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Nuit d’anxiété dans le secteur de Quyon

Christopher Nardi | Journal de Montréal

Des résidents de l’Outaouais se rongeaient les sangs mercredi, craignant de voir céder la digue qui protège le secteur de Quyon des eaux montantes. Les prochaines heures seront décisives en raison de la pluie qui continue d’y tomber.

« Il faut sauver le village de Quyon. Les résidences, mais aussi nos infrastructures municipales, dont le système d’eau et d’égouts. Si la digue lâche, on va être obligés d’évacuer le village au complet, parce que ce système sera inondé », a lâché sans détour la mairesse de Pontiac, Joanne Labadie.

Déjà, 500 personnes de ce quartier d’un peu plus de 5000 âmes situé à l’ouest de Gatineau ont dû quitter leur résidence à cause de la montée « historique » de la rivière des Outaouais. Deux écoles ont aussi été fermées pour diminuer la pression sur le système de traitement d’eau.

Digue sous pression

Mardi, la mairesse a annoncé qu’on avait détecté une brèche dans la digue qui est l’unique séparation entre la majorité du secteur, un vieux système d’égouts et des milliers de litres d’eau dévastateurs.

On redoute un scénario semblable à celui de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, dans les Laurentides, où la digue a cédé, laissant à peine quelques minutes aux citoyens pour fuir avant que l’eau n’envahisse leur domicile.

Des militaires étaient à pied d’œuvre à Quyon mercredi pour renforcer la structure, mais les 25 millimètres de pluie attendus la nuit dernière pourraient rendre ces efforts caducs jeudi matin.

« Nos pompes fonctionnent au maximum, et l’armée est là pour renforcer les digues. Mais on est dans une zone inconnue parce que le niveau d’eau est historique », a expliqué Mme Labadie, qui avait parlé mardi d’une « crise humanitaire » si la digue cédait.

Des douzaines de bénévoles se sont aussi activés pour remplir des sacs de sable mercredi.

La montée des eaux menace également le centre communautaire flambant neuf de l’ex-village.

« L’ancien centre n’avait jamais été inondé, et on a construit le nouveau 46 centimètres plus haut juste au cas où. Mais aujourd’hui, on dirait une île », a soupiré Mme Labadie.

Dur sur le moral

Même si le pire pourrait encore être à venir, les inondations affectent déjà le moral des gens de Quyon.

Crédit Christopher Nardi

« Sincèrement, je préférerais qu’un incendie ravage ma maison. Au moins, ça prend, disons six heures, et c’est fini. Là, je regarde ma maison mourir à petit feu et c’est comme une torture lente, a laissé tomber Chris Alexander, qui réside dans la même maison depuis 1988. Ma femme veut déjà vendre et déménager dès que l’eau part. »

Le sort s’acharne

D’autres, comme Joan Frobel, ont l’impression que la vie s’acharne sur eux.

« Il y a quatre ans, nous avons perdu notre ancien triplex dans un incendie causé par un locataire. Mon mari et moi avons déménagé, mais il est décédé subitement il y a quelques semaines. Maintenant, les inondations menacent ma maison. Je ne peux plus gérer tout ce stress », a confié celle dont la résidence est aux abords de la zone inondée.

 

Le Casse Croûte du Village, qui est situé à quelques centaines de mètres de la rivière des Outaouais normalement, se retrouve maintenant à quelques pas à peine de la digue... et de l’eau.

« On espère qu’on n’augmentera pas notre compte de taxes maintenant qu’on est une propriété au bord de l’eau », a lancé ironiquement un employé.

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