qui permet de mesurer la satisfaction des clients et le moral des employés.

-Au cours de sa carrière, il a reçu la Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II, remise par la Fédération canadienne des municipalités.

Minuscule

Coincée entre l’arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce et Côte-Saint-Luc, à l’ouest de Montréal, Hampstead s’étend sur à peine 2 km de long et 1 km de large. Il n’a pas fallu plus d’une heure au Journal pour parcourir en voiture l’ensemble de la trentaine de rues souvent courbes de la Ville où vivent 7000 personnes.

La cité-jardin

Hampstead « a réussi à préserver la vision exclusive qui animait ses fondateurs », indique le site internet de la Ville. Ses règlements stricts en matière de construction et datant du début du 20e siècle sont à l’origine de cette particularité. Ainsi, seules les maisons détachées ou semi-détachées sont autorisées afin de correspondre à l’idéal de la « cité-jardin », élaboré en Angleterre à la fin du 19e siècle. Malgré ces restrictions, la Ville affirme fièrement qu’aucune des bâtisses sur son territoire n’est identique à une autre, et toutes possèdent une parcelle de jardin.

Hampstead en chiffres

- Population 7143

- Superficie totale 1,77 km2

- Date de fondation 1914

- Date de défusion 2006

- 2e ville sur l’île de Montréal où le compte de taxes est le plus élevé, après Westmount

- Compte de taxes moyen 12 413 $

- Revenu d’emploi moyen, en 2015 153 848 $

- Revenu total moyen des ménages, en 2015 250 497 $

- Valeur moyenne des logements 1 147 558 $

- 53 % des 15 ans et plus ont un diplôme universitaire

- 76 % ont leur diplôme d’études secondaires

- Taux de chômage 5,5 % (7,2 % au provincial)

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