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BIXI prêt à pédaler contre la compétition

Camille Dauphinais-Pelletier | Agence QMI

MARIO BEAUREGARD/AGENCEQMI

Comme pour souligner le retour des douces températures, les BIXI ont recommencé à circuler dans les rues de Montréal dimanche, 10 ans après leur lancement en 2009.

BIXI n’a pas tort d’espérer que sa croissance se poursuive pendant la saison à venir, malgré l’arrivée probable de vélos et de trottinettes électriques sans ancrage comme compétiteurs dès cet été, selon un expert.

«La multiplication des options semble fonctionner comme une vague qui augmente la popularité des services de vélopartage, autant pour les systèmes sans ancrage que ceux avec ancrage», a souligné Colin Murphy, directeur de la recherche au Centre de mobilité partagée de Chicago, qui se base notamment sur l’exemple de Washington.

La Ville de Montréal a annoncé il y a quelques semaines une règlementation pour encadrer la présence de vélos et trottinettes électriques en libre-service sans ancrage sur son territoire, laissant entendre que de telles options pourraient être offertes par des compagnies privées dès cet été.

Selon M. Murphy, Montréal a les caractéristiques nécessaires à un déploiement qui fonctionne. «Dans une ville où il y a déjà un bon service de vélopartage en place, une culture de cyclisme et les infrastructures pour le faire d’une bonne façon, ces systèmes semblent marcher plutôt bien. Plus de gens à vélo entraînent plus de gens à faire du vélo», a-t-il résumé, précisant que les vélos sans ancrage comblent souvent les manques des systèmes à ancrage.

«Pas trop inquiets»

Ces propos rejoignent ceux du directeur général de BIXI, Christian Vermette, qui parle de «complémentarité» entre les services plutôt que de «compétition».

«On n’est pas trop inquiets que ce genre de produit là ait un gros impact sur notre part de marché ou notre croissance, a-t-il dit. On a quand même une croissance de 10 % par année, et on persiste à croire qu’on a le meilleur produit, fiable, sécuritaire et sans surprise.»

Et si les Montréalais expriment une préférence pour les vélos électriques et les trottinettes, rien n’empêche BIXI d’en ajouter à son offre de service, a-t-il souligné. Le succès du projet pilote de BIXI Électrique mené l’an dernier laisse d’ailleurs croire qu’il ne s’agit que d’une question de temps avant que ceux-ci intègrent la flotte.

Pas toujours rose

L’histoire de BIXI n’a pas toujours été rose, la Ville de Montréal ayant englouti plusieurs millions de dollars dans ce service qui visait au départ à être autosuffisant, et qui est aujourd’hui subventionné.

André Lavallée, l’élu municipal responsable des transports au moment où BIXI est arrivé en sol montréalais, se réjouit quand même des retombées obtenues, rappelant que BIXI est aujourd’hui présent dans plusieurs métropoles à travers le monde, dont New York et Londres. «Ça démontre que Montréal a des créateurs, des ingénieurs, des gens de talent. On en a la preuve qui roule tous les jours dans beaucoup de grandes métropoles du monde.»

M. Lavallée croit maintenant que l’avenir de BIXI passe par des collaborations avec les sociétés de transport collectif ou encore les universités, pour rendre les vélos «aussi indispensables que les autobus».L’année à venir s’annonce chargée pour le service, qui s’attend à enregistrer six millions de déplacements et qui lance sa saison avec des ancrages dans cinq nouveaux arrondissements.

Des amis au lieu des camions?

Le rebalancement des stations est l’un des gros défis de gestion pour BIXI, dont les camions sillonnent les rues pour redistribuer les vélos entre les différents points d’ancrage.

Le programme «AMIS BIXI», qui sera lancé cette année, mettra à contribution ses clients qui le souhaitent. À l’ouverture de l’application, il sera possible de choisir des stations précises pour ses déplacements de façon à gagner des points.

MARIO BEAUREGARD/AGENCEQMI

Ceux-ci seront échangeables contre un abonnement de 24 heures à partager avec un ami, ou encore des semaines de prolongation pour son propre abonnement. Les zélés pourront aussi tenter de se classer au «top 10» des AMIS BIXI. «Ça se fait à New York et ça crée une espèce d’engouement. Il y a même des gens qui déplacent des vélos en dehors de leurs heures de travail pour faire des points», a expliqué Louis-Philippe Rioux, responsable du programme AMIS BIXI.

BIXI a enregistré 5,3 millions de déplacements l’an dernier et vient de signer une nouvelle entente de 10 ans avec la Ville. À terme, des vélos seront disponibles dans tous les arrondissements.

«Bixiste» depuis 10 ans

Prêts à rouler dans les côtes, en plein soleil ou sous la pluie, des inconditionnels de BIXI viennent de renouveler leur abonnement annuel pour une 11e fois.

C’est le cas du Montréalais Zvi Leve, qui avait bien hâte au 15 avril pour voir les bornes se remplir de vélos. «S’il y avait des BIXI à l’année, je serais partant!», a-t-il lancé en expliquant que sur un vélo aussi bas, on peut rapidement poser les pieds par terre en cas de dérapage. «Ça roule bien, c’est un peu comme un "tank", tu n’as pas de crainte quand tu passes dans un nid de poule.»

MARTIN ALARIE / JOURNAL DE MONTREAL /

Cet adepte du cyclisme possède pourtant quelques bécanes, mais elles ne remplacent pas les BIXI, qu’il utilise pour quelques centaines de déplacements par année. «C’est vraiment autre chose. Un vélo personnel, c’est un peu comme une voiture; si tu pars avec le matin, il faut que tu prévoies revenir avec. Un BIXI, ça donne plus de liberté. J’aime beaucoup marcher, donc, parfois, je me sers d’un BIXI juste pour raccourcir un trajet de marche», a-t-il expliqué.

Il y a aussi l’enjeu du vol, non négligeable pour celui qui s’est fait dérober six vélos au cours des dernières années; son fils de 16 ans, qui roule à BIXI depuis plusieurs années, a d’ailleurs décidé de passer uniquement au vélopartage pour cette raison.

M. Leve ne laissera pas ce service de côté au profit des vélos sans ancrage qui pourraient arriver à Montréal dès cet été puisqu'il aime trop le côté structuré des stations et la possibilité d’utiliser les vélos à volonté une fois l’abonnement annuel payé.

Le papa du BIXI

Avant de signer le design définitif du vélo qui allait devenir le BIXI, Michel Dallaire a fait ses recherches: il a lu assez de livres sur le sujet pour en faire «une indigestion» et s’est rendu à Paris et à Stockholm avec un coffre à outils pour démonter leurs vélos en libre-service.

«Ce n’était pas pour les copier, mais pour les comprendre!» précise-t-il en riant lorsqu’il raconte l’histoire aujourd’hui, plus d’une décennie plus tard.

Lorsqu’il a pris connaissance du projet de vélos en libre-service à Montréal en 2007, le défi l’a tout de suite attiré. «La première image qui m’est venue dans le cerveau, c’est le boomerang, avant même de signer le contrat. Je me suis dit "un boomerang, ça revient; dans mon design, je dois exprimer cette forme". C’est ce qui a inspiré la forme du cadre, et c’est pour qu’il ressorte bien que tout le reste est peint en noir», a-t-il expliqué.

MARIO BEAUREGARD/AGENCEQMI

Le designer s’est associé avec Cycles Devinci, à Saguenay, pour la conception. «C’était drôle parce que leur plaisir, à eux, c’est de faire des vélos extrêmement élaborés, alors que moi j’arrivais et je leur disais "il va y avoir seulement deux choses de mobiles sur le vélo, le guidon et le pédalier. Et la seule chose qui sera ajustable, c’est le poteau de selle"», s'est-il souvenu.

Michel Dallaire, qui est aussi l’homme derrière la conception de la torche olympique des Jeux de Montréal en 1976, a insisté pour avoir l’autorité totale sur le design du BIXI: il a tout choisi, de la finition de la peinture au type de vis utilisées. «On faisait un projet pour exporter sur toute la planète. J’étais observé par tout le monde et je devais arriver avec un vélo robuste. Onze ans plus tard, il y a beaucoup de ces vélos qui roulent encore», a-t-il dit.

Même s’il ne touche pas de royautés pour l’exportation du concept, le designer est content d’avoir vu son vélo être adopté par plusieurs villes à travers le monde, comme New York, Londres ou encore Toronto. «Je suis né à Paris, et j’étais assez content de voir que je concurrençais le projet de ma ville natale, le Vélib’», s'est-il amusé, sourire aux lèvres.

Ligne du temps

2008

BIXI est testé en projet pilote à Montréal.

2009

Lancement de la première saison officielle. La Société de vélo en libre-service (SVLS), un organisme à but non lucratif, gère l’exploitation de BIXI ainsi que la vente du système et des équipements à l’international.

2011

La Ville de Montréal prête 37 millions $ et permet l’accès à une marge de crédit de 11 millions $ à la SVLS, qui connaît des difficultés financières.

Janvier 2014

La SVLS n’a pas réussi à se redresser et est placée sous la protection de la Loi sur la faillite. La Ville vend le volet international à un entrepreneur privé pour 4 millions $ et récupère la gestion du service.

Printemps 2014

La gestion du système est confiée à l’organisme BIXI Montréal, auquel la Ville verse notamment un budget de gestion de 4 millions $.

Saisons 2015-2018

BIXI Montréal continue d’assurer l’exploitation des vélos en libre-service, grâce à une subvention de la Ville d’environ 3 millions $ par année.

Janvier 2019

La Ville annonce la signature d’une nouvelle entente de 10 ans avec BIXI Montréal, qui recevra autour de 4 millions $ par année, qui devra étendre son service à tous les arrondissements et qui pourra signer des ententes avec les autres municipalités desservies.

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