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Voyages coûteux: le PDG du Salon du livre suspendu

Nicolas Lachance | Journal de Québec

JEAN-FRANCOIS DESGAGNES/AGENCE QMI

Le PDG du Salon international du livre de Québec (SILQ) est suspendu à la suite des révélations de notre Bureau d’enquête sur ses coûteux voyages au Bénin. Déçue et «extrêmement préoccupée», la ministre de la Culture réclame des explications.

Notre Bureau d’enquête révélait hier que le grand patron du SILQ, une organisation largement subventionnée par l’argent des contribuables, a multiplié de nébuleux voyages au Bénin depuis plus d’une décennie.

Philippe Sauvageau a visité le petit pays de l’Afrique de l’Ouest neuf fois dans les 12 dernières années. Il a également admis qu’il payait la traite à ses invités là-bas, citant en exemple les pratiques de SNC-Lavalin en Libye.

Excluant les billets d’avion et les autres voyages du PDG, ses séjours au Bénin ont coûté plus de 30 000 $ au SILQ.

Tout cela sans compter les dépenses pour sa voiture, car il vit à Montréal où il exerce un second emploi.

Tard hier soir, notre Bureau d’enquête a appris que le conseil d’administration a décidé de suspendre «temporairement» Philippe Sauvageau, qui est à la tête du SILQ depuis 21 ans.

De plus, l’organisation a décidé d’engager une firme comptable qui aura comme mission de revoir la totalité des livres de comptabilité. C’est le président du CA, John Keyes, qui le relèvera comme PDG jusqu’à nouvel ordre.

M. Keyes avait pourtant annoncé son retrait de l’organisation avant la publication du reportage.

Le gouvernement préoccupé

Dans une lettre dont notre Bureau d’enquête a obtenu copie, la ministre de la Culture, Nathalie Roy, demande à l’organisation de «faire la lumière» sur certaines pratiques et dépenses qui soulèvent de nombreuses questions.

«Je suis extrêmement préoccupée par ce qui est rapporté. Comme vous le savez, les Québécois sont soucieux de la saine gestion des fonds publics», a-t-elle mentionné, soulignant que Québec est un généreux bailleur de fonds de l’organisme.

«Je ne vous cacherai pas ma déception devant ces révélations qui ternissent le succès remporté lors de l’édition 2019 du Salon du livre de Québec (SILQ)», souligne le document. Chaque année, le SILQ reçoit près de 290 000 $ en subventions publiques.

Démission réclamée

Lundi, le PDG du SILQ est resté silencieux. Il n’a pas fait d’apparition publique non plus. Au lendemain du 60e anniversaire du Salon, seul un communiqué de presse a été publié.

Des éditeurs québécois ont demandé publiquement la démission du PDG et du président du CA.

Les Éditions les Malins, qui étaient d’ailleurs présentes ce week-end dans le cadre du SILQ, ont demandé la démission immédiate de M. Sauvageau et de M. Keyes.

La Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), qui subventionne l’événement à hauteur de 107 500 $ chaque année, a demandé des explications au président du conseil d’administration du SILQ et «entend suivre ce dossier de près».

À la Ville de Québec, qui donne 60 000 $ par année à l’organisme, la conseillère responsable de la Culture, Alicia Despins, a affirmé que «ce n’est pas une situation qu’on veut».

«Ce sont des informations qu’on prend très au sérieux. [...] On ne veut pas que ça se reproduise. C’est certain que si c’était des informations qu’on avait décelées, on n’aurait pas octroyé les sommes.»

La Ville est entrée en contact avec le SILQ et assure qu’elle va analyser la situation et qu’elle «va régler le problème».

– Avec la collaboration de Stéphanie Martin

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