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Une juge inculpée pour avoir empêché la police d'arrêter un clandestin

Agence France-Presse

Images CNN

Une juge américaine a été inculpée jeudi à Boston pour avoir aidé un clandestin à échapper à la police migratoire qui voulait l'interpeller à l'issue d'une audience, arrestations fréquentes sous Donald Trump mais dénoncées par les défenseurs des droits humains.

Selon le procureur fédéral du Massachusetts, la juge Shelley Richmond Joseph, ainsi qu'un employé du tribunal, Wesley MacGregor, ont été inculpés d'association de malfaiteurs pour entraver la justice et de deux chefs d'entrave à la justice.

La magistrate de 51 ans - une avocate nommée fin 2017 au petit tribunal de Newton, dans la banlieue de Boston - risque, en cas de condamnation, une peine allant jusqu'à 20 ans de prison. L'employé, âgé de 56 ans, risque plus lourd encore, car il est aussi accusé d'avoir menti à la justice.

«On ne peut pas choisir les lois que nous suivons, ou invoquer nos opinions personnelles pour justifier des violations de la loi», a fait valoir le procureur Andrew Lelling.

Les faits remontent au 2 avril 2018. Ce jour-là, un migrant, Dominicain selon la presse locale, devait être présenté à la juge Shelley Richmond Joseph, après une arrestation pour possession de stupéfiants.

La police migratoire ICE avait repéré son dossier, l'homme étant interdit de séjour aux États-Unis jusqu'en 2027 suite à deux précédentes expulsions.

Comme c'est fréquent depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, ICE entendait profiter de sa comparution au tribunal pour l'interpeller en vue d'une expulsion.

Un agent en civil avait été envoyé au tribunal pour le cueillir à la sortie.

Durant la brève audience, la juge aurait demandé une pause dans l'enregistrement de ses échanges avec les avocats, en violation de la loi, a affirmé le procureur fédéral.

Elle l'aurait ensuite autorisé, avec l'aide de l'employé, à quitter le tribunal par une porte latérale, échappant ainsi à la police migratoire.

Depuis janvier 2017, plusieurs juges fédéraux américains ont retoqué certains décrets migratoires de l'administration Trump, au grand dam du président américain, élu sur la promesse de sévir contre les clandestins et d'ériger un mur à la frontière avec le Mexique.

Certains bastions démocrates comme New York protestent contre les consignes données à la police migratoire, en refusant de partager leurs fichiers de police avec ICE, dont certains demandent la suppression.

Le procureur Lelling n'a pas précisé ce que le Dominicain était devenu. La juge a elle été suspendue et privée de son salaire en attendant un jugement.