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Les digues, c’est le «free-for-all»!

Vincent Larin | Le Journal de Montréal

KARIANE BOURASSA/TVA NOUVELLES/AGENCE QMI

Une nouvelle catastrophe comme celle qui s’est produite à Sainte-Marthe-sur-le-Lac pourrait survenir ailleurs au Québec, étant donné qu’il n’y a aucune obligation d’inspecter les digues, s’inquiètent des experts.

« En ce moment, c’est le free-for-all. Il n’y a aucune obligation de faire des suivis », affirme le président de l’Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec (APIGQ), Marc-André Martin.

À Sainte-Marthe-sur-le-Lac, dans les Laurentides, une digue de glaise a cédé le 27 avril à la suite de la crue exceptionnelle du lac des Deux Montagnes, forçant l’évacuation d’environ 6000 résidents.

À la suite de la crue printanière de 2017, la Ville avait demandé à une firme d’experts de tester la solidité de la digue qui la protégeait depuis 1980.

Mais les digues de protection contre les inondations comme celle de Sainte-Marthe-sur-le-Lac ne sont assujetties à aucune loi, confirme le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

À la discrétion de tous

C’est donc dire que leur inspection relève du bon vouloir de leurs propriétaires, que ce soit des municipalités ou des promoteurs, qui n’ont aucune obligation particulière à respecter, s’inquiète M. Martin.

Seuls les barrages et les digues qui répondent aux critères bien précis de la Loi sur la sécurité des barrages font l’objet d’inspections régulières et obligatoires de leur structure, et ce, aux frais de leurs propriétaires. Présentement, 6190 barrages y sont enregistrés.

Avant Après
Photo d'archives
Photo Agence QMI, Kariane Bourassa

Mais le ministère ignore combien de digues de protection contre les inondations, comme celle de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, ont été construites au Québec, indique son porte-parole, Clément Falardeau.

Courir après le trouble

« Le fait que ce ne soit pas fait selon des standards, qu’il ne faille vérifier [leur solidité] selon un certain nombre d’années, c’est courir après le trouble », affirme la professeure au Département de géographie à l’Université Concordia Pascale Biron.

« C’est très très probable qu’il y ait d’autres Sainte-Marthe-sur-le-Lac » [ailleurs au Québec], ajoute-t-elle.

Une solution avancée par les experts consultés par Le Journal pourrait être d’inclure ces digues dans la Loi sur la sécurité des barrages.

Lundi, Jean-Bernard Villemaire, l’attaché de presse du ministre de l’Environnement Benoit Charette, a indiqué qu’il était encore trop tôt pour déterminer quelles seraient les mesures prises à la suite de la catastrophe de Sainte-Marthe-sur-le-Lac.

Digue de Saint-Marthe-sur-le-Lac: Des bouleaux et des saules sont recommandés

Si la digue de Sainte-Marthe-sur-le-Lac avait été renforcée avec de la végétation adéquate, elle n'aurait probablement pas cédé, causant des inondations dévastatrices, selon des experts.

La rupture de la digue de glaise qui a causé l'engloutissement du tiers de la municipalité des Laurentides le 27 avril dernier aurait pu être évitée si elle avait été renforcée par certains types d'arbres et de plantes.

« C'est de la glaise et du gazon par-dessus, c'est normal [que ça ne tienne pas]. Une digue en gazon, c'est n'importe quoi, car ça produit des racines trop courtes », affirme Samuel Robitaille, propriétaire de Sam Extérieur qui conçoit des aménagements paysagers sur le bord de l'eau.

Saule pleureur et bouleau

Il recommande de garnir les berges des digues de plantes locales comme le cornus, un arbuste qui fait de profondes racines qui solidifient les digues de glaise ou de terre. Les racines de saule pleureur ou de bouleau vont aussi être très utiles, mais à long terme, car ils prennent des dizaines d'années à pousser.

Même constat pour Danielle Pilette, experte en gestion municipale à l'Université du Québec à Montréal. « Ça prend des bouleaux, des saules pleureurs et de la végétation qui vient du Québec. De la flore autochtone », avance-t-elle.

« On doit changer notre façon d'aménager les berges et les digues. On doit le faire maintenant », dit-elle.

Il s'agit d'une problématique réelle à travers le Québec, selon l'experte, qui recommande la « revégétalisation » des berges et des digues à travers le Québec.

Stéphane Sinclair, Collaboration spéciale