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La salubrité de poissons importés inquiète

Hugo Duchaine | Journal de Montréal

Des importateurs de poissons et de fruits de mer s’inquiètent que le fédéral ait cessé tous les tests sur les arrivages de l’étranger, laissant le champ libre aux fraudeurs et aux cargaisons insalubres.

«C’est sûr qu’il va y avoir un accident», tranche l’importatrice Isabelle Rémy de Sea-Ray, qui choisit d’en parler publiquement pour tirer la sonnette d’alarme. «Ça m’inquiète parce que des produits importés, on en achète et on en consomme tous les jours», poursuit-elle.

Depuis la mi-janvier, l’Agence canadienne d’inspection des aliments ne surveille plus les arrivages de poissons et de fruits de mer de l’étranger. Mme Rémy explique qu’auparavant ses cargaisons devaient rester à l’entrepôt jusqu’à ce qu’elle obtienne l’accord de l’ACIA pour les distribuer sur le marché.

Environ 5% des arrivages étaient aussi testés aléatoirement. Si l’agence gouvernementale trouvait des pathogènes comme la listériose ou la salmonellose, l’importateur et l’usine étrangère se voyaient inscrits sur une liste d’alerte et suivis de plus près.

S’autoaccepter

L’importatrice Isabelle Rémy souligne qu’elle mène ses propres tests sur sa marchandise et qu’elle «autoaccepte» les résultats. Dès qu’elle reçoit une cargaison, elle peut aussitôt l’acheminer à ses distributeurs.

Ces nouvelles règles sont un «free-for-all» qui équivaut au «Far West», dénonce à son tour Frantz Perrot de Lagoon Seafood.

Pour le consultant en inspection alimentaire Serge Nolin, la sécurité alimentaire n’est désormais tout simplement plus une responsabilité gouvernementale en importation. Le fédéral s’occupe des rappels en cas de problèmes, mais les produits sont à ce moment déjà sur les tablettes, rappelle-t-il.

Il croit que des consommateurs pourraient tomber malades sans la surveillance de l’ACIA. M. Nolin ajoute que l’ancienne liste d’alertes, maintenant disparue, signalait des problèmes dans des centaines d’usines étrangères.

Au-delà des pathogènes, l’ACIA vérifiait aussi le poids exact des importations. Car un importateur peu scrupuleux peut ajouter de la glace aux produits surgelés pour ajouter du poids et les vendre plus cher.

«Il y en a qui vont se mettre riches avec ça [...] à frauder dans le poids, la grosseur, des standards qui ne sont plus vérifiés maintenant», assure Serge Nolin. L’ACIA aurait eu plus de 45 nouvelles demandes de permis d’importation de poissons et fruits de mer depuis l’hiver, dit le consultant. L’ACIA n’a ni confirmé ni infirmé ce nombre.

«Que le monde fraude, personne ne va être malade de ça, mais la sécurité alimentaire qui n’est plus vérifiée...» laisse-t-il tomber.

Mme Rémy ajoute que même si seulement 5% des cargaisons étaient testées, la possibilité restait une épée de Damoclès pour les fraudeurs. «S’ils se mettaient comme le gros orteil dans l’eau avant, ils peuvent maintenant mettre la jambe au complet», dit-elle.

L’ACIA n’a pas été en mesure d’accorder une entrevue au Journal. Par courriel, elle soutient que sa supervision « demeure inchangée ».

«Contrôle préventif»

Elle confirme cependant que depuis janvier, elle demande aux importateurs de produire des «plans de contrôle préventif» pour les tenir responsables de leur cargaison. L’ACIA dit ensuite vérifier ces plans de contrôle. Elle ajoute faire encore des analyses de poissons et fruits de mer importés selon l’historique de conformité de l’importateur.

Mais, une source au fait du dossier à l’ACIA a confié anonymement au Journalque l’agence manque cruellement d’inspecteurs pour auditer tout le monde.

Exemples d’infractions sur la liste d’alertes disparue

- Présence de bactéries comme la listeria, la salmonellose, le staphylocoque doré et le vibrio cholerae, dont certaines dans des aliments « prêts à manger »

- Présence d’antibiotiques ou d’allergènes

- Importation d’une autre espèce que celle affichée

- Poids plus petit qu’indiqué