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Peu d’élèves en difficulté finissent leur secondaire

Daphnée Dion-Viens

SIMON CLARK

Au Québec, seulement 33 % des élèves en difficulté dans le réseau public parviennent à décrocher un diplôme d’études secondaires.

« C’est totalement inacceptable. Il y a de quoi crier au scandale », lance Égide Royer, professeur associé à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval et spécialiste en matière de réussite scolaire.

« C’est une honte pour le système d’éducation québécois », affirme de son côté Bianca Nugent, porte-parole de la Coalition de parents d’enfants à besoins particuliers (CPEBP).

Selon des chiffres détaillés obtenus par Le Journal auprès du ministère de l’Éducation, 33,4 % des élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (qu’on appelle EHDAA dans le jargon scolaire) obtiennent leur diplôme d’études secondaires (DES) en sept ans.

Le ministère de l’Éducation avait jusqu’à maintenant rendu public le taux de diplomation des EHDAA, incluant les qualifications, ce qui fait grimper ce chiffre à 53,7 %.

Les qualifications, comme le certificat de formation préparatoire au marché du travail, sont considérées par certains comme des « diplômes bidon » puisque ces derniers sont décernés indépendamment du niveau scolaire de l’élève. « Le nerf de la guerre, c’est le DES », souligne Mme Nugent.

« Progression remarquable »

Le taux d’obtention du DES chez les élèves en difficulté est toutefois en hausse au cours des dernières années, étant passé de 23 % à 33 % en sept ans, soit une « progression remarquable », selon Michel Perron, expert en matière de persévérance scolaire.

« C’est très bon, compte tenu des difficultés » auxquelles certains jeunes doivent faire face, affirme ce professeur retraité de l’Université du Québec à Chicoutimi.

Ce constat n’est toutefois pas partagé par Bianca Nugent et Égide Royer, qui pressent plutôt Québec de revoir sa politique sur l’adaptation scolaire – qui date de 1999 –, afin d’améliorer la formation des enseignants et l’évaluation des besoins chez les élèves.

« Ça devient une urgence. L’école québécoise consacre l’échec des élèves qui ont des besoins particuliers », martèle M. Royer.

Selon cet expert, le taux de diplomation des élèves en difficulté est deux fois moins élevé au Québec qu’en Ontario et aux États-Unis.

Chiffres difficilement comparables

D’autres spécialistes demeurent toutefois prudents à propos de ce genre de comparaisons.

Michel Janosz, directeur du Groupe de recherche sur les environnements scolaires à l’Université de Montréal, affirme que de tels chiffres sont souvent difficilement comparables d’un système d’éducation à l’autre.

Dans les écoles secondaires publiques québécoises, 28 % des élèves sont en difficulté, une proportion en constante augmentation au cours des dernières années.

Pas de réussite sans des services au privé

Charles McKenna, qui a obtenu son diplôme d’études secondaires (DES) malgré ses troubles d’apprentissage, n’aurait jamais réussi ce tour de force sans les services d’enseignants au privé qui l’ont épaulé tout au long de son parcours scolaire.

Dès le début du primaire, sa mère Catherine Thabet s’est fait dire que son fils parviendrait difficilement à terminer sa sixième année.

Charles a une dysphasie sévère, associée à une apraxie et à une dyspraxie.

En troisième année, on a voulu l’évaluer selon un bulletin adapté, avec des exigences réduites.

Cette avenue l’aurait mené vers des classes spécialisées au secondaire, sans possibilité d’obtenir son DES. Catherine Thabet a refusé, y voyant du « nivellement par le bas ».

« Capable de faire plus »

« C’est bien moins difficile pour l’école, laisse-t-elle tomber. Mais je savais que Charles était capable de faire plus. » Mme Thabet ne veut toutefois pas jeter le blâme sur les intervenants du réseau scolaire, qui font de leur mieux dans les circonstances, précise-t-elle.

À partir de sept ans, son fils a eu de l’aide à la maison pour l’accompagner dans ses études.

En quatrième secondaire, quelques mois avant les examens ministériels, Charles a pu compter sur la présence de quatre enseignants privés, le soir et la fin de semaine, avec lesquels il a passé de longues heures à réviser pour bien comprendre la matière présentée en classe.

« Je ne pense pas que j’aurais réussi sans eux », lance le jeune homme qui tient toutefois à mentionner qu’il a reçu beaucoup d’appui aussi de la part de l’orthopédagogue de son école secondaire, située à Saint-Georges, en Beauce.

Croire au potentiel des élèves

De son côté, sa mère pense que le réseau scolaire devrait croire davantage au potentiel des élèves avec des troubles d’apprentissage, tout en affirmant que leur réussite est avant tout un « travail d’équipe ».

« Je ne m’attendais pas à ce que le réseau scolaire fasse tout », dit-elle.

Mme Thabet estime toutefois, malgré la bonne foi des intervenants, que le réseau scolaire pourrait mieux s’adapter aux besoins des élèves en difficulté.

Elle cite notamment l’exemple de l’école secondaire privée Vanguard, à Montréal, où tous les élèves ont un trouble grave d’apprentissage, ce qui ne les empêche pas de réussir à 95 % leurs examens ministériels.

Taux de diplomation et de qualifications des élèves en difficulté

Diplôme d’études secondaires (DES)

2010-2011 22,9 %

2012-2013 23,1 %

2016-2017 33,4 %

Diplôme d’études professionnelles (DEP)

2010-2011 2,2 %

2012-2013 2,2 %

2016-2017 2,8 %

Qualification*

2010-2011 8,2 %

2012-2013 16,3 %

2016-2017 17,2 %

Il s’agit des élèves du réseau public qui ont obtenu un diplôme ou une qualification sept ans après le début de leurs études secondaires. Les chiffres de 2016-2017 sont compilés à partir de la cohorte d’élèves qui ont commencé leur première secondaire en 2010.

* Les élèves présentant des besoins plus spécifiques peuvent opter pour un parcours de formation axé sur l’emploi afin d’obtenir une qualification qui permet d’accéder directement au marché du travail.