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Faire durer ses économies le plus longtemps possible

Emmanuelle Gril | Journal de Montréal

Roger, 58 ans, souhaite se retirer du marché du travail dans deux ans. Sa conjointe, Chantal, 60 ans, est déjà à la retraite. Ils ont épargné durant toute leur vie active et se demandent comment bien utiliser leurs économies afin qu’elles durent le plus longtemps possible, et ce, sans générer trop d’impôt à payer.

À la retraite, le couple aura différentes sources de revenus. Les rentes de RRQ du gouvernement provincial, mais aussi la pension de la Sécurité de vieillesse (PSV) du fédéral, qu’ils comptent tous deux demander à l’âge de 65 ans, mais pas avant, afin de ne pas être pénalisés.

À cela s’ajoutent des REER (200 000 $ pour Roger et 125 000 $ pour Chantal), ainsi que des CELI (respectivement 75 000 $ et 70 000 $). Roger a également un compte d’épargne dans lequel il a cumulé 100 000 $. De son côté, Chantal touche un fonds de pension de son ancien employeur, pour un montant de 25 000 $ par an. Dans quel ordre devraient-ils décaisser leurs placements, parallèlement avec la RRQ et le PSV, pour avoir une retraite confortable tout en laissant un héritage à leurs enfants ? Cela fait beaucoup de données à considérer et le couple a du mal à s’y retrouver.

Dans quel ordre décaisser ?

Le planificateur financier Jean-Philippe Vézina, de l’Équipe Jean-Maurice Vézina, explique que ses clients lui posent de plus en plus souvent ce type de question. En fait, il s’agit de déterminer quel est le décaissement optimal à effectuer pour tirer le maximum de ses économies au fil du temps.

Dans le cas de Roger et Chantal, ils ont calculé que pour bien vivre à la retraite, ils auront besoin de 62 000 $ net. Ils désirent conserver leur maison le plus longtemps possible, une résidence dont la valeur est actuellement de 250 000 $. Désireux de ne pas prendre de risques, ils ne veulent pas emprunter d’argent pour investir et, de son côté, Roger ne pense pas pouvoir épargner davantage.

« On entend souvent dire qu’il existe un ordre de décaissement qui s’applique à tout le monde. Or, c’est faux, chaque cas est différent », indique Jean-Philippe Vézina. Il ajoute que si durant la vie active le report d’impôt – en cotisant à des REER – est une stratégie avantageuse, à la retraite le report d’impôt crée une « bulle fiscale » qui génère une grosse facture vers 90 ans ou au décès du dernier survivant du couple.

Trois scénarios

Alors, de quelle façon procéder pour s’assurer de bons revenus de retraite sans pelleter l’impôt dans la cour des héritiers ? Pour le savoir, Jean-Philippe Vézina a examiné trois scénarios différents.

On commence par décaisser les économies placées sur le compte d’épargne, puis le CELI, et enfin le REER converti en FERR à partir de 71 ans. « En suivant cet ordre, à 95 ans, l’âge visé habituellement dans les simulations de retraite, on obtient une succession nette de 482 605 $, et on a payé 470 471 $ d’impôt durant la retraite », indique le planificateur.

On utilise d’abord le CELI, puis le compte d’épargne et ensuite le REER converti en FERR à partir de 71 ans. Dans ce cas de figure, la succession recevra 440 419 $, et les impôts totaux payés pendant la retraite s’élèveront à 457 917 $.

Avec un retrait mixte de 50 % du compte d’épargne moins 50 % des REER (donc avec des retraits FERR avant 71 ans), et finalement le CELI. À 95 ans, la succession nette sera de 530 043 $ et les impôts payés pendant la retraite de 366 436 $. « Avec les mêmes sommes et sans aucun effort financier supplémentaire, on a réduit la facture fiscale de 100 000 $ et on laisse 50 000 $ de plus à ses héritiers », explique Jean-Philippe Vézina.

Conseils

Un décaissement optimal permet de conserver le même niveau d’imposition durant toute la retraite. On évite ainsi d’avoir peu d’impôt à payer pendant les premières années, puis de plus en plus dès que l’on commence à effectuer les retraits minimums obligatoires de FERR à partir de 71 ans.

Décaisser une partie de ses REER avant 71 ans aide à réduire le montant des retraits minimums de FERR et donc à réduire l’impact fiscal. Dans certains cas, cela peut aussi avoir un impact important sur le montant de PSV que vous toucherez.

Attention : il n’existe pas de règle générale. Consultez un planificateur financier pour obtenir une stratégie personnalisée.