/news/currentevents

Un garçon l’a poussée pour savoir si elle savait nager

Frédérique Giguère | Journal de Montréal

La fillette de 4 ans qui fait toujours l’objet d’intenses recherches après avoir été emportée par le courant d’un ruisseau à Macamic, le week-end dernier en Abitibi-Témiscamingue, a été poussée à l’eau par un enfant curieux de savoir si elle savait nager.

Silencieuse depuis l’horrible événement, la mère de la petite Alicia a décidé de révéler les circonstances de la tragédie, après avoir été la cible de commentaires haineux et de préjugés de la part des internautes sur les réseaux sociaux.

À LIRE ÉGALEMENT

Les recherches reprennent pour retrouver une fillette tombée dans un ruisseau

Recherches infructueuses pour retrouver une fillette tombée dans un ruisseau

Samedi après-midi, alors que son conjoint était à l’extérieur avec les enfants, Danika St-Amand en a profité pour faire une sieste avec son nouveau-né, qu’elle avait mis au monde une semaine plus tôt.

Gracieuseté

Son petit moment de répit a toutefois été interrompu par son fils de 7 ans, venu lui annoncer la pire nouvelle de sa vie.

« Mon ami a poussé Alicia dans l’eau ».

La jeune maman de 23 ans s’est empressée de se rendre au ruisseau, qui se trouve directement sur son terrain du 2e et 3e Rang Ouest et dont la profondeur avait quadruplé en raison de la crue des eaux.

Elle n’avait qu’un seul but : sauver sa « petite princesse ».

En réalisant la force inhabituelle du courant, elle s’est mise à courir sur le bord de l’eau afin de rattraper Alicia. Son conjoint, qui la précédait, a lui aussi tout tenté pour sortir l’enfant de l’eau.

« Elle a eu le temps de caler et de disparaître », relate-t-elle.

Les mains vides

« C’est en voyant mon chum apparaître les mains vides en me criant d’appeler le 911 que j’ai réalisé, confie Mme St-Amand. Je me suis effondrée. »

En plus d’Alicia, de son fils et d’un ami à lui âgé de 8 ans, les deux filles de son conjoint se trouvaient aussi à l’extérieur. Le copain de la jeune mère surveillait les enfants, mais s’est éloigné quelques instants, selon la famille. C’est à ce moment-là que les jeunes se sont approchés du cours d’eau.

Peu après le drame, le garçon de 8 ans aurait avoué, en pleurs, avoir poussé la fillette pour voir si elle savait nager, selon Mme St-Amand. Il aurait rapidement réalisé l’erreur qu’il venait de commettre et aurait, lui aussi, tenté de rattraper Alicia. En vain.

Peur de l’eau

La mère de famille insiste sur le fait que ses enfants savent qu’ils n’ont pas le droit de s’approcher du ruisseau. D’ailleurs, ils n’y ont jamais porté tellement d’intérêt puisqu’ils ont tous les deux peur de l’eau.

Qui plus est, jamais elle n’aurait laissé ses enfants jouer à l’extérieur sans surveillance, souligne-t-elle.

Quatre jours après le drame, Danika St-Amand peine toujours à dormir.

« C’est sûr que l’attente est lourde », confie-t-elle.

La famille souhaite désormais simplement que les autorités retrouvent Alicia, dépeinte comme une véritable perle, toujours souriante et énergique, afin qu’elle puisse reposer en paix.

Les recherches se poursuivront toute la journée aujourd’hui afin de retrouver la fillette. Une digue a été érigée afin d’assécher le ruisseau et obtenir une meilleure visibilité, puisque pour l’instant, les plongeurs peinent à voir au fond du ruisseau.

Deux cas similaires en deux semaines

Préoccupé par une possible seconde noyade en moins de deux semaines d’un enfant poussé à l’eau par un autre jeune, le directeur général de la Société de sauvetage souhaite améliorer la sensibilisation au risque d’un tel geste.

Le 22 avril, un garçon de 5 ans est mort après avoir été projeté dans une piscine par son grand frère, qui voulait apparemment lui faire une mauvaise blague, dans l’arrondissement de Pierrefonds-Roxboro, à Montréal.

La petite Alicia a subi un sort semblable samedi dernier, en Abitibi-Témiscamingue.

« C’est sûr que ça m’indigne d’entendre de telles choses, souffle Raynald Hawkins. On ne pousse pas un enfant par terre dans la rue, et c’est la même chose dans un plan d’eau. Il faut inculquer ça à tous les enfants. »

Modifications

À la suite de ces récentes tragédies, le programme Nager pour survivre, offert par la Société de sauvetage à tous les enfants de 8 ans et plus depuis 2010, subira quelques modifications cette année, ajoute le directeur général de l’organisme.

« Je vais demander aux sauveteurs de rajouter cette dimension-là dans les messages de sécurité », indique M. Hawkins.

Le programme est offert par des organismes et des écoles à travers le Québec et vise notamment à enseigner aux enfants les bases de la natation et les manœuvres de secourisme.

La Société de sauvetage estime que 14 000 enfants suivront la formation cette année.

Pour sa part, la Croix-Rouge croit que tous les parents du Québec devraient saisir ce moment pour rappeler à leurs enfants à quel point il peut être dangereux de pousser quelqu’un à l’eau.

« Faites suivre des cours de natation à vos enfants, c’est essentiel », insiste Michèle Mercier, directrice de la section de prévention et de sécurité à la Croix-Rouge.

 

Dans la même catégorie