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Facebook vivement critiqué par le commissaire fédéral à la vie privée

Émilie Bergeron | Agence QMI

Facebook a perpétré de «graves violations» aux lois canadiennes dans la foulée du scandale Cambridge Analytica, tranche le commissaire fédéral à la protection de la vie privée, condamnant du même souffle le refus du réseau social d’assumer ses responsabilités dans cette affaire.

«La contradiction frappante entre les promesses publiques faites par Facebook de mieux protéger la vie privée de ses utilisateurs et son refus de régler les problèmes graves que nous avons relevés ‒ ou même de reconnaître qu’elle a contrevenu à la loi ‒ est [...] troublante», a déclaré le commissaire Daniel Therrien, jeudi.

Dans un rapport conjoint avec son homologue de la Colombie-Britannique, M. Therrien conclut que Facebook a échoué à mettre en place des mesures adéquates pour protéger les renseignements personnels de ses utilisateurs.

La firme britannique Cambridge Analytica a eu accès aux renseignements personnels de centaines de milliers de Canadiens par l’entremise d’une application lui transmettant des données d’utilisateurs de Facebook.

Cambridge Analytica, qui a depuis fermé ses portes, est surtout connue pour avoir favorisé du ciblage politique dans le cadre de la campagne électorale de 2016 aux États-Unis ainsi que du référendum sur le Brexit.

«Le cadre de protection de la vie privée de [Facebook] était une coquille vide et ses politiques de confidentialité étaient vagues», a affirmé M. Therrien.

Renforcement des pouvoirs

Le commissaire a déploré le fait qu’il n’a pas l’autorité d’ordonner à Facebook de changer ses pratiques ni de lui imposer des amendes. Il réclame ainsi un renforcement de ses pouvoirs.

En attendant, M. Therrien se tourne vers la Cour fédérale dans l’espoir qu’elle oblige le réseau social à corriger le tir.

Le député néo-démocrate Charlie Angus, qui est l’origine de la plainte ayant déclenché l’enquête du commissaire, a condamné l’attitude de Facebook dans une déclaration écrite.

«Le fait que Facebook refuse d’améliorer effectivement ses politiques en matière de protection de la vie privée [...] montre davantage l’indifférence cavalière de la compagnie [...]» a-t-il dit.

Le réseau social a, au contraire, assuré avoir fait preuve de bonne foi. «Il n’y aucune preuve que les données de Canadiens ont été partagées à Cambridge Analytica et nous avons fait des améliorations spectaculaires à notre plateforme afin de protéger les informations personnelles des gens», a plaidé un porte-parole par courriel.

Le Canada en retard

Tant le commissaire fédéral que celui de la Colombie-Britannique ont souligné que le Canada est à la traîne par rapport à d'autres pays pour encadrer la gestion de renseignements personnels par les géants du web.

Des informations qui circulent depuis mercredi indiquent que Facebook pourrait faire face à une amende oscillant entre trois et cinq milliards de dollars aux États-Unis pour sa mauvaise gestion de données personnelles. Le Royaume-Uni a de son côté imposé une amende équivalent à 900 000 $.

La ministre des Institutions démocratiques, Karina Gould, n’exclut pas de resserrer les lois canadiennes. Dans un point de presse à Burlington, en Ontario, elle a soutenu que le gouvernement est conscient qu’il faut agir et qu’il étudie les avenues possibles.

Aux yeux de Charlie Angus, les libéraux n’ont pas de volonté réelle d’intervenir en raison de leur «relation de copinage» avec les lobbyistes de Facebook et d’autres géants américains.

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