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Celui qui a envoyé Guy Turcotte derrière les barreaux change de camp

Kathryne Lamontagne | Journal de Québec

Après 33 ans consacrés à envoyer des criminels et des meurtriers derrière les barreaux, dont le plus célèbre est Guy Turcotte, Me René Verret quitte la Couronne et passe à la défense.

Véritable légende dans les corridors du palais de justice de Québec, Me Verret a fait des procès devant jury sa spécialité. Au fil de ses trois décennies au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), il a piloté plus d’une douzaine de procès pour meurtre, qui se sont tous soldés par un verdict de culpabilité.

« Des acquittements, je n’en ai pas eu », lance-t-il sobrement. Des acquittements, l’homme de 59 ans travaillera désormais à en obtenir, lui qui vient de trouver refuge chez Boucher, Cabinet d’avocats. La firme privée, dirigée par Me Jean-François Boucher, un ex-enquêteur de la Sûreté du Québec, défend essentiellement des policiers accusés ou cités en déontologie.« Pour moi, c’est une belle aventure qui commence. Je pense que j’avais fait le tour du jardin [à la Couronne]. J’avais envie de faire autre chose, d’avoir de nouveaux défis », avance Me Verret, qui parle d’une « décision mûrie de longue date ».

En continuité

Pour l’avocat, cette nouvelle carrière au privé s’inscrit en « continuité » avec la précédente. « J’ai travaillé toute ma vie avec des policiers », explique l’ex-procureur du DPCP. À l’exception qu’ici, les policiers se retrouvent au banc des accusés. « Oui. Mais c’est des gens qui, dans le cadre de leur travail, ont eu des difficultés ou certains problèmes. On est là pour les aider », résume-t-il.

Il n’y aura pas que les policiers dans sa clientèle. L’avocat pourra aussi être appelé à représenter des citoyens ayant commis diverses infractions au Code criminel. Mais il ne pourra pas tout défendre, statue-t-il. « Il y a certains dossiers que je ne prendrai pas. Je vais filtrer. Je ne veux pas renier ce que j’ai fait pendant 33 ans. Les valeurs que j’ai développées et véhiculées pendant ces années-là, à la Couronne, elles restent. Je ne change pas du jour au lendemain », plaide-t-il. Déjà, des dossiers ont atterri sur son bureau. « Des gens m’ont contacté », effleure-t-il. Il laisse échapper qu’il devra se présenter à la Cour d’appel, à Montréal, et qu’on risque de le revoir « dans un délai très court » au palais de justice de Québec. « C’est tout ce que je dirai. »

« Serein »

Me Verret a sévi à la Couronne, à Québec, de 1988 à 2018. À la fin de cette carrière, il avait pour mandat d’aider les jeunes procureurs à préparer leurs procès devant jury. Peu bavard, l’avocat concède du bout des lèvres que ces dernières responsabilités ont « pu contribuer » au fait qu’il ait eu envie de faire autre chose. Il assure toutefois être « parti serein » et être en « bons termes » avec son ancien employeur.

Qui est René Verret ?

-59 ans

-Au Barreau depuis 1984.

-Procureur de la Couronne à Valleyfield, de 1985 à 1988, puis à Québec de 1988 à 2018. Il a piloté plus d’une vingtaine de procès devant jury, dont une douzaine pour meurtre, lesquels se sont tous soldés par une condamnation.

-Enseignant en droit criminel à l’École du Barreau depuis 2002.

-Formateur pour les procès devant jury à l’école des poursuivants du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) pendant 15 ans.

-En décembre 2015, il pilote le second procès de Guy Turcotte, qui sera reconnu coupable.

-Porte-parole du DPCP de 2011 à 2017.

Le souvenir qu’il garde du procès de Guy Turcotte

Me René Verret et sa collègue, Me Maria Albanese, ont agi pour la Couronne dans le second procès de Guy Turcotte, condamné pour le meurtre de ses deux enfants. Il s’agit – « et de loin » – de l’affaire la plus médiatisée pour laquelle l’avocat a travaillé. Me Verret dit avoir des contacts à l’occasion avec Isabelle Gaston, la mère des deux petites victimes. « Je suis très heureux de voir que cette femme-là, aujourd’hui, est heureuse et va bien malgré les circonstances », avance l’avocat.

À un procès de la perfection

Ironie du sort, celui qui n’avait jusqu’ici perdu aucun des « 22 ou 23 » procès livrés devant jury a dû s’incliner lors de sa dernière présence à la cour. « Mon dernier, pour l’incendie d’une voiture, il y a eu un acquittement », lance-t-il. En effet, en juin 2018, l’homme accusé d’avoir aidé à incendier le véhicule de l’ancien président du Centre culturel islamique de Québec, Mohamed Labidi, était acquitté. « C’est le seul », insiste Me Verret, qui rappelle qu’un autre individu, Mathieu Bilodeau, a reconnu sa culpabilité dans cette affaire.

Deux accusés, quatre procès

Me Verret a travaillé plus d’une décennie sur les cas de Shawn Denver et de Pierre Lévesque, accusés en 2003 d’avoir assassiné un couple de Val-Bélair, en 1994.

« J’ai fait quatre procès dans cette affaire », se rappelle l’avocat. Le duo a été reconnu coupable lors d’un premier procès conjoint en 2004, et lors d’un second procès séparé, en 2008. La Cour suprême a ordonné un nouveau procès pour Lévesque, qui a été condamné une troisième fois en 2014. En 2016, la Cour d’appel refusait un quatrième procès pour ce dernier, mettant fin à cette saga.

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