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Des centaines de personnes ne payent pas pour prendre le métro chaque jour

Daphnée Hacker B. | Agence QMI

Ils sautent les tourniquets, ils les contournent, ils les enjambent... Chaque jour, des centaines de personnes fraudent avec une facilité déconcertante le réseau de métro de Montréal.

Plusieurs employés de la Société de transport de Montréal (STM) m’ont confié se sentir impuissants face aux fraudeurs qui sont partout dans le réseau.

«Ils nous passent dans la face, ils savent qu’on ne peut rien faire», me raconte un chauffeur d’autobus sous le couvert de l’anonymat.

«C’est tout le monde, je vous le dis... autant des jeunes, des personnes âgées que des hommes en veston-cravate», relate une agente de station de métro.

Afin de mesurer l’ampleur du phénomène, j’ai passé 15 heures dans le métro avec une caméra cachée. Je suis allée dans différentes stations, à divers moments de la journée, tant la semaine que la fin de semaine.

J’ai noté une moyenne de 15 fraudeurs à l’heure. Une donnée qui laisse croire que beaucoup d’argent file entre les doigts de la STM.

Même si la STM a refusé de dévoiler les chiffres qu’elle possède à l’interne, plusieurs sources m’ont indiqué que les pertes seraient d’au moins 20 à 25 millions $ par année. À Toronto, à titre d’exemple, une récente étude a prouvé que plus de 60 millions $ sont perdus chaque année à cause de la fraude, un chiffre qui avait été sous-estimé par les autorités.

«Que l’impact soit direct ou non, ceux qui payent ce manque à gagner sont clairement les usagers honnêtes, qui subissent des hausses de coûts chaque année», fait valoir le président de Trajectoire Québec, François Pépin.

 

Manque d’inspecteurs?

La tâche d’intercepter les fraudeurs revient en ce moment aux 160 inspecteurs de la STM, qui ont suivi une formation de 15 semaines à l’École nationale de police du Québec.

Gare à ceux qui prennent le risque de sauter les tourniquets, l’amende est très salée: 223 $.

«Quand les gens déjouent le système, c’est parce qu’ils estiment avoir peu de chance de se faire pincer. Il faut rendre la menace plus visible», fait valoir Jean-Philippe Meloche, professeur à l’École d’urbanisme de l’Université de Montréal.

Il met le doigt sur le nœud du problème. Le nombre d’inspecteurs pour les 68 stations de métro et les 221 lignes d’autobus n’a pas changé depuis 2009. Toutefois, le nombre d’usagers ne cesse d’augmenter. La hausse était de 5 % seulement l’an dernier. Plus de 1,4 million de personnes se déplacent chaque jour dans le réseau.

«C’est certain que ça pourrait aider d’être plus nombreux», fait valoir Pierre-Yves Bélanger, vice-président de la Fraternité des constables et inspecteur à la STM, ajoutant du même souffle que l’interception des fraudeurs représente 30 % de leur temps, le reste étant divisé entre la gestion des foules et le service à la clientèle.

Tarif social: solution à la fraude?

Pour contrer la fraude, des sociétés de transport comme celles de Berlin ou Bruxelles optent pour un système basé sur l’honneur, sans tourniquets, en concentrant leurs ressources sur un plus grand nombre de contrôleurs. Tandis que d’autres transporteurs investissent dans un système de portillons plus difficile à déjouer, comme c’est le cas à Paris et à New York.

Plusieurs experts font plutôt valoir que la solution réside dans un tarif de transport en commun basé sur le revenu. «Tous les jours, nous faisons face à des enjeux de pauvreté, des gens qui ont des besoins de déplacement, mais pour qui le prix est juste trop cher», relate Pierre-Yves Bélanger du Syndicat des inspecteurs.

La tarification sociale n’est peut-être pas l’unique solution à la fraude, mais c’est clairement une piste intéressante, qui est d’ailleurs étudiée par le gouvernement actuellement.

Métro de l’Église: 70 personnes ne payent pas en une heure!

À la sortie ouest de la station de métro de l’Église, un portillon en plastique était cassé lorsque j’y suis allée avec ma caméra cachée. En une heure, j’ai vu 70 personnes utiliser cette entrée illégale.

Évidemment, plusieurs d’entre eux devaient avoir leur titre valide en main, mais ça reste un nombre impressionnant. De L’Église fait partie des 14 stations de métro dont certaines sorties n’ont plus de guichetier.

Pourquoi est-ce ainsi? En 2014, la STM a procédé à l’abolition de près de 50 postes d’agents de station dans le métro, en justifiant un manque à gagner de 20 millions $ dans le budget annuel. Ces secteurs sont clairement invitants pour les fraudeurs.

«Si on a coupé des postes pour sauver de l’argent, mais qu’on perd plus de revenus à cause de la fraude... Ça veut dire qu’il faut remettre les employés», affirme François Pépin, président de Trajectoire Québec et retraité de la STM depuis 2013.

Opus a-t-elle vraiment diminué la fraude?

La STM affirme que l’arrivée de la carte Opus a permis de faire chuter de moitié la fraude dans le réseau de métro et d’autobus. Mais est-ce vraiment le cas?

Grâce à ce nouveau système de validation du titre de transport, les inspecteurs peuvent dorénavant contrôler les usagers une fois passés les tourniquets. «Le système Opus nous permet de pincer plus de gens, mais je ne pense pas que le ratio de personnes qui fraudent a changé pour autant», fait valoir Pierre-Yves Bélanger.

Malgré mes demandes répétées à la STM (et celles du conseiller municipal Marvin Rotrand), on a refusé de me partager les données internes sur la fraude, en justifiant que ce sont des chiffres «non scientifiquement valables» qui se basent sur le nombre de personnes pincées lors des opérations de contrôle.

Amende salée

223 $ si on n’acquitte pas son droit de passage

Moyenne de constats émis par les inspecteurs de la STM*

9500 par année 26 par jour

Pour un total de 1,4 million $

*Ces chiffres ne concernent que les constats émis pour ne pas détenir de titre de transport valide et la moyenne se base sur les deux dernières années.

Source: STM

Pertes engendrées par la fraude

Au moins 25 millions $ *Estimation basée sur des documents et des statistiques provenant de sources confidentielles.

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