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Un inventeur qui a perdu l'usage de ses jambes crée un prototype de vélo pour fauteuil roulant

Arnaud Koenig-Soutière | Journal de Québec

Didier Debusschère/Journal de Québec

Après avoir perdu l’usage de ses jambes dans un accident de motoneige, un inventeur du Saguenay s’est inspiré de sa condition pour développer un prototype de vélo sur fauteuil roulant « 100 % québécois » qui attire déjà l’attention de distributeurs internationaux.

Jean-Pierre Gobeil circulait à motoneige au Saguenay, en 2014, au moment où une embardée l’a rendu paraplégique. Le destin s’est arrangé pour donner un sens à ce drame personnel quelques mois plus tard, quand il a dû faire adapter à sa nouvelle condition ses différents moyens de transport, tant la motoneige que le quatre roues et la voiture.

«Quand j’ai fait adapter mon pick-up, Dany [Saint-Arnaud] du Centre d’autonomie m’a montré un prototype qui dormait dans la poussière. Il n’avait pas le temps de le développer. Je lui ai dit hey, ça me tente ! J’ai acheté ses parts. C’est de même que ça a décollé. Quatre ans plus tard, on est sur le marché», raconte l’homme de 46 ans.

«Mon accident a fait en sorte que j’ai vendu mon autre entreprise [en recherche et développement industriel] et commencé quelque chose de nouveau. Sans mon accident, je n’aurais jamais pensé à ça. C’est directement relié», ajoute M. Gobeil, un technicien en automatisation qui « compte quelques inventions » à son actif.

Produit rare

Carl Otis, devenu quadriplégique il y a 29 ans après s’être cassé le cou dans un accident de plongeon, chérissait ce prototype depuis longtemps. Au moment de rencontrer «par hasard» Jean-Pierre Gobeil, il travaillait depuis déjà quatre ans sur le même prototype.

«Ses compétences sont venues me compléter, se souvient M. Otis, de Jonquière. L’objectif est de permettre aux gens en fauteuil roulant d’être plus autonomes.»

Huit ans après les premiers coups de crayon, le vélo électrique pour fauteuil roulant 100 % québécois sillonnait finalement le Salon de l’innovation technologique de Québec, où le «Moby E», de son nom, a été lancé officiellement hier.

«Des produits québécois comme ça, il n’y en a pas des tonnes», lance Maxime Pichette, l’organisateur du Salon, pour souligner la rareté des mécanismes entièrement québécois simplifiant le quotidien des personnes à mobilité réduite.

«Ce qui nous distingue», explique Jean-Pierre Gobeil, «c’est l’arrimage automatique et les deux types de freinage». L’arrimage permet de fixer, sans forcer, le fauteuil roulant au mécanisme qui lui permet ensuite de filer à 25 km/h. «On peut se vanter que c’est le premier appareil du genre 100 % québécois », dit-il.

Voir grand

Même si le «Moby E» n’est sur le marché que depuis quelques heures, les deux associés ont déjà des idées de grandeur.

«On ne s’arrêtera pas au marché québécois. On n’a pas le choix. Si on vend juste au Québec, on va stagner vite. On parle de quelques centaines de vélos vendus par année ici. Au Canada, on parle de milliers. Dans le monde, on parle de millions!», lance M. Gobeil, laissant entendre que leur vélo à 8500 $ a déjà attiré l’attention de quelques distributeurs internationaux.

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