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La rémunération des cadres millionnaires bondit de 20%

Sylvain Larocque | Journal de Montréal

La Caisse de dépôt et placement a accordé près de 17 M$ en rémunération à ses six plus hauts dirigeants l’an dernier. C’est 20 % de plus qu’en 2017, même en tenant compte de deux gros salaires qui avaient été dissimulés jusqu’ici.

La rémunération du chef des placements privés, Stéphane Etroy, et de la première vice-présidente aux marchés en croissance, Anita M. George, n’avait pas été divulguée dans le rapport annuel de 2017, publié il y a un an. Selon la Caisse, c’est parce qu’en 2017, ces deux dirigeants « ne relevaient pas directement » de son PDG, Michael Sabia.

Dans le rapport de 2018, rendu public hier, la Caisse dévoile finalement la rémunération de M. Etroy et de Mme George. Et surprise : Stéphane Etroy a gagné davantage que M. Sabia en 2017 et en 2018.

On sait donc maintenant que la rémunération des six plus hauts dirigeants de la Caisse a augmenté de plus de 15 % en 2017, alors qu’on croyait jusqu’ici qu’elle avait reculé.

Hausse de 12 % pour Sabia

Rappelons que M. Sabia refuse toute hausse de son salaire de base de 500 000 $ depuis son entrée en poste, en 2009.

Sa rémunération totale a tout de même grimpé de 11,5 % l’an dernier pour atteindre près de 3,9 M$, grâce à une hausse de 400 000 $ de sa prime de rendement.

La rémunération de M. Etroy et du premier vice-président aux infrastructures, Emmanuel Jaclot, comprend des « allocations temporaires » [de 709 300 $ et 428 400 $ respectivement] visant à compenser des sommes auxquelles ils ont dû renoncer en quittant leurs emplois précédents. Les deux dirigeants vivent à Londres, où les salaires sont élevés dans le secteur financier.

En se basant sur la rémunération maximale d’autres investisseurs institutionnels au Canada et au Royaume-Uni, la Caisse soutient que Michael Sabia et Stéphane Etroy pourraient gagner respectivement 5,8 M$ et 9 M$ par année.

Primes plus généreuses

Pour ce qui est des primes versées à l’ensemble des salariés de l’institution, elles ont augmenté de 18 % pour atteindre 143,5 M$ en 2018.

Les primes ont toutefois explosé de 72 % dans les filiales internationales de la Caisse pour atteindre 36,7 M$, soit 276 000 $ par salarié en moyenne. Les employés domiciliés au Québec ont quant à eux dû se contenter d’une hausse moyenne de leurs primes de 6,5 % (moyenne de 102 200 $ par personne).

Quant à la masse salariale totale, elle a bondi de 14 % pour atteindre 377 M$. Cela représente 320 000 $ par employé en moyenne. À la fin de 2018, la Caisse comptait 1178 salariés, soit 8 % de plus qu’un an plus tôt.

En 2018, la Caisse a généré un rendement de 4,2 %, tandis que son actif net a crû de 3,7 %.

Les mieux payés à la Caisse en 2018

Michale Sabia: PDG, 3,9 millions $ (+12 %)

Anita M. George: VP aux marchés en croissance, 1,9 millions $ (+5 %)

Macky Tall: Chef des marchés liquides et pdg de CDPQ Infra, 2,5 millions $ (+16 %)

Claude Bergeron: Chef de la direction des risques, 1,6 millions $ (+11 %)

Stéphane Etroy: Chef des placements privés, 4,4 millions $ (+15 %)

Emmanuel Jaclot: VP infrastructures, 2,6 millions $ (nouveau cadre)

Un rapport annuel qui laisse de côté de grosses filiales

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le rapport annuel de la Caisse de dépôt ne couvre pas l’ensemble des activités du bas de laine des Québécois.

Déposé chaque printemps à l’Assemblée nationale, le document ne traite pas directement des filiales immobilières Ivanhoé Cambridge et Otéra Capital, ni de CDPQ Infra, l’entité récemment créée pour mener à bien le Réseau express métropolitain, un projet de 7 G$.

Or, Ivanhoé et Otéra détiennent des actifs nets de plus de 38 G$ et comptent plus de 1400 salariés, tandis que CDPQ Infra emploie 49 personnes.

Ivanhoé Cambridge publie chaque année un rapport d’activité, mais celui-ci ne contient pas d’états financiers détaillés, seulement des « faits saillants » qui tiennent sur une page.

Pour Otéra Capital, la Caisse ne communique que la taille de l’actif, constitué de prêts immobiliers (4,5 G$ à la fin de 2018). Il est encore plus difficile d’apprendre quoi que ce soit sur MCAP, une filiale d’Otéra établie en Ontario.

Vive controverse

Rappelons qu’Otéra Capital est au cœur d’une vive controverse depuis février alors que Le Journal a révélé plusieurs situations étonnantes, dont l’octroi par MCAP de plus de 9 M$ en prêts au PDG de l’organisation, Alfonso Graceffa. La Caisse a ordonné une enquête, qui est en cours.

Maxime Chagnon, porte-parole de la Caisse, a expliqué hier au Journal qu’Ivanhoé Cambridge et Otéra ne publiaient pas leurs états financiers parce que « ce ne sont pas des filiales en propriété exclusive ».

La Caisse possède 93,5 % d’Ivanhoé Cambridge, le reste appartenant au Régime de rentes du Mouvement Desjardins et au régime de retraite des policiers de Montréal. Desjardins est aussi actionnaire d’Otéra, détenue par la Caisse à hauteur de 97,5 %.

Dans le cas de CDPQ Infra, il n’y a pas de rapport annuel parce que « ce n’est pas une filiale qui génère des revenus pour l’instant », a indiqué M. Chagnon.