/news/politics

Marwah Rizqy ou l’art de déranger

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

Elle a 33 ans. Elle est députée depuis à peine 7 mois. Elle n’hésite pas à s’attaquer aux ténors du PLQ.

On peut le dire, Marwah Rizqy dérange. Elle dérange l’«establishment», dérange les vieilles pratiques, les dogmes de sa famille politique.

Plusieurs lui ont reproché d’avoir évoqué l’idée que le PLQ s’excuse auprès des électeurs pour les années d’austérité. En effet, difficile pour un parti dont l’assainissement des finances publiques est la fierté de renier l’exercice.

Sa sortie virulente contre ses collègues qui flirtent avec l’idée d’un virage en faveur de la laïcité et du «compromis Bouchard-Taylor» ne lui attirera certainement pas de nouveaux amis.

Elle a joué gros en remettant en question l’allégeance libérale des partisans d’un tel virage, Dominique Anglade, Sébastien Proulx et Gaétan Barrette ayant tous fait leurs premières armes politiques sous la bannière de la CAQ et la défunte ADQ.

Mais il ne faut pas se leurrer, Marwah Rizqy a raison lorsqu’elle affirme qu’il s’agit là «d’un calcul électoral et qu’il faut l’assumer.»

L’ADN libéral

Le conseil général de Drummondville se voulait l’occasion de sonder les membres du parti sur la question du port des signes religieux. Il aura davantage mis au jour les divisions pressenties sur le sujet.

Antoine Dionne-Charest, le fils de Jean Charest, l’a bien exprimé en affirmant que les libertés individuelles étaient une valeur non négociable, au cœur même de l’ADN du parti. L'ex-ministre Pierre Moreau en a rajouté en mettant en garde ses collègues contre la tentation de devenir une CAQ 2.0.

L’interdiction des signes religieux se défend. Encore faut-il le faire pour les bonnes raisons.

Mais les quelque 40% de militants qui semblaient en faveur du «compromis Bouchard-Taylor» n’ont pas invoqué l’équilibre social, l’importance de l’affirmation d’une laïcité plus stricte de l’État en 2019. Non, ils ont avant tout invoqué le besoin de se «reconnecter avec l’électorat francophone».

Se rallier à Bouchard-Taylor, après l’avoir rejeté pendant 11 ans, ne peut qu’être une tactique électoraliste.

La baguette magique

La laïcité n’est pas un coup de baguette magique suffisant pour réconcilier le PLQ avec l’électorat francophone.

Le problème du PLQ dépasse largement l’enjeu de la laïcité. C’est tout le projet nationaliste libéral qui doit être redessiné. Celui-ci doit s’articuler non seulement autour de la langue et la culture, mais aussi autour d’un nouveau projet économique capable de gagner l’adhésion et faire la fierté des Québécois.

En reprochant à sa rivale Dominique Anglade de vouloir «jouer dans le même terrain de jeu que la CAQ», Marwah Rizqy met en garde les libéraux contre la tentation de se rabattre sur les tactiques passées de leurs adversaires, plutôt que d’avoir le courage de développer de nouvelles idées.

Ce n’est pas en jouant dans le film de 2018 que les libéraux vont gagner les élections de 2022. Le jour où le PLQ sera vraiment au diapason des Québécois, il sera capable de formuler des politiques qui les inspirent.

Un parti en panne de nouvelles idées après 15 ans au pouvoir a besoin de recrues qui dérangent. En entrevue à «La Joute», dimanche, Marwah Rizqy ne cachait pas qu’elle aime bien déranger.

«Moi, dépoussiérer, ça ne m’a jamais dérangée de faire un peu de ménage», a-t-elle répondu, le sourire en coin.

Marwah Rizqy veut ainsi incarner une nouvelle génération, mais pour faire le ménage et espérer relancer le PLQ, elle aura besoin d’alliés. C’est là le risque de son pari de déranger.

Dans la même catégorie